‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 3 sur 64 · LIVRE î M · texte numérisé non relu

LIVRE î M

d'avoir connu ses besoins, On se plaint de l'état d'enfance ; on ne volt pas que la race humaine eût péri Si l'homme n'eût commencé par être enfant

Nous naissons faibles, nous avons besoin de forces, fiottè naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d'assistance ; nous naissons stupides, nous avons beonî de jugement. Tout ce que nous n'avons pas à notre naissance et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l'éducation.

Cette éducation nous vient de îa nature, ou des hommes, ou des choses. Le développement interne de nos facultés et de nos organes est ! éducation de la nature ; l'usage qu'on nous apprend à faire de ce développement est l'éducation des hommes ; et l'acquis de notre propre expérience sut les objets qui nous affectent est i?édu« Cation des choses.

Chacun de nous est donc formé par trois sertes de maîtres. Le disciple dans lequel leurs diverses leçons se contrarient est ma! élevé et ne sera jamais d'accord avec lui-même ; celui dans lequel elles tombent toutes sur le® mêmes points, et imâzni aux mêmes fins, vu seul à son but et vît conséquemment. Celui-là seul est bien élevé.

Or, de ces trois éducations différentes, celle de fa Rature ne dépend point de nous ; celle des cfcocee «''en dépend qu'à certains ég&rd% ; celle des homme* est ta seule dont nous soyons vraiment les maître* ; encore né te sommes-nous que par supposition : car, qui mî-ct qtû gstut espérer de diriger entièrement les discours et ïm actions de tous ceux qui environnent un enfant ?

Sitôt donc que l'éducation est un art, il est presque impossible qu'elle réussisse, puisque le concours nécessaire à son succès ne dépend de personne. Tout ce qu'en peut faire, à force dé soins, est d'approcher plus ou moins du but, mais iî faut du bonheur pour l'atteindre.

Quel est ce but ? c'est celui même de la nature ; cela viens d'être prouvé. Puisque le concours des trois éducations est nécessaire à leur perfection, c'est sur celle à laquelle nous ne pouvons rien qu'il faut diriger les deux autres. Mais peut-être ce mot de nature a-t-il un sens trop vague : iî faut tâcher ici de le fixer.

La nature, nous dit-on, n'est que l'habitude (1). Que

. M. Formey cous assure qu'em ne dit pas précisément cela. C'i'ia me paraît pourtant trèe précisément dît dans e& ôtt$tt«l j« m« propes&âs de nipeadr* :

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çî^affie C8ta> Wy à-l-ll pas des habitudes qu'on tte'èoo-

fes€te qce par force, et qui n'étouffent jamais la nature ? Téfte est, par exemple, l%abititâe des plantes d&nt cm gfere la direction trertlcaîe. La plante raîs^ est liberté g&rde Piiicjliiidteon qu'on Ph forcée à prendre ; mais fa

Sève n'a point èbangé pour eeîâ sa direction primitive, et Eîïa pi&rrte continue à répéter, son prolongement redevtteJjit vertîcaî. Il m est de même des inclinations dés ^Gfmwes. Tant qu'en reste dii^rj îe même état, en peut ^iir^er e$fies qui résultent de ("habitude et quî nous sorti la mé+n® RatareUe^i ; mais sitôt que la situation change, Pfrafefttsdo c«s#e et le naturel revient. L'édm ation rvmt G9h&\n&àtoh q^'tine habitude. Or, n'y zhi-îl pas des çf&^s qui oublient et perdent leur éducation ? d'autres qui ta gardant ? D'cû vient cete différence ? S'il faut borner te uom de nature &ux habitudes conformes à la nature, ou peut s'épargner ce galimatias.

Nous naissons sensibles, et, dè^ notre naissance, nous gommes affectés efe diverses manières par les objets qui nous environnent. Sitôt que notas avons, pour ainsi âïï£P {a conscience de nos sensations, nous sommes disposés à rechercher ou à Cuir les objets qui les produisent, d'abord selon qu'elles noué sont agréables ou déplaisantes, puis selon la convenance on disconvenante que nous trouvons entre nous et ces objets, et enfin selon les jugements, que nous en portons sut l'idée de bonheur ou de perfection que la raison nous donne. Ces dispositions s'étendent et s'affermissent h mesure que nous devenons plus sensibles et plus éclairés ; mais, contraintes par nos habitudes, elles s'altèrent plus on moins p&r f>©6 opînioîîs. Avant cette altération, &lz$ sont ce qu® l'&pp&te en nous la nature.

C'est, donc à ces dispositions primitives qtnl faudrait tout rapporter ; et cela se pourrait si nos trois édueatrçma H'itsient que différentes : mas que faire quanti elfe sgi;1 opposées ? .quand, an Rets d'élever un homme pour lui- &Ktee on ^etît Félevcr pour les autres? alors le concert: est impossible. Forcé de combattre fa nature ou tes* te* fittrtîonîS sociales, il faut opter e/.tre faire un homme cra trn citoyen, car en ne peut faire à la fols l'un et Fm'frs, . Tonte société partielle, quand eOe est étroite et hkn unie, s'aliène de h? grande. Tout patriote est d'itr' aux étrangers : ils ne sont qu'hommes, iîs ne cent rien à ses

M. Formvy, cftiî ne veut pas cflOT'gw^îîSr eé$ seîttbJsbîçKS.

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