‹ Émile, ou, De l'éducation (volume 3)Chapitre 293 sur 300 · KM ILE · texte numérisé non relu

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veux parler, c'est à leurs cœurs; et je n'ignore pas quel est le sujet unique dont ils peuvent s'occuper ce jour-là.

Mes enfants, leur dis-je en les prenant tous deux par la main, il y a trois ans que j'ai vu naître cette flamme vive et pure qui fait votre bonheur aujourd'hui. Elle n'a l'ait qu'augmenter sans cesse; je vois dans vos yeux qu'elle est à son dernier degré de véhémence ; elle ne peut plus que saiïaiblir. Lecteurs, ne voyezvous pas les transports, les emportements, les serments d'Emile, l'air dédaigneux dont Sophie dégage sa main de la mienne, et les tendres protestations que leurs yeux se font mutuellement de s'adorer jusqu'au dernier soupir? Je les laisse faire, et puis je reprends.

J'ai souvent pensé que si l'on pouvait prolonger le bonheur de l'amour daus le mariage, on aurait le paradis sur la terre. Cela ne s?est jamais vu .jusqu'ici. Mais si la chose n'est pas tout à fait impossible, vous êtes bien dignes l'un et l'autre de donner un exemple que vous n'aurez reçu de personne, et que peu d'époux sauront imiter. Voulez-vous, mes enfants, que je vous dise do moyen que j'imagine pour cela, et que je crois être le seul possible ?

Ils se regardent en souriant et se moquent de ma simplicité. Emile me remercie nettement de ma recette, en me disant qu'il croit que Sophie en a une meilleure, et que, quant à lui, celle-là lui suffit. Sophie approuve, et parait tout aussi confiante. Cependant à travers son air de raillerie, i«" crois démêler un peu de curiosité. J'examine Émiie; ses yeux ardents dévorent les charmes de son épouse ; c'est la seule chose dont il soit curieux, et tous mes propos ne l'embarrassent guère. Je souris à mon tour en disant en moi-même : Je saurai bientôt te rendre attentif.

La ditl'érence presque imperceptible de ces mouvements secrets en marque une bien caractéristique dans les deux sexes, et bien contraire aux préjugés reçus; c'est que généralement les hommes sont moins constants que les femmes, et se rebutent plutôt qu'elles de l'amour heureux. La femme presseut de loin l'inconstance de l'homme, et s'en inquiète < ; c'est ce qui la rend

I. En France, les femmes se détachent les premières; et cela doit être, parce qu'ayant peu de tempérament, et ne voulant que des hommages, quand un mari n'en rend plus, on se suucie peu de sa personne. Dans les autres pays, au contraire, c'est le mari qui se détache le premier ; cela doit être encore, parce que les femmes, lidèles, mais indiscrètes, en les importunant de leurs désirs, les dégoûtent d'elles. Ces ventes générales peuvent

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