‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 68 sur 128 · LIVRE V. i3i · texte numérisé non relu

LIVRE V. i3i

la guerre , mais pour porter un jour des eu fan ts capables d'en soutenir les fatigues. Ce n'est pas la ce que j'approuve : il n'est point nécessaire pour donner des soldats a l'Etat que les mères aient porté le mousquet et fait l'exercice à la prussienne ; mais je trouve qu'en générai l'éducation grecque étoit Irès-bien entendue en celte partie. Les jeunes filles paroissoient souvent en public, non pas mêlées avec les garçons, mais rassemblées entre elles. Il n'y avoit presque pas une fête, pas un sacrifice , pas une cérémonie , où l'on ne vît des bandes de filles des premiers citoyens couronnées de fleurs , cbantant des hymnes , formant des chœurs de danses , portant des corbeilles , des vases, des offrandes, et présentant aux sens dépravés des Grecs un spectacle charmant et propre à balancer le mauvais effet de leur indécente gymnastique. Quelque impression que fît cet usage sur les cœurs des hommes, toujours étoit-il excellent pour donner au sexe une bonne constitution dans la jeunesse par des exercices agréables , modérés , salutaires , et pour aiguiser et former son goût par le désir continuel de plaire > sans jamais exposer ses mœurs.

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Sitôt que ces jeunes personnes étoient mariées , on ne les voyoit plus en public; renfermées dans leurs maisons , elles bornoient tous leurs soins à leur ménage et a leur famille.

Telle est la manière de vivre que la nature et la raison prescrivent au sexe. Aussi de ces mères-la naissoient les hommes les plus sains , les plus robustes , les mieux faits de la terre ; et malgré le mauvais renom de quelques îles, il est constant que de tous les peuples du monde, sans en excepter même les Romains , on n'en cite aucun ou les femmes aient été a la fois plus sages et plus aimables , et aient mieux réuni les mœurs et la beauté que Pancienne Grèce.

On sait que l'aisance des vêtements qui ne gênoient point le corps contribuoit beaucoup a lui laisser dans les deux sexes ces belles proportions qu'on voit dans leurs statues, et qui servent encore de modèle à l'art quand la nature défigurée a cessé de lui en fournir parmi nous. De toutes ces entraves gothiques , de ces multitudes de ligatures qui tiennent de toutes parts nos membres en presse , ils n'en avoient pas une seule. Leurs femmes ignoroient l'usagé de ces corps de baleine par lesquels les nôtres contrefont leur taille plutôt qu'elles ne la mar-

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