‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 76 sur 128 · IV · texte numérisé non relu

IV

Or , pour obtenir qu'on réparât cet oubli sans qu'on pût l'accuser de désobéissance, elle fit , en avançant son doigt , la revue de tous les plats , disant tout haut , a mesure qu'èlle les montroit , « J'ai mangé de ça, j'ai mangé » de ça » ; mais elle affecta si visiblement de passer sans rien dire celui dont elle n'avoit point mangé , que quelqu'un s'en apercevant lui dit : « Et de cela en avez-vous mangé? * Oh ! non , reprit doucement la «petite gourmande en baissant les jeux. Je n'ajouterai rien ; comparez : ce tour-ci est une ruse de fille ; l'autre est une ruse de garçon.

Ce qui est bien, et aucune loi générale n'est mauvaise. Cette adresse particulière donnée au sexe est un dédommagement très- équitable de la force qu'il a de moins ; sans quoi la femme ne seroit pas la compagne de l'homme , elle seroit son esclave : c'est par cette supériorité de talent qu'elle se maintient son égale , et qu'elle le gouverne en lui obéissant. La femme a tout contre elle , nos défauts , sa timidité , sa faiblesse; elle n'a pour elle que son art et sa beauté. N'est-il pas juste qu'elle cultive l'un et l'autre ? Mais la beauté n'est pas générale , elle périt par mille accidents , elle

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