LIVRE V. i
tâche ni un devoir ; par conséquent ne leur faites jamais rien apprendre par cœur qui s'y rapporte , pas même les prières. Contentezvous de faire régulièrement les vôtres devant elles, sans les forcer pourtant d'y assister. Faites-les courtes selon l'instruction de Jésus- Christ, Faites-les toujours avec le recueillement et le respect convenables ; songez qu'en
demandant à l'Etre suprême de l'attention pour nous écouter", cela vaut bien qu'on en mette à ce qu'on va lui dire.
Il importe moins que de jeunes filles sachent si tôt leur religion , qu'il n'importe qu'elles la sachent bien, et surtout qu'elles l'aiment.
Quand vous la leur rendez onéreuse, quand vous leur peignez toujours Dieu fâché contre elles , quand vous leur imposez en son nom mille devoirs pénibles qu'elles ne vous voient jamais remplir , que peuvent-elles penser , sinon que savoir son catéchisme et prier Dieu sont les devoirs des petites filles , et désirer d'être grandes pour s'exempter comme vous de- tout cet assujétissement ? L'exemple!
l'exemple! sans cela jamais on ne réussit à rien auprès des enfants.
Quand vous leur expliquez des articles de
foi, que ce soit en forme d'instruction directe, et non par demandes et par réponses. Elles ne doivent jamais répondre que ce qu'elles pensent , et non ce qu'on leur a dicté. Toutes les réponses du catéchisme sont a contre-sens, c'est l'écolier qui instruit le maître ; elles sont même des mensonges dans la bouche des en* fants , puisqu'ils expliquent ce qu'ils n'entendent point , et qu'ils affirment ce qu'ils sont hors d'état de croire. Parmi lès hommes lesplus intelligents, qu'on me montre ceux qui ne mentent pas en disant leur catéchisme.
La première question que je vois dans le nôtre est celle-ci : Qui vous a créée et mise au monde ? A quoi la petite fille , croyant bien que c'est sa mère , dit pourtant sans hésiter que c'est Dieu. La seule chose qu'elle voit là , c'est qu'à une demande qu'elle n'entend guère elle fait une réponse qu'elle n'entend point du tout.
Je voudrois qu'un homme qui connoîtroit bien la marche de l'esprit des enfants voulût faire pour eux un catéchisme. Ce seroit peutêtre le livre le plus utile qu'on eût jamais écrit , et ce ne seroit pas , à mon avis , celui qui feroit le moins d'honneur à son auteur. Ce qu'il y a