LE SOULIER DE LA MORTE
Ce frêle soulier gris et or, Aux boucles de soie embaumée, Tel un mystérieux camée, Entre mes mains, ce soir, il dort.
Tout à l'heure je le trouvai Gisant au fond d'une commode.
Petit soulier d'ancienne mode.
Soulier du souvenir . . . Ave ! —
Depuis qu'elle s'en est allée, ]\Ienée aux marches de Chopin, Dormir pour jamais sous ce pin Dans la froide et funèbre allée,
PASTKI.S i;T ]'0UCELA1N'ES 127
Je suis resté toute l'année Broyé sous un fardeau de fer.
A vivre ainsi qu'en un enfer.
Comme une pauvre âme damnée.
Et maintenant, cœur plein de noir, Cette vigile de décembre, Je le trouve au fond de ma chambre, Soulier que son pied laissa choir.
Celui-là seul me fut laissé,
L'autre est sans doute chez les anges.
Et moi je cours pieds nus la fange. .
Mon âme est un soulier percé.
128 Emile; neli^igan
VIEILLE RO^TAXESOUE
Près de ses pots de fleurs, à l'abri des frimas, Assise à la fenêtre, et serrant autour d'elle Son châle japonais, Mademoiselle Adèle Comme à vingt ans savoure un roman de Dumas.
Tout son boudoir divague en bizarre ramas. Cloître d'anciennetés, dont elle est le modèle; Là s'incrusta l'émail de son culte fidèle : Vases, onyx, portraits, livres de tous formats.
Sur les coussins épars. un vieux matou de Perse Ronronne cependant que la vieille disperse Aux feuillets jaunissants les ennuis de son cœur.
]\Iais elle ne voit pas, en son rêve attendrie.
Dans la rue, ce passant au visage moqueur. . .
Du joueur glorieux d'orge de Barbarie!
Un joueur glorieux d'org-ue de Barbarie !