LIVRE H lia
îaudtfaît pour nfialv^er fontes* les r3£$$ de cette fable, et les réduire aux idées simples eî élémentaires dont chacune d'elles est composée. Mais qui est-ce qui croit avoir besoin de cette analyse pour se faire entendre à la jeunesse ? Nul de nous n'es? asse? philosophe pour savoir se oiettre à la place d'un enfant Passons maintenant à la morale;
Je demanda s? c'est à de*? enfants de %hz ans qu'ïï faut apprendre qu'il y a des hommes qui flattent eî mentent pour leur profit ? On pourrait- toirt au plus leur apprendre qu'il y -a des railleurs qui persiflent les petits garçons, et se moquent en secret de !eur sotte vanité : maïs le fromage gâte tout ; on leur apprend moins à ne pas le laisser tomber de leur bec qu'à le faire tomber du bec d'un autre. C'est ici mon second paradoxe, et ce n'est pas îe moins itnoortant.
Suivez les enfants apprenant leurs fabfed* et vous verrez que, quand Lis sont en état d'en faixe l'application, ils en font presque toujours une contraire à l'intention de l'auteur, et qu'an lieu de s'observer sur te défaut dont on les veut pnérif ou préserver, Us penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des défauts des -autres. Dans la fable précédente, les enfants se moquent du corbeau, mais ils s'affectionnera tous au renard. Dans la fable qui suit, vous croyez leur donner la cigale pour exemple ; et point au tout, c'est la fourmi qu'ils choisiront. On n'aime point à s'humilier : ils prendront toujours la b«au rô?e;
5t Le choix de Vamuur-propre, c'est un choix très naturel. Or. oiselk horrible leçon pour l'enfance ! L§ plus odieux de tous.îes monstres serait un enfant avare <:î dur, qui saurait ce qu'on lui demande et ce qu'il refuse. La fourmi fait plus encore, eilo lui apprend h f&ftlef dans ses refus.
Dans toutes les fables. où le Hon est un des personnages, comme c'est (Fordircaire le plus brillant, l'enfant ae manque point de se faîte lion ; et quand il préside à quelque partage, bien instruit par son modèle, il s grand soin de s'emparer de fout. Mais quand îe moucheron terrasse le lion, c'est une outre affaire ,* alors l'enfant n'est plus lion, il est moucheron. \\ apprend à tirer un jour à coups d'aiguillon ceux qu'il n'oserait attaquer cte
Dans la fable du loup maigre et du chien gras, au lieu
d'une leçon de modération qu'on prétend lui donner, il
en prend u\w de licence. le n'oublierai jamais d'avoir vu
ucornp pleurer une petite fille qu'on avait désolée avec
c«»tte fable, tout en lui prêchant toujours la docilité Ou
eut pcîne à savoir îa cause de s>es pleurs ; on îa sut enfin La pauvre enfant s'ennuyait d'être à la chaîne : elle ge sentait le cou pelé ; elle pleurait de nètre pas îoup. Ainsi donc la morale de la première fable est pour l'enfant une leçon de îa plus basse flatterie ; celle de la seconde» une leçon d'inhumanité ; celle de la troisième, une leçon d'injustice ; celle de la quatrième, une leçon de satire ; celle de la cinquième, une leçon d'indépendance. Cette dernière leçon, pour être superflue à mon élève, n'en est pas plus convenable aux vôtres Quand vous leur donnez des préceptes qui se contredisent, quel fruit espérez- vous de vos soins.? Mais peut-être, à cela près, toute cette morale qui me sert d'objection contre les fables fournit-elle autant de raisons de les conserver. Il faut une morale en paroles et une en actions dan? la société, et ces âcu^ momies ne se ressemblent point. La première est dans le catéchisme, où on ta laisse ; l'ai tnt dans les fabres de La Fontaine pour les enfants dans ses contes pour les mères. Le même auteur suffit â tout.
Composons, (h^twi^fir de * * Fonta'ne fe oroniet*, quant ii moi, de vous lire avec choix, de vous aimer, de .n'instruire dans vos fables ; car j'espère ne pas me tromper sur leur objet. Mais, pour mon élève permettez que je ne lui en laisse pas étudier une seule jusqu'à ce que vous m'ayez prouvé qu'il est bon pour lui d' 'apprendre des choses dont il ne comprendra pas le quart ; que dans celles qu'il pourra comprendre il ne prendra jamais le dmnge, et qu'au feu de se corriger sur la dupe ii ne se formera pas sur le fripon.
En ôtani ainsi tous bs dovofcs ces enfants, fore tes ln$tnmienis de leur p -ide misère, savoir les livres. La
lecture mt le 8é#tî de l'enfance, et presque la seule occupation qu'on lui sait donner. A ; . douze ans Emile saura-t-ii ce que c'est qu'un livre. Mais il faut bien an tnoins, dira-t-on, epi'H sache lire, j'en conviens : U faui qu'il sache lire quand la lecture lui est utile ;' jusqu'alors elle n'est bonne qu'à l'ennuyer.
Si l'on ne doit rien exiger des enfants p&r obéissance, il s'ensuit qu'ils ue peuvent rien apprendre dont ils ne sentent l'avantage actuel et présent soiî d'agrément, soiî d'utilité ; autrement quel motif tes porterait à l'apprendre ? L'art de parier aux absents et de les entendre, l'art de 'leur communiquer au loin, sans médiateur, nos sentiments, nos volontés, nos désirs, est un art dont l'utilité peut êtr? rendue sensible à tous les âgeft. Par quel prodàgf cet ait si utils et d agréable est-il devenu un tour-