LIVRE H
est sûr ? manie d'autan! plus funeste qa'elte augmente incessamment avec l'âge, et que ies vieillards, toujours défiants, prévoyants, avares, aiment mieux se refuser aujourd'hui le nécessaire que de manquer du superflu dans cent ans. Ainsi nous tenons à tout, nous nous accrochons à tout ; les temps, les lieux, les hommes, les choses, tout ce qui est, tout ce qui sera, importe à chacun de nous : notre individu n'est plus que îa moindre partie de nous-mêmes. Chacun s'étend, pour ainsi dire, sur ia terre entière, et devient sensible sur toute cette grande surface. Est-il étonnant que nos maux se 'multiplient dans tous les points par où Ton peut nous blesser ? Que de princes se désolent pour la perte d'un pays qu'ils n'ont jamais vu ! Que de marchands '.il suffit de toucher aux ïndes pour les faire crier à Paris !
Est-ce la nature qui porte ainsi les hommes si loin d'eux-mêmes ? Est-ce elle qui veut qire chacun apprenne son destin des autres, et quelquefois l'apprenne le dernier ; en sorte que tel est mort heureux ou misérable sans en avoir jamais rien su. Je vois un homme frais, gai, vigoureux, bien portant ; sa présence inspire îa joie ; ses yeux annoncent le contentement, le bien-être ; il porte avec lui l'image du bonheur. Vient une lettre de îa poste, l'homme heureux îa regarde, tlle est à son adresse, H l'ouvre, îî ia lit. A l'instant son air change, il pâlit, il tombe en défaillance. Revenu à lui, il pleure, il s'agite, il gémit, il s'arrache les cheveux, il fait retentir l'air de ses cris, ï\ semble attaqué d'affreuses convulsions. Insensé, quel mal t'a donc fait ce papier ? quel membre» t'a-t-il ôté ? quel crime t'a-t-ïl fait commettre ? enfin, qu'a-t-îî changé dans toi-même pour te mettre dans l'état eu je te vois ?
One la lettre se fût égarée, qu'une main charitable l'eût jetée au feu, le sort de ce mortel heureux 'c! malheureux à là fois, eût été, ce me semble, un étrange problème. Son malheur, dîrez-vous, était réel. Fort bien, mais il ne le sentait pas. Où étaït-iî donc? Son bonheur était imaginaire, j'entends : la santé, îa gaieté, le bienêtre, le contentement d'esnrif, ne sont plus qire des visions. Nous n'existons plus où nous sommes, nous n'existons qu'où nçtis ne sommes pas. Est-ce îa peine d'avoir une si grande peur de la mort, pourvu que ce en quoi nous vivons reste.
G' homme! resserre ton tsfefencia &U dtitaïïâ <k foi, r.t tu n« s«f£s plus- mîsfoxblc, Ffasts è ia plaça que te Wrtufè t'tftfght âahâ Ja chaîne, des €tre% lieu jiç gis&i
pourra faire sortir ; no regimbe point contre la dure foi de la nécessité, et n'épuise pas, à vouloir fui résister, iorces que 1e ciel ne t'a point données pour étendre ou prolonge? ton existence, mats seulement pour la couver «rame il lai plaît et autant qu?i! lui plaît. Ta
•sraîe quand elle tiefct à lopiuion, car tu dépends des yréjupés de ceux que tu gouvernes pat les préjugés. Pour tes conduire comme il te plaît, H faut te conduire comme î! leur plaît Us n'ont qu'à changer de manière de penser, iî faudra h'ten car force que tu changes de manière (Tarif. Ceux qui fannrochent n'ont qu'à savoir .vemer les opinions du peuple que tu crois gouverner, des favoris qui te gouvernent, ou celtes de ta famille, ou les tiennes oroores ; ces vizirs, ces courtisans, ces prêtres, ces soldats, ces valets, ce^ caillettes, et jusau'â des enfants, quand tu serais un Thêmistoctetn génie (l\ vont te mener, comme un enfant toi-même, an milieu de tes légions. Tu as beau faire, iamais ton autorité réelle n'ira plus loin que tes facultés réelles Sitôt qu'il faut voir par les yeux des autres il faut vouloir par leurs volontés. Mes peuoîes sont mes surets, ditta fièrement. Soit ; mais toi, qu'es-tu ? h sulti de tes ministres : et tes ministres à leur tour, que sont-ils ? les sujets de leurs commis, de leurs maîtresses ; les vaîeiâ de leurs valets. Prenez tout, usuroez tout, et puis versez Tardent à pleines mains : dressez des batteries de canon, élevez des gibets, des roues : donnes des lots, des édfts ; multipliez les espions, les soldats, tes bourreaux, îes prisons, les chaînes: pauvres petits hommes, de quoi vous sert tout cela ? vous n'en serez ni mieux servis, ni moins %, ni moins tromnés, ni plus absolus. Vous direx toujours : nous voulons ; tt vous ferez toujours ce qti-e jdront tes autres.
Le seul qui fait sa volonté est celui qui n'a pas besok^ pour îa faire, de mettre îes bras d'un autre au bout des siens : d'où il suit que le premier de tous îes biens tj%$t
r. Ce petit garçon qtie vous voyez là, disait Thémistoels â ses ail t'arbitre de îa Grèce, car il gouverne sa mère,
! gouverne, je gouverne les Athéniens, et îes Athéêtes* ent les Grecs. Oh ! quels r>eti& conducteurs
lit couvent aux plus grands empires, &i du pri^o:. an descendait £«r dfc$r4§ JMÎfiA I* prwl%rt ^c«ï^ c^ &#tt$3