Émile, ou, de l'Éducation
«îque jusqu'à l'adolescence tout ïe cours de !a visât- un temps de faiblesse, il est un point dans la durée de ce premier âge où, le progrès des forces ayant passé celui des besoins, l'anima! croissant, encore absolument faible, devient foft par relation. Ses besoins n'étant pas tous développés, ses forces actuelles sont plus que suffisantes pour pourvoir à ceux qu'il a. Comme homme ù serait très faible, comme enfant il est très fort.
D'où vient la faiblesse de l'homme? De l'inégalité quî se trouve entre sa force et ses désirs. Ce sont nos passions qui nous rendent faibles, parce qu'il faudrait pour les contenter plus de forces que ne nous en donna la nature mez donc les désirs, c'est comme si vous augmentiez les forces : celui qui peut plus qu'il ne désire en a de ïeste; fl est certainement un être très fort. Voilà le troisième état de l'enfance, et celui dont j'ai maintenant à parler, le c ■. - ■• ■ :. . nce, faute de terme
propre à l'exprimer, car cet âge approche de i'adoîescerKe3 sans être encore celui de la puberté.
A douse ou treize ans les forces de l'enfant se dévelopm plus rapidement que ses besoins. Le plus viole plus terrible, ne s'est pas encore fait sentir à lui. l'organe même en reste dans l'imperfection, et semble, z.?M ea sortir, attendre que sa volonté l'y force. Peas s$isib{Q air:: jfcjtzrçâ de isir gt .4es c&isoast î| îe$
brave 6ans peme ; m ctoatenr nM«sante lui tient îreu d'habit, son appétit lui tient Heu d'assaisonnement; tout Ce qui peut nourrir est bon à son â^e; s'il a sommeil, il s'étend sur la terre et dort; il se voit partout entouré de tout ce qui lui est nécessaire ; aucun besoin imaginaire ne le tourmente: l'ooinion ne peut rien sur lui; ses désirs ne vont nas plus loin que ses bras : non seulement il peut se suffire à lui-même, il a de la force au delà de ce qu'il lui en faut; c'est le seul temps de sa vie où il sera dans ce cas.
Je pressens l'objection. L'on ne dira pas que l'enfant a plus de besoins que je ne lui en donne, mais on niera qu'il ait la force que je lui attribue : on rc songera pas que je parle de mon élève, non de ces ponpées ambulantes qui voyagent d'une chambre à l'autre, qui labourent dans une caisse et portent des fardeaux de carton. L'on "ne dira que la force virife ne ?e manifeste qu'avec la virilité; que les esprits vitaux, élaborés dans les vaisseaux convenables et répandus dans tous le corps, peuvent seuls donner aux muscles de la consistance, l'activité, le ton, le ressort d'où résulte une véritable force. Voilà la philosophie eu cabinet ; mais moi j'en appelle à l'expérience. Je vois dans vos campagnes de grands garçons labourer, biner, tenir îa charrue, charger un tonneau de vin, mener la voiture tout comme leur père; on les prendrait peur des hommes, si !e son de leur voix ne les trahissait pas. Dans nos villes mêmes, de jeunes ouvriers, forgerons, taillandiers, maréchaux, sont" presque aussi rebutes que les maîtres, et ne seraient guère moins âdrciîs si "on fa* **♦ ***<•«•*« à terres. S'il y a de la différence, et je conviens qui! y en a, elle est beaucoup joindre, ïe te féoète. oiîe celle des désirs fougueux d'un homme aux désirs bornés d'un enfant. D'ailleurs i\ n'est ïïss ici question seulement de forces physiques, mais surtout de la force et capacité de l'esprit qui les supplée ou qui les dîrî^e.
Cet intervalle ou riudfrrîdu peui plus qu'il ne désire, bien qu'il ne soit pas le temps de sa plus grande force absolue, est, comme je l'ai dit. celui de sa plus prande
ce relative. Il est le temps le plus précieux de la vie, temps otn* -■ »»*<»-* r.,,»..- - ~„„t« fo;,.. jP.-nn<, fr£S court et
d'artant plus court, comme on verra dans îa suite, qu'il lui importe plus de le bien employer.
Que fern-t-î! donc de cet excédent de facultés et de forces qu'il a de trop à présent, et qui lui manquera dans tan autre âge? Il tâchera de l'employer à des soins qui ïui puissent profiter au besoin; i! jettera, pour ainsi .dire