SOIR D'HIVER
Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre. Ah ! comme la neige a neigé !
Qu'est-ce que le spasme de vivre A la douleur que j'ai, que j'ai !
Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire : où vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norwège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.
Pleure/., oiseaux de février, Au sinistre frisson des choses, Pleurez, oi.seaux de février, Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses, Aux branches du genévrier.
Ah ! connue la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu'est-ce c[ue le spasme de vivre A tout l'ennui que j'ai, que j'ai ! . . .
46 EMILE NELLTGAN
FIVE OCLOCK
Comme Litz se dit triste au piano voisin !
Le givre a ciselé de fins vases fantasques. Bijoux d'orfèvrerie, orgueils de Cellini. Aux vitres du boudoir dont l'embrouillamini Désespère nos yeux de ses folles bourrasques.
Connue Ha>dn est triste au piano \oisin !
Ne sors pas ! \'oudrais-tu défier les bourrasques. Battre les trottoirs froids par l'embrouillamini D'hiver? Reste. J'aurai tes ors de Cellini. Tes chers doigts constellés de leurs bagues fantasques.
Comme Mozart est triste an j^iano ^•()isin I
IvC Five o'clock expire en mol nt crescendo.
— Ah ! qu'as-tu ? tes chers cils s'amalgament de perles.
— C'est que je vois mourir le jeune espoir des merles Sur l'immobilité glaciale des jets d'eau.
sol, la, si, do.
— Gretchen, verse le thé aux ta.sses de Veddo.
POUR IGNACE PADEREWSKI
Maître, quand j'entendis, de par tes doigts magiques, \"ibrer ce grand Nocturne, à des bruits d'or pareil ; Oiiand j'entendis, en un sonore et pur éveil, Monter sa \'oix, parfum des astrales musiques ;
Je crus que, revivant ses rythmes séraphiqnes Sous l'éclat mer\-eilleux de quelque bleu .soleil, En toi, ressuscité du funèbre sommeil, Passait le grand vol blanc du Cygne des pthisiques. '
Car tu sus ranimer son puissant piano,
Et ton âme à la sienne en un mystique anneau
S'enchaîne étrangement par des causes secrètes.
Sois fier, Paderewski. du prestige divin
Que le ciel te donna, pour que chez les poètes
Tu fisses fris.sonner l'âme du grand Chopin !
' Chopin, mort de phtisie à 3.S ans. (Xole de P /îdit.)