LIVRE V. . n
de la nature , qui, donnant à la femme plus de facilité d'exciter les désirs qu'à Phomme de les satisfaire , fait dépendre celui-ci , malgré qu'il en ait, du bon plaisir de l'autre, et le contraint de chercher à son tour à lui plaire pour obtenir qu'elle consente a le laisser être le plus fort. Alors ce qu'il y a de plus doux pour Phomme dans sa victoire est de douter si c'est la foiblesse qui cède a la force , ou si 'c'est la volonté qui se rend ; et la ruse ordinaire de la femme est de laisser toujours ce doute entre elle et lui. L'esprit des femmes répond en ceci parfaitement à leur constitution : loin de rougir de leur foiblesse elles en font gloire ; leurs tendres muscles sont sans résistance ; elles affectent de ne pouvoir soulever les plus légers fardeaux ; "elles auroient honte d'être fortes* Pourquoi cela ? Ce n'est pas seulement pour paroître délicates, c'est par une précaution plus adroite; elles se ménagent de loin des excuses et le droit d'être foibles au besoin.
Le progrès des lumières acquises par nos vices a beaucoup changé sur ce point les an* ciennes opinions parmi nous , et l'on ne parle plus guère de violences depuis qu'elles sont si peu nécessaires , et que les hommes n'y croient
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. plus « ; au lieu qu'elles sont très communes dans les hautes antiquités grecques et juives, parce que ces mêmes opinions sont dans la simplicité de la nature , et que la seule expérience du libertinage a pu les déraciner. Si l'on cite de nos jours moins d'actes de violence, ce n'est sûrement pas que les hommes soient plus tempérants, mais c'est qu'ils ont moins de crédulité, et que telle plainte qui jadis eût persuadé des peuples simples ne feroit de nos jours qu'attirer les ris des moqueurs; on-gagne davantage à se taire. Il y a dans le Deutéronome une loi par laquelle une fille abusée étoit punie avec le séducteur , si le délit avoit été commis dans la ville ; ma^'il avoit été commis a la campagne ou dans des lieux écartés, l'homme seul étoit puni; Car, dit la loi, la fille a crié, et n'a point été entendue. Celte bénigne interprétation apprenoit aux filles à ne pas se laisser surprendre en des lieux fréquentés.
1 II peut y avoir une telle disproportion d'âge et de force qu'une violence réelle ait lieu ; mais traitant ici de l'état relatif des sexes selon l'ordre de la nature , je les prends tous deux dans le rapport qui constitue cet état.