‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 26 sur 64 · BOUS · texte numérisé non relu

BOUS

Au contraire, ^u® l'homme est resté près de sa condi-

n naturelle, plus la différence de ses facultés à sres rs est petite, et •nmm par conséquent iJ est éloigné

tre heureux. Il n'est jamais moins misérable que ■■■.nd il paraît dépourvu de tout, car la misère ne cen-

s pas dans la privation des choses, mais dans le

&oin qui s'en fait sentir.

Le ^onde réel a ses bornes, le monde imaginaire est

ni : ne pouvant élargir Yun, rétrécissons l'autre, car

vt de leur seule différence que naissent toutes les peines qui nous rendent vraiment malheureux. Qîez îa force, la

ité, le bon témoignage de soi, tous les biens de cette vie sont dans l'opinion : ùttz les douleurs du corps et les remords de îa conscience, tous nos maux sont ima-

aires. 6e principe est commun, dira-t-on, j'en conviens : mais l'application pratique n'en est pas cemmune, et c'est uniquement de !a pratiqua qu'il s'agit ici.

Quand on dit que l'homme est faible, que veut-on dire ? Ce mot de faiblesse indique un rapport, un rapport de l'être auquel on l'applique. Celui dont îa force passe les besoins» fût-il un insecte, un ver, est un être fort ; celui

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\ ($$ uc^oxna passent la force, U iphant, mi

Uon ; fût-il un conquérant, un héros; fût-il un dieu, cV

un être faible. L'ange rebelle qui méconnut sa nature était plus faible que l'heureux mortel qui vit en paix setoa !a sienne. L'homme est très fort quand il se contente d'être ce qu'il est ; il est très faible quand II veut ; 'élever au-dessus de Humanité. N'allez donc pas vous Sgsrtr qu'en étendant vos facultés vous étendez vos forces : vous les diminuez, au contraire, si votre orgueil S'é&gnd plus qu'elles. Mesurons le rayon de notre sphère., c-l restons au centre, comme l'insecte au milieu de sa i'Akt ; nous nous suffirons toujours à nous-mêmes et 3 n'aurons point à nous plaindre de notre faiblesse Cûï nous ne la sentirons Jamais

Tous les animaux ont exactement les facultés nécesspires pour se conserver. L'homme seul en a de sur Su$s. N'est-il pas bien étrange que ce superflu soit l'instrument de sa misère ? Dans tout pays les bras d'un homme valent plus que sa subsistance, S'il était assez S&g4 pour compter ce superflu pour rien, il aurait toujours le nécessaire, parce qu'il n'aurait jamais rien de trop. Les grands besoins, disait Pavorln, naissent des grands biens, et souvent le meilleur moyen de se donner !eg choses dont on manque est de s'ôter celles qu'on a. C'est à force de nous travailler pour augmenter notre bonheur que nous le changeons en misère. Tout homme qui ne voudrait que vivre, vivrait heureux ; par consé* entent il vivrait bon, car où serait pour Uti l'avantage d'être méchant?' Si hohs étions immortel^ nous serions dea êtres très arables. U est dur de mourir, sans doute ; mais il est tix d'espérer qu'on ne vivra pas toujours, et qu'une Jkure vie finira les peines de celle-ci. Si l'on ttous offrait l'immortalité sur la iinz, qui £?4~cq (1) qui vou- 3 it accepter ce triste présent ? Quelle ressource, quel espoir, quelle consolation nous resterait-il contre les ;usurs du sort et contre I<:s injustices des hommes ? gnoranî, qui ne prévoit rien, sent peu !e prix de la ■ et craint peu de la perdre ; l'homme éclairé voit des biens d'un plus grand prix qu'il préfère à celui-là, H n'y a que le demi-savoir et îa fausse' sagesse qui, prolongeant nos vues jusqu'à la mort, et pas nu âe]ày en font pour nous le pire des maux. La nécessité de Tîourir n'est à rhomme sage qu'une raison pour supporter les peines

t. On conçoit que Je parle ici ctea IiQjnxxies çtai réfléchis* scatt e% Rca Pâ3 do t^a k* fessâmes,

de la vie. Si l'on n'était pas sûr de- ïa perdw uns îq& elle coûterait trop à conserver,

Ncs maux moraux sont tous âam l'opinion, hors un seul, qui est le crime ; et celui-là dépend de nous ; nos maux physiques ee détruisent ou nous détruisent. Le temps ou la mort sont nos remèdes, mais nous souffrons d'autant plus que nous savons moins souffrir ; et nous nous donnons plus de tourment pour guérir nos maladies que nous n'en aurions à les supporter. Vis selon la nature, sois patient, et chasse les médecins : tu n'éviteras pas îa mort, mais tu ne la sentiras qu'une fois, tandis qu'ils la portent chaque jour dans ton imagination troublée, et que leur art mensonger, au lieu de prolonger tes jours, t'en ôte îa jouissance. Je demanderai toujours quel vrai bien cet art a fait aux hommes ? Quelques-uns de ceux qu'il guérit mourraient, il est vrai ; mais des millions qu'il tue resteraient en vie. Homme sensé, ne mets point à cette loterie où trop de chances sont contre toi. Souffre, meurs, ou guéris ; mais surtout vis jusqu'à ta dernière heure.

Tout n'est que folie et contradiction dans les institutions humaines. Nous nous inquiétons plus de notre vie à mesure qu'elle perd de son prix. Les vieillards îa regrettent plu3 que les jeunes gens ; ils ne veulent pas perdre les apnrêts qu'ils ont fait pour en jouir ; à soixante ans il est bien cruel de mourir avant d'avoir commencé de. vivre. On croit que l'homme a un vif amour pour sa conservation, et cela est vrai ; mais on ne voit pas Que cet amour, tel que nous le sentons, est en grande partie l'ouvrage des hommes. Naturellement l'homme ne s'inquiète pour se conserver qu'autant que les moyens en sont en son pouvoir : sitôt q'12 ces moyens lui échappent, il se tranquillise et meurt sans se tourmenter inutilement La première loi de la résiliation nous vient de la nature. Lés sauvages, ainsi que les bêtes, se débattent fort neu contre la mort et l'endurent presque sans r>\rànd?e. Cette loi détruite, il s'en forme une autre qui vient de la raison; m.ris peu savent l'en tirer, et cette résignation factice n'est jamais aussi pleine et ière que îa première.

La prévoyance ! la prévoyance, qui nous porte sans

cesse au dilk de nous, et souvent nous place où nous

-riverons point, voilà la véritable source de toutes

s. Quelle manie à un ëtr^ aussi passager que

l'homme de regarder toujours au loin dans un avenir

qui vient si rarement, et de négliger te présent dont il

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