LIVRE V. a5y
ce sentiment , loin de s'effacer , augmente sans oesse et se tourne en haine. C'est un enfer qu'un pareil mariage; il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. •
Désirez en tout la médiocrité , sans en excepter la beauté niême. Une figure agréable et prévenante, qui n'inspire pas l'amour, mais la bienveillance , est ce qu'on doit préférer ; elle est sans préjudice pour le mari , et l'avantage en tourne au profit commun. Les grâces ne s'usent pas comme la beauté ; elles ont de la vie, elles se renouvellent sans cesse, et aù bout de trente ans de mariage, une honnête femme avec des grâces plaît à son mari comme le premier jour. [
Telles sont les réflexions qui m'ont déterminé dans le choix de Sophie. Élève de la nature , ainsi qu'Émile , elle est faite pour lui plus qu'aucune autre ; elle sera la femme de l'homme. Elle est son égale par la naissance et par le mérite , son inférieure par la fortune. Elle n'enchante pas au premier coup d'ceil , mais elle plaît chaque jour davantage. Son plus grand charme n'agit que par degrés ; il ne se déploie que dans l'intimité du commerce ; et son mari le sentira plus que personne au