‹ Emile Nelligan et son œuvre. --Chapitre 56 sur 110 · NUIT D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

NUIT D'ÉTÉ

Le violon, d'un chant très profond de tristesse, Remplit la douce nuit, se mêle au son des cors ; Les S^-lphes vont pleurant comme une âme en détresse Et les coeurs des grands ifs ont des plaintes de morts.

Le souffle du A'eillant anime chaque feuille, Le rameau se balance en un rythme câlin, Les oiseaux sont rêveurs, et sous l'œil opalin De la lune d'été, ma douleur se recueille.

Au concert susurré que font sous la ramure Les grillons, ces lutins en quête de sabbat. Soudain a ré.sonné toute, en mon cœur qui bat,

La grande maje.sté de la Nuit qui murmure Dans les cieux alanguis un ramage lointain, Prolongé ju.squ'à l'aube humide du Matin.

VIRGILIKNNI'

REVE DE WATTEAi:

Quand les pastours, aux soirs des crépuscules roux Menant leurs grands boucs noirs aux râles d'or des flûtes \'ers le hameau natal, de par delà les buttes. S'en revenaient, le long des champs piqués de houx ;

Bohèmes écoliers, âmes vierges de luttes,

Pleines de blanc naguère et de jours sans courroux.

En rupture d'étude, aux bois jonchés de brous

Xous aillions, gouailleurs, prêtant l'oreille aux chiites

Des ruisseaux, dans le val que longeait en jappant Le petit chien berger des calmes fils de Pan Dont le pipeau qui pleure appelle, tout au loin.

Puis, las, nous nous couchions, frissonnants jusqu'aux Et parfois, radieux, dans nos palais de foin [moelle.-

Xous déjeunions d'aurore et nous soupions d'étoiles . .

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