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point tenir au sexe ; elles y tiennent pourtant, mais par des liaisons que nous sommes hors d'état d'appercevoir: nous ne savons jusqu'où ces liaisons peuvent s'étendre ; la seule chose que nous savons avec certitude est que tout ce qu'ils ont de commun est de l'espèce , et que tout ce qu'ils ont de différent est du sexe. Sous ce double point de vue, nous trouvons entre eux tant de rapports et tant d'oppositions , que c'est peut-être une des merveilles de la nature d'avoir pu faire deux êtres si semblables en les constituant si différemment. '
Ces rapports et ces différences doivent influer sur le moral; cette conséquence est sensible, conforme à l'expérience , et montre la vanité des disputes sur la préférence ou l'égalité des sexes : comme si chacun des deux, allant aux lins de la nature selon sa destination particulière, n'étoit pas plus parhdt en cela, que s'il ressembloit davantage à l'autre ! En ce qu'ils ont de commun, ils sont égaux • en ce qu'ils ont de différent , ils ne sont pas comparables. Une ienime parfaite et un homme parfait ne doivent pas plus se res erabler d'esprit que de visage, et la perfection n'est pas susceptible de plus et de moins.
Dans l'union des sexes, chacun concourt également à l'objet commun, mais non pas de la même manière. De cette diversité naît la première différence assignable entre les rapports moraux de l'un et de l'autre. L'un doit être actif et fort, l'autre passif et foible : il faut nécessairement que l'un veuille et puisse, il suffit que J 'antre résiste peu.
Ce principe établi , il s'ensuit que la femme est faite spécialement pour plaire à l'homme. Si l'hommo
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doit lui plaire à son tour, c'est d'une nécessité moins directe: sou niérife est dans sa puissance; il plaît par cela seul qu'il est fort. Ce n'est pas ici la loi de l'amoar. j'en conviens; mais c'est celle de la nature, antérieure à l'amour même.
Si la femme est faite pour plaire et pour être subjugTiée, elle doit se rendre agréable à l'homme au lien de le provoquer : sa violence à elle est dans se« cbarmes; c'est par eux qu'elle doit le contraindre à trouver sa force et à en nser. L'art le plus sur d'animer cette force est de la rendre nécessaire par la résistance. Alors l'amour-propre se joint au désir, et l'un triomphe de la victoire que l'autre lui fait remporter. De là naissent l'attaque et la défense . l'audace d'un sexe et la timidité de l'autre , enfin la modestie et la honte dont la natx:re arma le foible pour asservir le fort.
Qui est-ce qui peut penser qu'elle ait prescrit indifféremment les mêmes avances aux uns et aux autres , et que le premier à former des désirs doive être aussi le premier à les témoigner.^ Quelle étrange dépravation de jugement! L'entreprise ayant des^ conséquences si différentes pour les deux sexes . est-il naturel qu'Usaient la même audace à s'y livrer .'Comment ne voit-on pas qu'avec une si grande inégalité dans la mise commune, si la réserve u'imposoit à l'un la modération que la nature impose à l'autre, il en résuliertàt bientôt la ruine de tous deux, et que le genre humain {)ériroit par les moyens établis pour le conserver.' Avec la facililé qu'ont les femmes d'émouvoir les sens des hommes, et d'aller réAciller au fond de leurs cœurs les restes d'un tempérament
presque éteint, s'il étoit quelque malheureux climat sur la terre où la philosophie eût introduit cet usage , sur-tout dans les pays chauds, où il naît plus de femmes que d'hommes , tyrannisés par elles, ils seroient enfin leurs vicrimes , et se verroient tous traîner à la mort sans qu'ils pussent jamais s'en défendre.
Si les femelles des animaux n'ont pas la même honte , que s'ensui t-il ? Ont-elles , comme les femmes, les désirs illimités auxquels cette honte sert de frein? Le désir ne vient pour elles qu'avec le besoin ; le besoin satisfait, le désir cesse; elles ne repoussent plus le mâle par feinte (i), mais tout de bon : elles font tout le contraire de ce que faisoit la fille d'Auguste, elles ne reçoivent plus de passagers quand le navire a sa cargaison. Même quand elles sont libres, leurs temps de bonne volonté sont courts et bientôt passés ; l'instinct les pousse et l'instinct les arrête. Ou sera le supplément de cet instinct négatif dans les femmes quand vous leur aure? ôté la pudeur? Attendre qu'elles ne se soucient plus des hommes, c'est attendre qu'ils ne soient plus bons à rien.
L'Etre suprême a voulu faire en tout honneur à l'espèce humaine : en donnant a l'homme des penchants sans mesure, il lui donne en même temps la loi qui les règle , afin qu'il soit libre et se commande
(i) J'ai déjà remarqué que les refus de simagrée et d'à-» gacerie sont communs a presque toutes les femelles, même parmi les animaux, et même quand elles sont Iv plus disposées à se rendre ; il faut n'avoir jamais observé leur œasege pour discouveair de cela.
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à lui-même: en le livrant à des passions immodérées, il joint à ces passions la raison pour les gouverner : en livrant la femme a x^es désirs illimités, il joint à ces désirs la pudeur pour les contenir. Pour surcroît, il ajoute encore une récompense actuelle au bon nsage de ses facultés , savoir le goût qu'on prend aux choses hounères lorsqu'on en fait la règle de ses actions. Tout cela vaut bien, ce me semble, l'instinct des bêtes.
Soit donc que la femelle de l'homme partage on non ses désirs et veuille ou non les satisfaire , elle le repousse et se défend toujours, mais non pas toujours avec la même force , ni par conséquent avec le même succès. Pour que l'attaquant soit victorieux , il faut que l'attaqué le permette ou l'ordonne; calque de moyens adroits n'a-t-il pas pour forcer 1 agresseur d'user de force! Le plus libre et le plus doux de tous les actes n'admet point de Aiolence réelle , la nature et la raison s"y opposent ; la nature , en ce qu'elle a ponr^Ti le plus foible d'autant de force qu'il en faut pour résister quand il lui plaît ; la raison , en ce qu'une violence réelle est non seulement le plus brutal de tous les actes , mais le plus contraire à sa fin, soit parceque l'homme déclara ainsi la guerre à sa compagne, et l'antorise à défendre sa personne et sa liberté aux dépens même de Ja vie de l'agresseur , soit parceque la femme seule est ju^^e de l'état où elle se trouve, et qu'un enfant n'auroit point de pcre si tout homme en pouvoit nsnrper les droits.
Voici donc une troisième conséquence de la constitution des sexes, c'est que le plus fort soit le mai-
tre en apparence et dépende en effet du plus foible ; et cela , non par un frivole usage de galanterie , ni par une orgueilleuse générosité de protecteur , mais par une invariable loi de la nature , qui , donnant à la femme plus de facilité d'exciter les désirs qu'à l'homme de les satisfaire, fait dépendre celui-ci, malgré qu'il en ait, du bon plaisir de l'autre , et le contraint de chercber à son tour à lui plaire pour obtenir qu'elle consente à le laisser être le plus fort. Alors ce qu'il y a de plus doux pour l'homme dans sa victoire est de douter si c'est la foiblesse qui cède à la force , ou si c'est la volonté qui se rend ; et la ruse ordinaire de la femme est de laisser toujours ce doute entre elle et lui. L'esprit des femmes répond en ceci parfaitement à leur constitution : loin de rougir de leur foiblesse elles en font gloire ; leurs tendres muscles sont sans résistance ; elles affectent de ne pouvoir soulever les plus légers fardeaux ; elles auroient honte d'être fortes. Pourquoi cela ? Ce n'est pas seulement pour paroître délicates , c'est par une précaution plus adroite ; elles se ménagent de loin des excuses et le droit d'être foibles au besoin.
Le progrès des lumières acquises par nos vices a beaucoup changé sur ce point les anciennes opinions parmi nous , et l'on ne parle plus guère de violences depuis qu'elles sont si peu nécessaires , et que les hommes n'y croient plus (2); au lieu qu'elles sont
(2) Il peut y avoir une telle disproporliou d'âge et de force qu'une violence réelle ait lieu; mais traitant ici de Tétat relatif des sexes selon l'ordre de la nature, je les
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très communes dans les hautes antiquités grecqnes et juives, parceqne ces mêmes opinions sont dans la siraplicilé de la nature, et qne la seule expérience du libertinage a pu les déraciner. Si Ion cite de nos jours moins d'actes de violence, ce n'est sûrement pas que les hommes soient plus tempérants , mais c'est qu'ils ont moins de crédulité , et qne telle plainte qui jadis eût persuadé des peuples simples ne feroit de nos jours qu'attirer les ris des moqueurs ; on gagne davantage à se taire. Il y a dans le Deutéronome une loi par laquelle une tille abusée étoit punie avec le séducteur, si le délit avoit été commis dans la ville; mais s'il avoit été commis à la campagne on dans des lieux écartés, l'homme seul étoit puni; Car, dit la loi , la fille a crié , et n'a point été entendue. Cette bénigne interprétation apprenoit aux filles à ne pas se laisser surprendre eu des lieux fréquentés.
L'effet de ces diversités d'opinions sur les mœurs est sensible. La galanterie moderne en est l'ouvrage. Les hommes trouvant qne leurs plaisirs dépendoient plus de la volonté du beau sexe qu'ils n'avoient cru , ont captivé cette volonté par des complaisances dont il les a bien dédommagés.
Voyez comment le physique nous amené insensiblement au moral , et comment de la grossière union des sèves naissent peu-à-peu les plus douces lois de l'amour. L'empire des femmes n'est point à elles parceqne les hommes l'ont voulu , mais parcc-
prendstous deux dans le rapport commun qui constitue cet état.
qu'ainsi le veut la nature : il étoit à elles avant qu'elles parussent l'avoir. Ce même Hercule qui crut faire violence aux cinquante lîlles de Tliespius fiit contraint de filer près d'OmpLale ; et le fort Sarason n'étoit pas si fort que Dalila. Cet empire est aux femmes, et ne peut leur être été , même quand elles en abusent : si jamais elles pouvoieut le perdre , il y a long-temps qu'elles l'auroient perdu.
Il n'y a nulle parité ^ntre les deux sexes quant à la conséquence du sexe. Le mâle n'est mâle qu'eu certains instants, la femelle est femelle toute sa vie, pu du moins toute sa jeunesse ; tout la rappelle sans cesse à son sexe , et , pour en bien remplir les fonctioas, il lui faut une constitution qui s'y rapporte. Il lui faut du ménagement durant sa grossesse, il lui faut du repos dans ses couches, il lui faut une vie molle et sédentaire pour allaiter ses enfants; il lui faut pour les élever de la patience et de la douceur , un zèle , une affection que rien ne rebute ; «lie sert de liaison entre eux et leur père, elle seule les lui fait aimer et lui donne la confiance de les appeler siens. Que de tendresse et de soins ne lui fautil point pour maintenir dans l'union toute la famille ! Et enfin tout cela ne doit pas être des vertus , mais des goiits , sans quoi l'espèce humaine seroit bientôt éteinte.
La rigidité des devoirs relatifs des deux sexes n'est ni ne peut être la même. Quand la femme se plaint là - dessus de l'injuste inégalité qu'y met l'homme , elle a tort ; cette inégalité n'est point une institution humaine , ou du moins elle n'est point l'ouvrage du préjugé , mais de, la raison : c'est a
celui des deux que la nature a chargé du dépôt des enfants d'eu répondre à l'autre. Sans doute il n'est permis à personne de violer sa foi , et tout mari infidèle qui prive sa femme du seul prix des austères devoirs de son sexe est un homme injuste et barbare : mais la femme infidèle fait plus, elle dissout la famille , et brise tous les liens de la nature : en donnant à rhomme des enfants qui ne sont pas à lui , elle trahit les uns et les autres , ell- joint la perfidie à linfidéhté. J'ai peine à voir quel desordre et quel crime ne tient pas à celui-là. S'il est un état affreux au monde . cest celui d'un malheureux père qui ,• sans confiance en sa femme , n*ose se livrer aux plus doux sentiments de son cœur, qui doute en embrassant son enfant s'il n'embrasse point l'enfant dun autre, le gai^e de son déshonneur, le ravisseur du bien de ses propres enfants. Qu'est-ce alors que la famille . si ce n'est une société d'ennemis secrets qu'une ferome coupable arme luii contre l'autre en les forçant de feindre de s'entr'aimer.^
Il n'importe donc pas seulement que la femme soit lidele , mais qu'elle soit jugée telle par ^on mari , par ses procues , par tout le monde : il importe qu'elie soit modeste, attentive, réservée, et qu'elle por-e aux yeux d'autrui, comme en sa propre coi. science . le témoignage de sa vertu. Enfin, s'il importe qu'un père aime ses enfants, il importe qu'il estime leur mère. Telles sont les raisons qui mettent l'api.arence même au nombre des devoirs des feinmcs , el It ur rendent l'honneur et la réputation non moins indispensables que la chasteté. De