LIVRE V. iag
d'objet selon ses vues : réglons ces vues sur celles de la nature , la femme aura l'éducation qui lui convient.
Les petites iilles , presque en naissant, aiment la parure : non contentes d'être jolies , elles veulent qu'on les trouve telles ; on voit dans leurs petits airs que ce soin les occupe déjà; et a peine sont-elles en état d'entendre ce qu'on leur dit, qu'on les gouverne en leur parlant de ce qu'on pensera d'elles. Il s'en faut bien que le même motif très-indiscrètement proposé aux petits garçons n'ait sur eux le même empire. Pourvu qu'ils soient indépendants et qu'ils aient du plaisir , ils se soucient fort peu de ce qu'on pourra penser d'eux. Ce n'est qu'à force de temps et de peine qu'on les assujétit à la même loi.
De quelque part que vienne aux filles cette première leçon , elle est très-bonne. Puisque le corps naît pour ainsi dire avant l'âme, la première culture doit être celle du corps : cet ordre est commun aux deux sexes. Mais l'objet de cette culture est différent; dans l'un cet objet est le développement des forces , dans l'autre il est celui des agréments : non que ces qualités doivent être exclusives dans chaque
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sexe , Tordre seulement est renversé ; il faut assez de force aux femmes pour faire tout ce qu'elles font avec grâce ; il faut assez d'adresse aux hommes pour faire tout ce qu'ils font avec facilité.
Par l'extrême mollesse des femmes commence celle des hommes. Les femmes ne doivent pas être robustes comme eux , mais pour eux , pour que les hommes qui naîtront d'elles le soient aussi. En ceci les couvents , ou les pensionnaires ont une nourriture grossière , mais beaucoup d'ébats, de courses , de jeux en plein air et dans les jardins , sont à préférer a la maison paternelle, où une fille, délicatement nourrie , toujours flattée ou tancée, toujours assise sous les yeux de sa mère dans une chambre bien close , n'ose se lever, ni marcber, ni parler, ni souffler, et n'a pas un moment de liberté pour jouer, sauter, courir , crier, se livrer à la pétulance naturelle a son âge : toujours ou relâchement dangereux, ou sévérité mal entendue ; jamais rien selon la raison.
Voilà comment on ruine le corps et le cœur de la jeunesse.
Les filles de Sparte s'exerçoient , comme les garçons , aux jeux militaires , non pour aller à