‹ Emile Nelligan et son œuvre. --Chapitre 74 sur 110 · LES COMMUNIANTES · texte numérisé non relu

LES COMMUNIANTES

Calmes, elles s'en vont, défilant aux allées De la chapelle en tleurs. et je les suis des yeux, Religieusement joignant mes doigts pieux, Plein de Tardent regret des ferveurs en allées.

Voici qu'elles se sont toutes agenouillées Au mystique repas qui leur descend des cieux. Devant l'autel piqué de flamboiements joyeux Et d'une floraison de fleurs immaculées.

Leur séraphique ardeur fut si lente à finir Que tout à l'heure encore, à les voir revenir De l'agape céleste au divin réfectoire,

Je crus qu'elles allaient vraiment prendre l'essor, Comme si, se glissant sous leurs voiles de gloire. Un ange leur avait posé des ailes d'or.

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LES DEICIDES

Ils étaient là. les Juifs, les tueurs de prophètes, Quand le sanglant Messie expirait sur la croix; Ils étaient là, railleurs et bourreaux à la fois ; Et Sion à son crime entremêlait des fêtes.

Or, voici que soudain, sous le vent des tempêtes, Se déchira le voile arraché des parois. Les Maudits prirent fuite : on eût dit que le poids De leur forfait divin s'écroulait sur leurs têtes.

Depuis, de par la terre, en hordes de damnés, Comme des chiens errants, ils s'en vont, condamnés Au remords éternel de leur race flétrie.

Trouvant partout, le long de leur âpre chemin,

Le mépris pour pitié, les ghettos pour patrie.

Pour aumône l'afïront lorsqu'ils tendront la main.

D'autres sont là, pareils à ces immondes hordes, Ecrasant le Sauveur sous des monts de défis, Alors qu'il tend vers eux, du haut des crucifix, Ses deux o-rands bras de bronze en sublimes exordes.

Ecumant du venin des haineuses discordes Et crachant un blasphème au Pain que tu leur fis. Ils passent. Or, ceux-là, mon Dieu, qu'on dit tes fils. Te hachent à grands coups de symboliques cordes.

Aussi, de par l'horreur des infinis exils.

Lamentables troupeaux, ces sacrilèges vils

S'en iront, fous de honte, aux nuits blasphématoires,

Alors que sur leur front, mystérieux croissant. Luira, comme un blason de leurs tortures noires, Le stigmate éternel de quelque hostie en sang.

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