LIVRE I
n'entrerai pas non plus dans de longs détails, sur les soins que Je prendrai pour ce seul objet ; on verra qu'ils entrent si nécessairement dans ma pratique, qu'il suffit d'en prendre l'esprit pour n'avoir pas besoin d'autre explication .
Avec la vie commencent les besoins. Au nouveau-né il faut une nourrice. Si la mère consent à remplir son devoir, à îa bonne heure ; on iui donnera ses directions par écrit, car cet avantage a son contrepoids et tknt le gouverneur un peu plus éloigné de son élève. Mais il est à croire que l'intérêt de l'enfant, et l'estime pour celui à qui elle veut bien confier un dépôt si cher, rendront la mère attentive aux avis un maître ; et tout ce qu'elle voudra faire, on est sûr qu'elle le fera mieux qu'une autre. S'il nous faut une nourrice étrangère,, commençons par la bien choisir.
Une des misères des gens riches est û'èîrs trompés en tout S'ils jugent mal des hommes, faut-il s'en étonner ? Ce sont les richesses qui les corrompent ; et, par \m juste retour, ils sentent tes premiers le défaut du seul instrument qui leur soit connu. Tout est mal fait chez eux, excepté ce qu'ils y font eux-mêmes, et ils n'y font presque jamais rien. S'agit-iî de chercher une nourrice ? on la fait choisir par l'accoucheur. Qu'arrive-t-il de là? Que meilleure est toujours celle qu'il a le mieux payée. n'ifai donc pas consulter un accoucheur pour celle d'Emile ; j'aurai soin de la choisir moi-même.' Je ne raisonnerai peut-être pas là-dessus si disertemënt qu'un chirurgien, mais à coup sûr je serai de meilleure foi, et mon zèle oie trompera moins que mon avarice,
Ce choix n'est point un si grand mystère ; les régies tn sont connues, mais Je ne sais si ion ne devrait pas faire un peu plus d'attention à Vùge ûu lait aussi bien qu'à sa qualité. Le nouveau lait est tout à fait séreux, il doî* presque être apéritif pour purger les restes du meconUim épaissi dans les intestins de it qui vient de naître.
Mariborough. Cet homme ira jamais bu que de îa hier» ordinaire ; ii s'est toujours nourri <îe végétaux, et n'a mangé de la viande que dans Quelques repas qu'il donnait à sa Camille Son usage a toujours été de se lever et: de se coucher avec
>oleil. à moins que ses devoirs l'en aient empêché II a présent dans sa cent treî année, entendant bien;
se sortant bien, et marchant nie. Malgré son grand
âge* il ne reste pas un seul moment oisif, et tous les dimanches il va a sa paroisse, accompagné de Bfante, oetits- enfants
%t axricrc-pçtits<ûfaats ^
Pzii â peu le lait p*ei$ de la consistance et ^ourrxii: uaê nourriture plus solide à l'enfant devenu plu?? fort pour la digérer. Ce n'est sûrement pas pour rien que dans les femelles de toute espèce îa nature change la consistance du lait selon rage du nourrisson.
îl faudrait donc unç nourrice nouvellement accouchée à un enfant nouvellement né. Ceci a son embarras, je le sais : mais sitôt qu'on sort de l'ordre naturel, tout a ses embarras pour bien faire. Le seul expédient commode est de faire mal ; c'est aussi celui qu'on choisit.
il faudrait une nourrice aussi saine de cœur que de corps : l'intempérie des passions peut, comme ceîie des humeurs, altérer son lait ; de plus, s'en tenir uniquement au physique, c'est ne voir que la moitié de l'objet Le lait peut être bon et la nourrice mauvaise ; un bon caractère est aussi essentiel qu'un bon tempérament. Si l'on prend une femme 'vicieuse, je ne dis pas que son nour-
son contractera ses 'vices, mais je dis qu'il en pâtira, M doit-elle pas, avec son lait, des soins qui demandent du zèle, de la patience, de la douceur, de la propreté ?
elle est gourmande, intempérante, elle aura bientôt
té son lart ; si elle est négligente on emportée, que va devenir à sa merci tin pauvre malheureux qui ne peut
se défendre ni se plaindre ? jamais, en quoi que ce se être, les méchants ne 'sont bons à rien de bon,,
Le choix de la nourrice importe d'autant plus que son nourrisson ne doit point avoir d'autre gouvernante qu'elle, comme ïï ne doit point avoir d'autre précepteur que son, gouverneur. C âge était celui des anciens, moins
raisonneurs et plus sages que nous. Après avoir nourri ! enfants de leur sexe, les nourrices ne les quittaient plus. Voilà pouiquo^ dans leurs pièces de théâtre, M lûupvsî des confidentes sont des nourrices. Il est impôt $Me qu'un enfant qui passe successivement par tant de mains différentes soit jamais bien élevé. À cliaque chaînent il fait de secrètes comparaisons qui tendent tonjours à diminuer son estime pour ceux qui le gouvernent, et conèéqueniment leur autorité sur lui. S'il vient une fois à penser qu'il y a de grandes personnes qui n'ont pas plus de raison que des enfants, toute l'autorité de Page est perdue et l'éducation! manquée. Un enfant ne doit connaître d'autres supérieurs que son père et sa mère, ou, à leur défaut, sa nourrice et son gouverneur ; ore est-ce déjà trop d'un des deux ; mais ce partage est inévitable, et tout ce qu'on peut faire pont y remédier,
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