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mais qui savait au besoin fouler aux pieds, pour îe bien de 6on fils et pour la vertu, la fausse crainte du blâme et les vains propos des plaisants. H n'y avait pa3 longtemps que l'enfant avait jeté par !c3 urines une petite pierre qui M avait déchire l'urètre ; mans te mal passé était oublié. Maman, dit îe petit étourdi, comment se font les enfants? Mon fils, répond la mère sans hésiter, les femmes les pissent avec des douleurs qui leur coûtent quelquefois la vie. Que les fous rient, que les soîs soient "scandalisés : mais que les sages cherchent si Jamais ils trouveront imç, réponse plus judicieuse, et qui alite mieux à ses Sus.
D'abord l'idée d'un besoin naturel, et connu de Vcni&nf, 'détourne celle d'une opération mystérieuse. Les idées accessoires de la douleur et dç la mort couvrent celîe-ïà d'un voile de tristesse, qui amortit l'imagination et réprime ta curiosité; tout porte l'esprit sur tes suites de l'accouchement, et non pas sur ses causes. Les infirmités de la nature humaine, des objets dégoûtants, des imagés de souffrance, voilà les éclaircissements où mène cette réponse, si la répugnance qu'elle inspire permet â l'enfant de les demander Par où l'inquiétude des désirs aurat-ellc occasion de naître dans de3 entretiens aïnsi dirigés ? et cependant vous voyez que la vente n'a point été altérée, et qu'on n'a point eu besoin d'abuser eon élève au lieu de l'instruire.
Vos enfants lisent; ils prennent dans leurs faciufèâ des connaissances qu'Us n'auraient pas s'ils n'avaient pQÎnt lu; s'ils étudient, l'Imagination s allume et s'afgxrîss daîjç Iç silence du cabinet; s'ils vivent dans le monde, ils entendent un jargon bizarre, its voient des exemples dont ils sont frappés; on leur a si bien persuadé qu'ils étaient hommes, que, dans tout ce que font les hommes en leur présence, ils cherchent aussitôt comment cela peut leur convenir : il faut bien que les actions d'autrui leur servent de modèle, quand les jugements d'autrui leur servent de loi. Des domestiques qu'on fait dépendre d'eux, par conséquent intéressés à leur plaire, leur font ieyr cour aux dépens des bonnes mœurs; des gouvernantes rieuses leur tiennent à quatre ans des propos que la plus effrontée n'oserait leur tenir à quinze; bientôt elles oublient ce qu'elles ont dit, niais ils n'oublient pas ce qu'ils ont entendu. Les entretiens polissons préparent W8 libertines; te laquais fripon rend l'enfant dé- : g • d<: IV
^1/enfnM élevé selon son âjre est seul; il ne connaît d'attachements que ceux de l'habitude ; il aime sa sceur comme sa montre, et son ami comme son chien. Il ne se sent d'aucun sexe, d'aucun espèce : l'homme et la femme lui sont également étrangers; il ne rapporte à lui rien de ce qu'ils font ni de ce qu'ils disent; il ne le voit ni ne, l'entend, ou n'y fait nulle attention; leurs discours ne l'intéressent pas plus que leurs exemples: tout cela n'est point fait pour lui. Ce n'est pas une erreur artificieuse qu'on lui donne par cette méthode, c'est l'ignoranc: de la nature. Le temps vient où la même nature prend soin d'éclairer son élève; et c'est alors seulement qu'< i'a mis en état de profiter sans risque des teçons qu' lui donne. Voilà le principe :' le détail des règles nV pas de mon sujet, et les moyens que je propose en \ d'autres objets servent encore d'exemple pour celui-:..
Voulz-vous mettre l'ordre et la règle dans les passior Haïssantes ? étendez l'espace durant lequel elles se développent» afin qu'elles aient le temps de s'arranger à mesure qu'elles naissent; alors ce n'est pas l'homme qui les ordonne, c'est la nature elle-même : votre soin n'e~~ que de la laisser arranger son travail. Si votre élève était seul, vous n'auriez rien à faire; mais tout ce qui l'environne enflamme son imagination. Le torrent des préjuges l'entraîne: pour le retenir, il faut le pousser en sens contraire. Il faut que le sentiment enchaîne l'imagination, et que la raison fasse taire l'opinion des hommes. La source de toutes les passions est la sensibilité, l'imagination détermine leur pente. Tout être qui sent ses rapports doit être affecté quand ces rapports s'altèrent et qu'il en imagine ou qu'il en croit imaginer de plus convenables a sa nature : ce sont les erreurs de l'imagination qui transforment en vices les passions de tous les être bornés, même des anges, s'il y en a, car il faudrait qu'ils connussent la nature de tous les êtres pour savoir quels rapports conviennent Te mieux à la leur.
Voici donc le sommaire de toute la sagesse Vrumame dans l'usage des passions : 1° sentir tes vrais rapports de l'homme tant dans l'espèce que dans l'individu; 2° ordonne/ toutes les affections de l'âme selon ces rapports.
Mais l'homme est-il m-aître d'ordonner ses affections selon tels ou tels rapports ? Sans doute, s'il est maître de diriger son imagination sur tel ou tel objet, ou de lui donner telle ou telle habitude: d'ailleurs, Il s'agit moins ici d« oe qu'un fcomma peut fafr» &ur lui-môme que de ©e que nous pouvons ftln sur notre tflèvo par le Chofa dfcs
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constances où nous le plaçons. Exposer l«s moyens ?res à le maintenir dans l'ordre de ta nature, c'est dire assez comment U en peut sortir.
Tant que sa sensibilité reste bornée à son individu, il n'y a rien de moral dans ses actions; ce n'est que quand elle commence à s'étendre hors de hii, qu'il prend d'abord les sentiments, et ensuite les notions du bien et du mal qui le constituent véritablement homme et partie intégrante de son espèce; c'est donc â ce premier point qu'il faut d'abord fsxex nos observations.
Eîles sont difficiles en ce que, pouf les faire, il faut rejeter les exemples qui sont sous nos yeux, et chercher ceux où les développements successifs se font selon l'ordre de la nature.
Un enfant façonné, poli, civilisé, qui n'attend que la puissance de mettre en œuvre les instructions préma« turées qu'il a reçues, ne se trompe jamais sur le moment où cette puissance lui survient : loin de l'attendro H l'accélère ; il donne à son sang une fermentation précoce, il sait quel doit être l'objet de ses désirs longtemps même avant qu'il les éprouve. Ce n'est pas la nature qui l'excite, c'est lui qui la force : elle n'a plus rien à lui apprendre en le faisant homme- il l'était par la pensée longtemps avant de l'être en effet
La véritable marche de la nature est plus graduelle et plus lente. Peu à peu le sang s'enflamme, les esprits s'élaborent, le tempérament se forme. Le sage ouvrier qui dirige la fabrique a soin de perfectionner tous ses instruments avant de les mettre en œuvre ; une longue inquiétude précède les premiers désirs, une longue ignorance leur donne le change ; on désire sans savoir quoi. Le sang fermente et s'agite ,; une surabondance de vie cherche à s'étendre au dehors. L'œil s'anime et parcourt les autres êtres, on commence à prendre intérêt à ceux qui nous environnent, on commence à sentir qu'on n'est pas fait pour vivre seul : c'est ainsi que le cœur s'ouvre aux affections humaines et devient capable d'attachement.
Le premier sentïmen!- dont un jeune homme élevé soigneusement est susceptible n'est pas l'amour, c'est l'ami tié. Le premier acte de son imagination naissante est de. lui apprendre qu'il a des semblables, et l'espèce l'affecte avant îe sexe. Voilà donc un autre avantage de l'innocence prolongée ; c'est de profiter de la sensibilité naissante pour jeter dans le cœur du jeune adolescent les premières semences 3e i'humaiùté; avantage d'autant
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pié iï;t:k\vz que le seul DÛ les
mêmes soins puissent avoij un vrai succès. j
J'ai toujours vu que les jeunes gens corrompus de bonne heure, et livrés aux femmes et à la débauche, étaient inhumains et cruels ; fa fougue du tempérament les rendait impatients, vindicatifs, furieux ; leur imagination, pleine d'un seul objet, se refusait à tout le rer>te ; ils ne connaissaient ni pitié ni miséricorde ; Us auraient sacrifié père, mère, et l'univers entier au moindre de leurs plaisirs. Au contraire, un jeune homme élevé dans une heureuse simplicité est porté par les premiers mouvements de la nature vers les passions tendres ei affectueuses : son cœur compatissant s'émeut sur les peines de ses semblables ; ii tressaille d'aise quand il revoit son camarade, ses bras savent trouver des étreintes caressantes, ses yeux savent verser des larmes d attendrissement ; il est sensible à la honte de déplaire, au regret' d'avoir offensé. Si l'ardeur d»'un sang qui s'enflamme le rend vif, emporte, colère, on voit le moment d'après toute la bonté de son cœur dans l'effusion de son repentir ; il pleure, ii gémit sur la blessure qu'il a faite ; il voudrait au prix de son sang racheter celui qu'il a versé ; tout son emportement s'éteint, toute sa fierté s'humilie devant le .sentiment de sa faute. Est-il offensé lui-même ? nu fort de sa' fureur, une excuse, un mot le désarme ; il pardonne les torts d'autmi d'aussi bon ccour qu'il répare les siens. L'adolescence n'est l'âge ni de la vengeance, ni de la haine ; elle est celui de la ce ration, de la clémence,
de la générosité. Ouï, ie le soutiens et je ne crains point tre démenti par 1 . ence, un enfant qui n'est pas
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rien "dit 'de s5n!3abteTj« le crois bien : vos philosophes, vés dans toute la corruption des collèges, n'ont garde de savoir c
C'est la faiblesse de l'homm ! -1 sociable ; ce
««ont nos misères communes qui portent nos coeurs a l'hiunanité : nous ne lui devrions rien si nous n'étions pas hommes. Tout attachement est un signe d'msumsai si chacun de nous n'avait nul des autres, il ne
soncerait emère à s'unir a eux. Ainsi de noire inhr: même naîMiotre frêle bonheur. Un être vraiment heui
ire : Dieu seul jouit d'un bonheur absolu ;
as qui de nous en a l'idée? Si quelque être imparfait
p0Uva ' » à toi-même, de quoi jouirait-u selon
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i *fâïr. Seul, il serait tr :-, je ne cannois fias
que celui qui n'a besoin de rien, puisse aimer quelque chose ; je ne conçois pas que celui qui n'-aime rien puisse être heureux. •
II suit de la que nous nous attachons à nos semblable noms par le sentiment de leurs plaisirs que par celui de leurs peines ; car nous y voyons bien mieux l'identité ds notre nature et les garants de leur attachement pour notât. Si nos besoins communs nous unissent par intérêt, nos misères communes nous unissent par affection. L'aspect d'un homme heureux inspire aux autres moins d'amour que d'envie ; on l'accuserait volontiers d'usurper un droit qu'il n'a pas en se faisant un bonheur exclusif ; et l'amourpropre souffre encore en nous faisant sentir que cet homme n'a nul besoin de nous. Mais qui est-ce qui ne plaint pas le malheureux qu'il voit souffrir? Qui est-ce qui ne voudrait pas le délivrer de ses maux s'il n'en coûtait qu'un souhait pour cela ? L'imagination nous met à la place d'un misérable phûôi qu'à celle de l'homme heureux ; on sent que l'un de ces états nous touche de plus près que l'autre. La pitié est douce, parce qu'en se mettant à la place de celui qui souffre on sent pourtant le plaisir da ne pas souffrir comme lui. L'envie est amère, en ce que l'aspect d'un homme heureux, loin de mettre l'envieux h sa place, lui donne le regret de n'y pas être. U semble, qua l'un de nous exempte des maux qu'il souffre, et que l'autre nous ôte les biens dont il jouit.
Voulez-vous donc exciter et nourrir dans le coeur 6fun jeune homme les premiers mouvements de !a sensibilité naissante, et tourner son caractère vers la bienfaisance et vers la bonté ? n'allez point faire germer en lui l l'orgueil, la vanité, l'envie, par la trompeuse image du bonheur des hommes; n'exposez point d'abord â ses yeux la pompe des cours, le faste des palais, l'attrait des spectacles ; ne le promenez point dans les cercles, dans les brillantes assemblées ; ne lui montrez l'extérieur de la grande société qu'après l'avoir mis en état de l'apprécier en ellemême. Lui montrer le monde avant qu'il connaisse les hommes, ce n'est pas le former, c'est le corrompre ; ce n'est pas l'instruire, c'est le tremper.
Les hommes ne sont naturellement ni rois, ni. grands, ni courtisans, ni riches : tous sont nés tilts et pauvres ; tous sujets aux misères de la vie, aux chagrins, aux maux, aux besoins, aux douleurs de toute espèce ; enfin, tous sont condamnés à la mort. Voilà ce qui est vraiment de l'homme ; voilà de fjuoi nul mortel n'est exempt Corn-
m EMILE
mencez donc par étudier de îa nature humaine ce qui en est le plus inséparable, ce qui constitue le mieux l'humanité.
A seize ans l'adolescent sait ce que c'est que souffrir ; car il a souffert lui-môme ; mais à peine sait-iî que d'autres êtres souffrent aussi, le voir sans le sentir n'est pas le savoir, et, comme je l'ai dit cent fois, l'enfant n'imaginant point ce que sentent les autres, ne connaît de maux que les siens ; mais quand le premier développement des sens allume en lui le feu de l'imagination, il commence à sentir dans ses semblables, à s'émouvoir de leurs plaintes, et à souffrir de leurs douleurs : c*est alors que le triste tabteau de l'humanité souffrante dpit porter à son cœur le. premier attendrissement qu'il ait Jamais éprouvé.
S? ce moment n'est pas facile à remarquer dans vos enfants, à qui vous en prenez-vous ? Vous les intruîsez de si bonne heure à jouer le sentiment, vous leur en apprenez sitôt le langage, que, parlant toujours sur lé même ton, ils tournent vos leçons contre vous-même et ne vous laissent nul moyen de distinguer quand, cessant de mentir, ils commencent à sentir ce qu'ils disent. Mais voyez mon Emiie ; à l'âge où je l'ai concîui> il n'a ni senti m- menti. Avant de savoir ce que c'est qu'aimer, il n'a dit à personne : Je vous aime bien ; on ne lui a point prescrit la contenance qu'il devait prendre en entrant dans la chambre de son père, de sa mère, ou de son gouvernent malade ; on ne lui a point montré l'art d'affecter la tristesse qu'il n'avait Oas. 11 n'a feint de pleurer sur la mort de personne, car il ne sait ce que c'est que mourir. La même insensibilité qu'il a dans te cceur est aussi dans ses manières : indifférent à tout, hors à lui-même, comme tous les autres enfants, il ne prend intérêt à personne : tout ce qui le distingue est qu'il ne veut point paraître en prendre et qu'il n'est pas faux comme eux.
Emile, ayant peu réfléchi sur les êtres sensibles, saura tard ce 'que c'est que souffrir et mourir. Les plaintes et les cris commenceront d'agiter ses entrailles, l'aspect du san* qui coule lui fera détourner les yeux, les convulsions d'un animal expirant lui donneront je ne sais quelle angoisse avant qn'il sache d'où lui viennent ces nouveaux mouvements. S'il était resté stupide et barbare, il ne les aurait pas ; s'il était plus instruit, il en connaîtrait la source : il a déjà trop comparé d'idées pour ne rien sentir et pas assez pour concevoir ce qu'il sent.
Ainsi naïf la n«tié, premier sentiment relatff qui touche Je eccur humain, selon l'ordre do la nature. Pour devenir