‹ Émile, ou, de l'ÉducationChapitre 41 sur 60 · LIVRE! IV · texte numérisé non relu

LIVRE! IV

liahï Iû catéchisme à 'd ùits j si je

voulais rendre tin enfant fou, je l'obligerais d'expliquer ce qu'il dit en disant son catéchisme. On m'objectera que . la plupart des dogmes du christianisme étant des mystères, attendre que l'esprit humain soit capable de les concevoir, ce n'est pas attendre que l'enfant soit homme, c'est attendre que l'homme ne soit plus. A cela je réponds premièrement qtr'il y a des mystères qu'il est non seulement impossible à l'homme de concevoir, mais de croire, et que je ne vois pas ce quoii - à ies enseigner aux

enfants, si ce n'est de leur apprendre à mentir \le. bonne

ure. Je dis plus que, po ettre les mystères, il

rendre. au m ;;;préhensibîes ;

les enfants ne son: Ules de cette con-

ception-là. Pour l'âge où tout est mystère, il n'y a point de mystères proprement dits.

// faut croire en Dieu pour cire sauvé. Ce do^me mal

tendu est le pr tire intolérance, ef

la cause de toutes ces vaines instructions qui portent le coup mortel à la raison . ne eu l'accoutumant à se

;er de mots. Sans doute il n'y a pas un moment à perdre pour mériter le saint éternel ; mais si, pour l'obtenir, il suffit de répéter de certaines paroles, je ne vois

-. ce qui nous empêche de peupler le ciel de sansonnets et de pies, tout aussi bien que d'enfants,

L'obligation de croire en suppose la possibilité. Le philosophe qui ne croit pas a tort, parce qu'il use mal de la

ison qu'il a cultivée, et qu'il est. en état d'entendre les vérités qu'il re l'enfant qui professe la religion

chrétienne, que croit-il ? ce qu'il conçoit ; et il conçoit si peu ce qu'on lui fait dire, que, si vous lui dites le contraire, il i 'né aussi volontiers. La foi des enfants et de b. p d'hommes est une affaire de géographie. Seront-ils récompen être nés à Rome plutôt qu'à 1 ? On dit à l'un que Mahomet est le prophète de Dieu, et il dit que Mahomet est le prophète de Dieu ; on dit à l'autre que Mahomet est un fourbe, et il dit que Mahomet est un fourbe. Chacun des deux eût affirmé ce qu'affirme l'autre, s'ils se fussent trouvés transposés. Peut-on p; . deux dispositions si semblables pour envoyer l'un en paradis et l'autre en enfer ? Quand un enfant dit qu'il croit en Dieu, ce n'est pas en Dieu qu'il croit, c'est à Pierre ou à Jacques qui lui disent qu'il y a quelque chose qu'on appelle Dieu ; et il le croit à la manière d'Euripide :

0 Jupiteï ! car de toî îlèn sii Je ne connais seulement que le nom. (1) Nous tenons que nui enfant mort avant l'âge de raison ne sera privé du bonheur éternel ; les catholiques croient la môme dhose de tous les enfants qui ont reçu le bap-

îa démence, quand L'esprit humain est incapable des opérations nécessaires pour reconnaître la Divinité. Toute la différence que je vois ici entre vous et enoi est que . prétendez que les enfants ont à sept ans c^iic capacité, et qtte îc ne la leur accorde pas même à quinze. ( raie tort ou raison, il ne s'agit pas ici (.Vnn article ici, mais (rime simple observation dvl

Par le même principe, il est clair eue tel homme, venu jusqu'à la vieil! - •' ;

pour cela privé de sa présence d ntre vie si

■ aveuglemerit n'a pas été v e, et je dis qu'il l'est pas toujours. Vous en. convenez pour les insen;

qu'une «maladie prive (le leurs facultés spirituelles, m bon de leur qualité d'homme, ni par conséquent du dr

.-.: aits de leur Créateur. Pourquoi donc n'en pas convenir aussi pour ceux qui, sé< s de toute société

■ leur enfance, auraient mené une vie absolument sai vase, privés des lumières qu'on acquiert que dans le commerce des hommes? (2) Car ii est ù'nnc impossibilité démontrée qu'un pareil sauvage pût jamais élever ses réflexions jusqu'à la connaissance du vrai Dieu. Là raison nous dit qu'an homme est punissable que par les îatttes de sa volonté, et qu'une ignorance invincible ne lui saurait tire imputée a crime : d'où il suit que devant In justice éternelle tout homme qui croirait, s'il avait clés lumières nécessaires, est réputé croire, et qu'il n'y aura d'incrédules punis que ceux dont le cceur se ferme à la vérité.

Oardoris-nous d'annoncer la vérité à ceux qui ne s pas en état de l'entendre, car c'est vouloir y suivi-. l'erreur. 11 vaudrait mieux n'avoir aucune idée de la

i. PLUïÀRffOiî. Traite de l'Amour, trad. d'Amyot. C'est ainsi que commençait d'abord la tragédie de Ménalippe ; mais fcUimeurs du peuple d'Athènes forcèrent Euripide à changer cft commencement.

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