‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 4 sur 64 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

y-stix (1). Cet itëccmy&nîenf est inévitable^- mais -il ££i' faible. L'essentiel est d être bon aux gens avec qui Ton vil Au dehors le Spartiate était ambitieux, avare, inique ; mais le désintéressement, l'équité, îa concorde régnaient dans ses murs. Défiez-votia de ces cosmopolites qui vont chercher loin dam leurs livra des devoirs Qu'ils dédaignent de rensplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tarières, puui être dispensé d'aimer ses Voisins. -

^ L'homme naturel est tout pour lui ; H est l'unité numérique, i'entler absolu, qui n'a de rapport qu'a, lui-même ois à son semblable. L'homme civil n'est qu'une unité" fractionnaire qui tient au dénominateur, et dont la valeur ©st. dans son rapport avec l'entier, qui est le corps social Les bonnes institutions sociales sont celtes qui savent le mieux dénaturer l'homme, Un ôter son existence absolue pour lui en donner une relative, et transporter îe' pm4 dans l'unité commune ; sn aorte que chaque particulier ne se croie plus un, mais partie de l'unité, %t os %sM plus sensible que dans le iouî. Un citoyen de Rome n'était ai Calus, ni Lucius ; c'était un Romain; même II aimait la patrie exclusivement à lui. Régulus se prêteriait Carthaginois, comme étant devenu le bien de se$ maîtres : en sa qualité d'étranger, 13 refusa?! û& siéger â?i sénat de Rome ; U fallut qu'un Carthaginois le hti ordonnât II s'indignait qu'on voulût lui sauver la vie* Il vainquit, et s'en retourna triomphant mourir dans Isê supplices. Cela n'a pas grand rapport, ce me Sfèâ&I^ aux hommes que nous connaissons.

Le Lacédérnonien Pèdarète 8© présenta pour être admis au conseD des troia cents, 0 est rejeté. Il s^erj retourne tout joyeux de. ce qu'il s'est trouvé dans Sparte trois cents hommes valant mieux que lui. je suppose &®ti£ démonstration sincère, et £1 y a 1;W de croire qu'elle Tétait : voi'à te citoyen, .

Uns femme de Sparte avait çif 3 à l'afinée. H attendait dés nouvelles de fa bataille. Un ilote arrive ; elle lui ea demande en tremblant, « V03 cinq fils ont été tués. — Vil esclave, fr'ai-je demandé cela ? — Nous avons gagné la victoire ». La mère court au temple et Eend grâces aux dieux : voilà la . citoyenne.

Celui qui, dans l'ordre civil, veut conserver la prî»

t. Aussi les guerres dea républiques sont-elles plus cruelles que celles des monarchies. Mais si îa guerre des rois cet «modérée, c'est leur pabî qui est t^ribls ;*il vaut mizux **uc 2«UÎ CUttCiSai &wt le»* euii^

14 ÊMILS

mm $$nÉ3T$ tare, m sâii ce <qtfii veut

action avec lui-même, toujours Bot* fent c^es penchants et ses devoirs, il ne sera jamais

ni homme ni citoyen ; iî ne sera bon ni pour lui ni pour les autres. Ce' sera un de ces hommes de nos jours, an Français, un Anglais, un bourgeois ; ce ne sera rien.

Pour èirç quelque chose, pour être soi-même, et toitjours un, iî faut agir comme on parie ; il faut être toujours décidé sur le parti que Ton doit prendre, le prendre hautement, et le suivre toujours, j'attends qu'on me ruunîre ce proc ur savoir s'il est homme ou citoyen,

qiî comment il " s'y prend pour &XQ à la fois l'un et Pàutre.

De eos objets nécessairement opposés viennent deux fermes d'institutions contraires ; l'une publique et cornmuse, l'autre particulière et domestiqua

V^ults-vous 'prendre uns idée dé l'éducation publique ? li$m la République d% Platon. Ce n'est point un ouvrage tià panique, comme U p : ceux qui se Jugent des

; livres eue prur lours titres: c;'ust le plus beau traité ÉJPédu^afec© qu'on ?Âî jamais fait

Quand çn veut renvoyer au pays des chimères,, on nomme l'fafttitutîôii de Platon. Si Lycurgue n'eût mis la tienne que ' par écrit, je la trouverais bien plus chimérique. Platon n'a fait qu'épurer le cœur de l'homme ; Lyeurgue l*a dénaturé.

'L'insiiiutlQn publmm n9i s, et ne psut plus

nxislar, parce que, où II n'y a plus de partie ïî ne peut plm y avoir de citoyens. Ces doux rnbts 'patrie et citoyen dmrmï fctre effacés des langues modernes. j'en sais bien k raison, nrnb je ne veux p^s La dire ; elle ne tait rien à men &£y«i

}a b'*q?& i s comme une institution publique ces

rislb'eu ■ . u appelle collèges (1). je ne

compte pas non plus l'éducation du monde, parce que cette éducation, tendant à d^nx fins contraires, les mân« qm i!ï\ii&& ûqux : r.Wo n'est propre qu'a faire des humj doubles, tout aux

aatrsa, M i Jamais rien qu'à eux seuls, Or,

l, ïî y i aie», et surtout clans l'Université

ÛQ P*ris, d' ■• 's que j'aime, que j'estime beaucoup, et

«!**e je crois très capables de bien instruire la jeunesse, s'ils n'étaient forças de zmvx? I ■ - i tabli. J'exhorte l'un d'entre

énx h publier le projet de referme qu'il a conçu. L'on sera peut-être enfi^ tenté de guérir le mai en voyant qu'il n'est pas sans remède.

mm i m

ces démonstrations, étant communes b. tout le monde, n'abusent personne. Ce sont autant de soins pordus.

De ces contradictions naît celle que nous éprouvons sans cesse en nous-mêmes. Entraînés par la nature et par les hommes dans des routes contraires, forcés de pou$ partager entre ces diverses impulsions, nous ça suivons une composée qui ne nous mène ni à l'un ni à i'autre but. Ainsi combattus et flottants durant tout te cours de notre vie, nous la terminons sans avoir pu mxis accorder avec nous, et sans avoir été bons ni poux wjs ni pour les autres.

5fiReste enfin l'éducation domestique, ou celle de ia nature. Mais que deviendra pour les autres un homme uniquement élevé pour lui ? Si, peut-être, te double objet qu'on se propose pouvait se réunir en un seul, en étant les contradictions de l'homme on ôîorait un grand obstacle a son bonheur. 11 faudrait, pour en juger, la voir tout formé ; Il faudrait avoir observé sas psa-ahairiB, va s©s progrès, ? : c. marche j il 6» ta un

moi connaître rhômme naturel je crois qu'on aura fait quelque pas dans ces rtcharçnas après' avoir in «si écrit

Pour former cet homme rare, qu'avon$**&tgs à fair-f- ? beaucoup, sans doute ; c'est a'empêcher que rien ne sait fait. Quand il ne s'agit que d'aller contre le vent, on louvoie ; mais si la nier est forte et qu'on veuille rzsuïx en place, il faut jeter l'ancre. PrencU garde, jeune pilote, que ton câble ne Éte ou qu% ton ancra ne laboure, tf que le vaisseau ne dérive avant que tu t'en sois apsrçsL

Dans Tordre social, où toutes les places sont ©m* Sfuées, chacun doit être élevé pour la sierme. Si un parti* ailier fonné pour m place en sort, il n'est plus; pïQpm à rien. L'éducation n'est utile q la î$riu.n6

s'accorde avec la vocation •-. .3 ; en tout autre

cas elle est nuisible à l'élève, "ne fut-ce que par les préjugés quVUé lui a donnés. En Egypte, où" le Sis êî&n oblige cïxmbTtâ:-er l'état de s re, l'éducation

moins avait un but s parmi nous, où les

rangs seuls demeurent et où les homme? en changent sans cesse, nul ne sait si, en élevant se; ;.:our ie

sien, il ne travaille pas contre lui

Dana Tordre naturel, les ho étant tous égaux,

leur vocation commune e t d'homme, et quiconque

est bien élevé pour celui-là ne peut mal remplir ceux qui sry rapportent. Qu'on destine mon à l'épée, à

l'Eglise, au barreau, peu m'importe. Avant la vocation dés parents la nature l'appelle à ia vie humaine. Vivre

19 £MiUB

esî le métier que je lui veux apprendre. En sortant de mes mains il ne sera, j'en conviens, ni magistrat, ni soldai, ni prêtre : il sera premièrement homme ; tout ce qu'un homme doit être, tî saura Fctre au besoin tout sussi bien que qui que ce soit, et la fortune mira beau ît faire changer' de place, il sera toujours à la &ie**«e* Oceupavi le, Portuna, ai que ce pi : omnesqae adiius tuos tfsierclusi, ut ad me aspirare non posses (S),

Notre véritable étude est celle de la condition hx> xnasne. Celui d'entre nous qui sait le mieux supporter les\biens et "es mnux de cette vie est, à mon gré, -M'. mieux élevé ; d'où ii suit que la véritable éducation c<3|f ' Siste moins en préceptes qu'en exercices. Nous commet çoiîs â nous instruire en commençant a vivre ; notre éducation commence avec nous ; notre premier précepteur est notre nourrice. Aussi ce mot éducation avait-il chez les anciens un autre sens que nous ne lui donnons plus: il signifiait nourriture. Educit obstetrix, dit Varton ; educat nutrix, institua pœdagogus, docet magisîcr d). Ainsi l'éducation, l'institution, l'instruction, sont trois ç&osea aussi différentes clans leur objet que la gouvernante, le précepteur et ie maître. Mais ces distinctions sont mal entendues ; et pour être bien conduit, l'enfant &e doit suivre qu'un seul guida,

'Il .faut donc généraliser nos viœs, et considérer dans notre élève lltoiBxfiô abstrait, l'homme exposé à tous 1&& accidents de la vie humaine. Si les hommes naissaient attachés aw soi d'un pays, si la même saison durait toute Farinée, si chacun tenait à sa fortune de manière à r/en pouvoir jamais changer, la pratiqua établie serait bonne a certains égards ; ï' enfant élevé pour son état, n'en sortant jamais, ne pourrait* être exposé aux incon- V^èpiènts d'un &ntr&. Mais, vu la mobilité des choses bumaiaes, vu l'esprit inquiet et remuant de ce siècle qui bot&ievarse tout à chaque génération, peut-on concevoir une méthode plus Insensée que d'élever un enfant comm& n'ayant jamais à sortir de" sa chambre, comme âev<mi être sans cesse entouré de ses gens ? Si le maîheureus fait un seul pas sur la terre, s*fî descend âyun seul degré,

5 est perdu. Ce n'est pas lui Apprendre à supporter la peine, c'est l'exercer à la sentir.

Go ne songe qu'à conserver son enfant ; ce n'est pas assez. On do>i lui apprendre à se conserver étant homme,

6 supporter les coups du sort, à braver l'opulence et la

a, Sien, MG*vdl

Page 1