‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 6 sur 64 · livre i m · texte numérisé non relu

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]$$0fc3 tla la s^gligenee de la nourrice, pourvu que ïa r^urnssca ne se casse ni bras ni jambe, qu'importe au çarplus qu'il' périsse ou qu'il demeure infirme le reste ét> g£3 jours ? On conserve ses membres aux dépens de non corps, et, quoi qu'il arrive, la nourrice est dï&« exigée,

' Ces douces mères qui, débarrassées de leurs- enfants, se livrent gaiement aux amusements de la ville, savent» çiîss cependant quel traitement l'enfant dans son maillot reçoit mi village ? Au moindre tracas qui survient, on le suspend à un clou comme un paquet de bardes ; et tandis que, sans se presser, la nourrice vaque à ses affaires, le malheureux reste ainsi crucifié. Tous ceux qu'on a trouvés dans cette situation avaient îe visage violet, la poitîtee fortement comprimée ne laissant pas circuler îe sang, U remontait à la tête, et Ton -croyait le patient fort tranquille parce qu'il n'avait pas la força de crier, j'ignore combien d'heures un enfant peut rester en cet état sans ■perdre M vie, -mais je doute que cela puisse aller fort loin. Voilà, je pense, une -des plus -grandes- commodités du maillot.

On prétend que les enfants en liberté pourraient prendre de mauvaises situations, et se -donner des mot*» vsnseats. capables de nuire à la bonne conformation d# leurs membres. C'est là un de ces vains raisonnements de notre fausse sagesse, et que jamais aucune expérience n'a confirmés'; De cette multitude d'enfants qui, chez des peuples plus sensés qiîe nous, sont nourris dans toute la liberté de leurs membres, on n'en voit pas un seul qui se blesse ni s'estropie ; ils ne sauraient* donner à leurs mouvements la force qui peut les rendre dangereux, et quand ils prennent une situation violente, la douleur les avertit bientôt d'en changer.

Nous ne nous sommes pas encore avisés de mettre aft maillot les petits des chiens ni des chats ; voit-on qu'il xéstiite pour eux quelque inconvénient de cette négligence? Les enfants sont plus lourds ; d'accord : mais à proportion ils sont aussi plus faibles. A peine peuvent-ils se mouvoir ; comment s'estropieraientHs ? Si on les étendait but le dos, ils mourraient dans cette situation, comme la tortue, sans pouvoir jamais se retourner.

Non contentes d'avoir cessé d'allaiter leurs enfants, les femmes cessent d'en vouloir faire ; la conséquence est naturelle* Dès que J'étaf de mère est onéreux, on trouve bientôt le moyen de s'en délivrer tout à fait : on veut faire un ouvrage inutile, afin de îe recommencer touiours, et l'on tourne au préjudice de l'espèce l'attrait

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âônGê pouf la multiplier. Cet usage, a]ouié aux autres causes de dépopulation, nous annonce îe sort prochain de l'Europe. Les sciences, les arts/ la philosophie et les meeurs qu'elle engendre, ne tarderont pas d'en faire un désert. Elle sera peuplée de bêtes féroces ; elle n'aura pas beaucoup changé d'habitants.

. J'ai vu quelquefois le petit manège des Jeunes femmes qui feignent de vouloir nourrir leurs enfants. On sait se faire presser de renoncer à cette fantaisie : on fait adroitement intervenir les époux, les médecins, surtout les mères. Un mari qui oserait consentir que sa femme nourrît son enfant serait un homme perdu ; l'on en ferait un assassin qui vent se défaire d'elle. Maris prudent3. i! faut immoler à la paix l'amour paternel. Heureux qu on trouve à la campagne dès femmes plus continentes que le? vôtres ï plus heureux si le temps que celles-ci gagnent n'est pas destiné pour d'autres que vous !

Le devoir des femmes n'est pas douteux : maris on dispute si, dans le mépris qu'elles en font, il est égal pour les enfants d'être nourris de leur lait ou d'un autre. Je tiens cette question, dont leaj médecins sont les juges, pour décidée au souhait des femmes (!) ; et pour moi, je penserais bien aussi qu'il vaut mieux que l'enfant suce le lait d'une nourrice -en santé que d'une mère gâtée, s'il avait quelque nouveau mal à craindre du même sang dont il est formé.

Mais la question doit-elle s'envisager seulement par le côté physique ? et l'enfant ,a-t-iî moins besoin des soins d'une mère que de sa mamelle ? D'autres/ femmes, des bêtes même, pourront lui donner le lait qu'elle lui refuse : la soiliestude maternelle ne se supplée point. Celle qui nourrit l'enfant d'une autre, au lieu du sien, est une mauvaise mère ; comment sera-t-e!!e une bonne nourrice ? ellej pourra le devenir, '■ mais- lentement ;'. il*' faudra que l'habitude change la nature-; et Fenfant mal soigné -aura le temps de périr cent fois avant que sa nourrice ait pris pour lui une tendresse de mère.

■ De cet avantage même résulte un inconvenant qui seul devrait ôîer a toute femme sensible le courage de faire nourrir son enfant par une autre : c'est celui de

t. La ligue des femmes et des in&kcîas . m'a toujours vztil l'une des plus plaisantes singularités de Paris. C'est par les femmes que les médecins acquièrent leur- réputation, et c'est par les médecins que les femmes font leurs volontés. On se doute bien par là quelle est la sorte* d'habileté qu'il faut à un wêéosuk et Paris peu? devenir célèbre.

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