LIVRE V
semblables moyens : les caprices ne feraient que rebuter, s'ils n'étaient sagement ménagés ; et c'est en les dispensant avec art qu'elle en fait les plus fortes chaînes de ses esclaves.
Usa ogn'arte la donna, onde sia colto Xella sua rete alcun novello amante ; Ne con tutti, né sempre un stesso volto Serba ; ma cangia a tempo atto e semblante l.
A quoi tient tout cet art, si ce n'est à des observations fines et continuelles qui lui font voir à chaque instant ce qui se passe dans les cœursdes hommes, etquila disposent à porter àchaque mouvement secret qu'elle aperçoit la force qu'il faut pour le suspendre ou l'accélérer? Or, cet art surprendrait-il? Non; il naît avec les femmes; elles l'ont toutes, et jamais les hommes ne l'ont eu au même degré. Tel est un des caractères distinctifs du sexe. La présence d'esprit, la pénétration, les observations fines, sont la science des femmes; l'habileté de s'en prévaloir est leur talent.
Voilà ce qui est, et l'on a vu pourquoi cela doit être. Les femmes sont fausses, nous dit-on. Elles le deviennent. Le don qui leur est propre est l'adresse et non pas la fausseté : dans les vrais penchants de leur sexe, même en montant, elles ne sont point fausses. Pourquoi consultez-vous leur bouche, quand ce n'est pas elle qui doit parler? Consultez leurs yeux, leur teint, leur respiration, leur air craintif, leur molle résistance, voilà le langage que la nature leur donne pour vous répondre. Labouche dit toujours non, et doitle dire; mais l'accent qu'elle yjoint n'est pas toujours le même, et cet accent ne sait point mentir. La femme n'a-t-elle pas les mêmes besoins que l'homme, sans avoir les mêmes droits de les témoigner? Son sort ne serait trop cruel, si, même dans les désirs légitimes, elle n'avait un langage équivalent à celui qu'elle n'ose tenir. Faut-il que sa pudeur la rende malheureuse? Ne lui faut-il pas un art de communiquer ses penchants sans les découvrir? De quelle adresse n'a-t-elle pas besoin pour faire qu'on lui dérobe ce qu'elle brûle d'accorder! Combien ne lui importe-t-il point d'apprendre à toucher le cœur de l'homme, sans paraître songer à lui ! Quel discours charmant n'est-ce pas que la pomme de Galatée et sa fuite maladroite ! Que faudra-t-il qu'elle ajoute