‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 34 sur 128 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

beau de fantaisie , sujet au caprice et à l'autorite , n'est plus rien que ce qui plaît à ceux qui nous guident.

Ceux qui nous guident sont les artistes , les grands , les riches j et ce qui les guide euxmêmes est leur intérêt ou leur vanité. Ceuxci, pour étaler leurs richesses , et les autres pour en profiter , cherchent à l'envi de nouveaux moyens de dépensé. Par là le grand luxe établit son empire, et fait aimer ce qui est difficile et coûteux : alors le prétendu beau, loin d'imiter la nature, n'est tel qu'à force de la contrarier. Voilà comment le luxe et le mauvais goût sont inséparables. Partout où le goût est dispendieux, il est faux. Dans un moment je rendrai ceci plus sensible.

C'est surtout dans le commerce des deux sexes que le goût , bon ou mauvais, prend sa forme ; sa culture est un effet nécessaire de l'objet de cette société. Mais quand la facilité de jouir attiédit le désir de plaire, le goût doit dégénérer,- et e'cst là, ce me semble, une autre raison des plus sensibles pourquoi le bon goût tient aux bonnes mœurs. , « .*

Consulta le go ût des femmes dans le§ choses physiques et qui tiennent au jugement des

sens; celui des hommes dans les choses morales et qui dépendent plus de Pentendement.

Quand les femmes seront ce qu'elles doivent être, elles se borneront aux choses de leur compétence, et jugeront toujours bien ; mais depuis qu'elles se sont établies les arbitres de la littérature , depuis qu'elles se sont mises à juger les livres et a en faire a toute force , elles ne se connoissent plus à rien. Les auteurs qui consultent les savantes sur leurs ouvrages sont toujours sûrs d'être mal conseillés \ les galants qui les consultent sur leur parure sont toujours ridiculement mis. J'aurai bientôt occasion de parler des vrais talents de ce sexe , de la manière de les cultiver, et des choses sur lesquelles ses décisions doivent alors être écoutées.

Voilà les considérations élémentaires que je poserai pour principes en raisonnant avec mon Émile, sur une matière qui ne lui est rien moins qu'indifférente dans la circonstance où il se trouve et dans la recherche dont il est occupé. Et à qui doit-elle être indifférente ?La conno»sance de ce qui peut être agréable ou désagréable aux hommes n'est pas seulement nécessaire à celui qui a besoin d'eux , mais en

te

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