‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 60 sur 128 · LIVRE V. n · texte numérisé non relu

LIVRE V. n

L'effet de ces diversités d'opinions sur les mœurs est sensible. La galanterie moderne en est l'ouvrage. Les hommes trouvant que leurs plaisirs dépendoientplus delà volonté du beau sexe qu'ils n'avoient cru , ont captivé cette volonté par des complaisances dont il les a bien dédommagés.

Voyez comment le physique nous amène insensiblement au moral , et comment de la grossière union des sexes naissent peu à peu les plus douces lois de l'amour. L'empire des femmes n*est point à elles parce que les hommes l'ont voulu , mais parce qu'ainsi le veut la nature : il étoit a elles avant qu'elles parussent l'avoir. Ce même Hercule qui crut faire violence aux cinquante filles de Thespius fut contraint de filer près d'Omphale $ et le fort Samson n'étoit pas si fort que Dalila. Cet empire est aux femmes, et ne peut leur être ôté, même quand elles en abusent : si jamais elles pouvoient le perdre, il y a long-temps qu'elles l'auroient perdu.

Il n'y a nulle parité entre les deux sexes quant a la conséquence du sexe. Le mâle n'est mâle qu'en certains instants, la femelle est femelle toute sa vie , ou du moins toute sa

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jeunesse ; tout la rappelle sans cesse a son sexe , et , pour en bien remplir les fonctions , il lui faut une constitution qui s'y rapporte. Il lui faut du ménagement durant sa grossesse , il lui faut du repos dans ses couches, il lui faut une vie molle et sédentaire pour allaiter ses enfants ; il lui faut pour les élever de la patience et de la douceur , un zèle , une affection que rien ne rebute $ elle sert de liaison entre eux et leur père , elle seule les lui fait aimer et lui donne la confiance de les appeler siens. Que de tendresse et de soins ne lui fautil point pour maintenir dans l'union toute la famille ! Et enfin tout cela ne doit pas être des vertus , mais des goûts , sans quoi l'espèce humaine seroit bientôt éteinte.

La rigidité des devoirs relatifs des deux sexes n'est ni ne peut être la même. Quand la femme se plaint la-dessus de l'injuste inégalité qu'y met l'homme , elle a tort ; cette inégalité n'est point une institution humaine , ou du moins elle n'est point l'ouvrage du préjugé , mais de la raison : c'est à celui des deux que la nature a chargé du dépôt des enfants d'en répondre à l'autre. Sans doute il n'est permis a personne de violer sa foi , et tout mari infidèle

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