‹ Émile, ou, de l'ÉducationChapitre 30 sur 60 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pait le jeune homme lui firent une impression qui ne s'effaça jamais. Condamné par son état à passer sa jeunesse dans des garnisons-, il aima mieux essuyer toutes les railleries de ses camarades que d'imiter leur libertinage. « J'ai été homme, me dit-il, j'ai eu des faiblesses ; mais parvenu jusqu'à mon âge, je n'ai jamais pu voir une fille publique sans horreur ». Maître ! peu de discours ; mais apprenez à choisir les lieux, les temps, les personnes, puis donnez toutes vos leçons en exemples, et soyez sûr de leur effet.

L'emploi de l'enfance est peu de chose ; le mal qui s'y glisse n'est point Sans remède ; et le bien qui s'y fait peut venir plus tard. Mais il n'en est pas ainsi du premier âge où l'homme commence véritablement à vivre. Cet âge ne dure jamais assez pour l'usage qu'on en doit faire, et son importance exige une attention sans relâche : voilà pourquoi j'insiste sur l'art de le prolonger. Un des meilleurs préceptes de la bonne culture est de tout retarder tant qu'il est possible : rendez les progrès lents et sûrs; empêchez que l'adolescent ne devienne homme au moment où rien ne lui reste à faire pour le devenir. Tandis que le corps croît, les esprits destinés à donner du baume au sang et de la force aux fibres se forment et s'élaborent; si vous leur faites prendre un cours différent, et que ce qui est destiné à perfectionner un individu serve à la formation d'un autre, tous deux restent dans un état de faiblesse, et l'ouvrage de la nature demeure imparfait. Les opérations de. l'esprit se sentent à leur tour de cette altération, et i'ârne, aussi débile que le corps n'a que des fonctions faibles et languissantes. Des membres gros et robustes ne font ni le courage ni le génie; et je conçois que la force de 1 l'âme n'accompagne pas celle du corps, quand d'ailleurs les organes inconnus de la communication des deux substances sont mal disposés. Mais, quelque bien disposés qu'ils puissent être, ils agiront toujours faiblement, s'ils n'ont pour principe qu'un sang épuisé, appauvri, et dépourvu de cette substance qui donne la force et du jeu à tous les ressorts de la machine. Généralement on aperçoit plus de vigueur d'âme dans les hommes dont les ieunes gens ont été préservés d'une corruption prématurée, que dans eeuv dont le désordre a commencé avec le pouvoir de s'y livrer ; et c'est, sans doute, une des raison-* nourquoi les peuples oui ont des mœurs surpassent ordinairement en bon sens et en courage les peuples qui n'en on+ pas. Ceux-ci brillent uniquement par je ne sais quelles petites qualités

déliéaa, qu'il " mais ceis

rendes et nobles ion, m et de raison qui

distinguent et honorent l'homme par de belles Action?, par des vertus» par des soins véritablement utiles, ne se trouvent guère que dans les premiers.

i es maîtres se plaignent que le feu de cet âge rend la icunesse tadfedpKnable; et je le vois : mais n'est-ce pas

feu son

lui en

un pé*

dant eftacerônt-iis dans l'esprit de son élève limage des isirs qu'il a conçus ? banniront-ils ue son cœa. les désirs- oui le tourmentent ? amorti ront-ns i ardeur d un tempérament dont il sait l'usage ? ne g'irritera-t-i! pas contre les obstacles qui s'opposent au seul honneur uom il ait l'idée ? Et, dans la dure loi qu'on lui présent, sans pouvoir îa lui faire entendre, que verra-t-ii, Sinon te caorïee et la haine d\m homme qui chercha à le tourmenter ? Est-il étrange qu'il se mutine, et le haïsse à son tour ?

je conçois bien qu'en ^ rendant facile on ?euTS* rendre plus supportable, et conserver une apparente au rite * mais te ne vois pas trop à quoi sert l'autorité quoi ne garfe sur son élève qu'en fomentant les vices qu devrait réprimer : c'est comme si, pour calmer un Cheval fougueux, l'écuyer le faisait sauter dans un précipice. , î oin eue ce feu de l'adolescent soit v.n obstacle a rê&3n, c'est par lui qu'elle.se consomme « £*fâ* c'est lui oui vous donne une prise sur le cœur a un jeune homme quand U cesse d'être moins fort que vous. Ses "ères affections sont les rênes .avec lesquelles i S tous ses mouvements; il était libre, et je le ' Svi Tan! qu'il n'aimait rien, il ne dépendait que de TufSe et de ses besoins; sitôt qu'il aime, il dépend de SS^ttachements; ainsi se forment les premiers Mens qui. runiss-nt à son espèce. En dirigeant sur elle sa sensibniténaissante, ne croyez pas qu'elle embrassera d'abord ms tes hommes, et que ce mot de genre humam «tofiera Sur lui quelque chose ; non, cette sensibilité se tornevT premièrement à ses semblables, et ses sem trtablw ne seront point pour lui des inconnus mais ceu> avec lesquels il a des liaisons, ceux oue l'habitude 1m j rendue diers ou nécessaires, ceux qu'il voit évidemmen voir avec lui des manières de penser et as sentir corn munes ceux qu'il voit exposés aux peines qu il a souffer Ss, et semblés aux plaisirs qu'il a go, m, en u.

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