LIVRE V. i
se vit dans un miroir; et, trouvant que cette attitude contrainte lui donnoit mauvaise grâce, comme une autre Minerve, elle jela la plume et ne voulut plus faire des O. Son frère n'aimoit pas plus à écrire qu'elle , mais ce qui le fâchoit étoit la gêne , et non pas l'air qu'elle lui donnoit. On prit un autre tour pour la ramener a l'écriture : la petite fille étoit délicate et vaine, elle n'entendoit point que son linge servît à ses sœurs : on le marquoit, on ne voulut plus le marquer ; il fallut apprendre a marquer elle-même : on conçoit le reste du progrès.
Justifiez toujours les soins que vous imposez aux jeunes filles, mais imposez-leur-en toujours. L'oisiveté et l'indocilité sont les deux défauts les plus dangereux pour elles , et dont on guérit le moins quand on les a contractés. Les filles doivent être vigilantes et laborieuses : ce n'est pas tout; elles doivent être gênées de bonne heure. Ce malheur , si c'en est un pour elles, est inséparable de leur sexe; et jamais elles ne s'en délivrent que pour en souffrir de bien plus cruels. Elles seront toute leur vie asservies à la gêne la plus continuelle et la plus sévère , qui est celle des bienséances. Il faut les exercer d'abord a la contrainte, afin qu'elle
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ne leur coûte jamais rien, à dompter toutes leurs fantaisies , pour les soumettre aux vo- . lontés cTautrui. Si elles vouloient toujours travailler, on devroit quelquefois les forcer a ne rien faire. La dissipation , la frivolité , l'inconstance , sont des défauts qui naissent aisément de leurs premiers goûts corrompus et toujours suivis. Pour prévenir cet abus , apprenez-leur surtout à se vaincre. Dans nos insensés établissements , la vie de l'honnête femme est un combat perpétuel contre elle-même; il est juste que ce sexe partage la peine des maux qu'il nous a causés;
Empêchez que les filles ne s'ennuient dans leurs occupations et ne se passionnent dans leurs amusements , comme il arrive toujours dans les éducations vulgaires, où l'on met, comme dit Fénélon , tout l'ennui d'un côté et tout le plaisir de l'autre. Le premier de ces deux inconvénients n'aura lieu , si on suit les règles précédentes, .que quand les personnes qui seront avec elles leur déplairont. Une petite fille qui aimera sa mère ou sa mie travaillera tout le jour à ses côtés sans ennui; le babil seul la dédommagera de toute sa gêne. Mais , si celle qui la gouverne lui est insupportable ,