I-A BONNE
Qui est-ce qui vivoit avant vous?
LA PETITE
Mon père et ma raere.
LA BONNE
Qui est-ce qui vivoit avant eux ?
L A P ETITE.
Leur père et leur mère.*
LA BONNE
Qui est-ce qui yivra après vous ?
LA PETITE
Mes enfants.
LA BONNE
Qui est-ce qui vivra après eux ?
L A PE T ITE
Leurs enfants , etc.
En suivant celte route on trouve à la race humaine, par des inductions sensibles, un commencement et une lin, comme à toutes choses, c'est-àdire un père et une mère qui n'ont eu ni père ni roere, et des enfants qui n'auront point d'enfants (y).
(9) L'idée de l'éternité ne sauroit s'appliquer aux <^énérations bumaines avec le consentement de l'esprit. Toute succession numérique réduite en acte est incompatible avec cette idée.
Ce n'est qu'après une longue suite de questions pareilles que la première demande du caléebisme est suffisamment préparée: alors seulement on peut la faire , et l'enfant peut l'entendre. Mais de là jusqu'à la deuxième réponse, qui esfponr ainsi dire la définition de l'essence divine, quel saut immense! Quand cet intervalle sera-t-il rempli ? Dieu est un esprit ! Et qu'est-ce qu'un esprit? Irai-je embarquer celui d'un enfant dans cette obscure métaphysique dont les hommes ont tant de peine à se tirer? Ce n'est pas à une petite fille à résoudre ces questions, c'est tout au plus à elle à les faire. Alors je lui répondrois simplement : Vous me demandez ce que c'est que Dieu; cela n'est pas facile à dire: on ne peut entendre , ni voir , ni toucher Dieu: on ne le connoît que par ses œuvres. Pour juger ce qu'il e^t attendez de savoir ce qu'il a fait.
Si nos dogmes sont tous de la même vérité, tons ne sont pas pour cela de la même importance. Il est fort indifférent à la gloire de Dieu qu'elle nous soit connue en toutes choses ; mais il importe à la société humaine et à chacun de ses meaibi es que tout homme connoisse et remplisse les devoir^ qu-e lai impose la loi de Dieu envers son prochain et envers soi-même. Voilà ce que nous devons incessamment nous enseigner les uns aux autres . et voiià sur-tout de quoi les pères et les mères sont tenus d'instruire leurs enfants. Qu'une vierge soit la mère de son créateur : quelle ait enfante Dieu , ou senlement un homme auquel Dieu s'est joint ; que la substance du père et du hls soit la même, ou ne soit que semblable; que l'esprit procède de l'un des deux qui
sont le même, ou de tous deux conjointement; je ne vois pas que la décision de ces questions , en apparence essentielles, importe plus à l'espèce humaine, que de savoir quel jour de la lune on doit célébrer la pâque , s'il faut dire le chapelet , jeûner , faire maigre, parler latin ou francois à l'église, orner les murs d'images , dire ou entendre la messe, et n'avoir point de femme en propre. Que chacun pense là-dessus comme il lui plaira : j'ignore en quoi cela peut intéresser les autres ; quant à moi , cela ne m'intéresse point du tout. Mais ce qui m'intéresse , moi et tous mes semblables , c'est que chacun sache qu'il existe un arbitre du sort des humains duquel nous sommes tous les enfants, qui nous prescrit à tous d'être justes, de nous aimer les uns les autres, d'être bienfaisants et miséricordieux, de tenir nos engagements envers tout le monde même envers nos ennemis et les siens; que 1 apparent bonheur de cette vie n'est rien ; qui; en est une antre après elle, dans laquelle cet Etre suprême sera le rémunérateur des bons et le juge des méchants. Ces dogmes et les dogmes semblables sont ceux qu'il importe d'enseigner à la jeunesse et de persuader à tous les citoyens. Quiconque les combat mérite châtiment, sans doute ; il est le perturbateur de l'ordre et l'ennemi de la société. Quiconque les passe , et veut nous asservir à ses opinions particulières , vient au même point par une route opposée ; pour établir l'ordre à sa manière, il trouble la paix ; dans son téméraire orgueil , il se rend l'interprète de la Divinitt , il exige en son nom les hommages et les respects des hommes , il se fait
Dieu tant qu'il peut à sa place : on devroit le punir
comme sacrilège, quand on ne le puniroit pas comme
intolérant.
rsérjligez donc tons ces dogmes mystérieux qui ne sont pour nous que des mots sans idées, toutes ces doctrines bizarres, dont la vaine étude lient lieu de vertus à ceux qui s'y livrent, et sert plutôt à les rendre fous que bons. Maintenez toujours vos enfants dans le cercle étroit des dogmes qui tiennent à la morale. Persuadez-leur bien qu'il n'y a rien pjur nous d'utile à savoir que ce qui nous apprend à bien faire. Ne faites point de vos filles des théologiennes et des raisonneuses; ne leur apprenez des choses du ciel que ce qui sert à la sagesse humaine : accoutumez-les à se sentir toujours sous les yeux de Dieu, à l'avoir pour témoin de leurs actions, de leurs pensées, de leur vertu, de leurs plaisirs; à faire le bien sans ostentation, parcequ'il l'aime; à souffrir le mal sans murmure, parceqa'il les en dédommagera ; à être enfin, tous les jours de leur vie , ce qu'elles seront bien aises d'avoir été lorsqu'elles comparoîtront devant lui. Yoilà la véritable religion , voilà la seule qui n'est susceptible ni dabus, ni d'impiété, ni de fanatisme. Qu'on en prêche tant qu'on voudra de plus sublimes; pour moi, je n'en reconnois point d'autre que celle-là.
Au reste il est bon d'observer que, jusiju'à Tâge où la rais jn s'éclaire et où le sentiment naissant lait parler la conscience, ce qui est bien ou mal pour les jeunes personnes est ce que les gens qui les entourent ont décidé tel. Ce quou leur commande est Lien, ce qu'on leur défend est mal ; elles n'en doi-