OVRE IV
divinité quô d'eu avoir des idées basses, fantastiques, injurieuses, indignes d'elle ; c'est .un moindre mal de la méconnaître que de l'outrager. J'aimerais mieux, dit le bon Plutarque, qu'on crût qu'il n'y a point de Plutarque au monde, que si l'on disait que Plutarque est injuste, envieux, jaloux, et si tyran, qu'il exige plus qu'il ne laisse le pouvoir de faire.
Le grand mal des images difformes de îa Divinité qu'on trace dans l'esprit des enfants est qu'elles y restent toute leur vie, et qu'ils ne conçoivent plus, étant hommes, d'autre Dieu que celui des enfants. J'ai vu en Suisse une bonne et pieuse mère de famille tellement convaincue de cette maxime, qu'elle ne voulut point instruire son fils de la religion dans le premier âge, de peur que, content de cette instruction grossière, il n'en négligeât une meilleure à l'âge de raison. Cet enfant n'entendait jamais parler de Dieu qu'avec recueillement et révérence, et sitôt qu'il en voulait parler lui-même, on lui imposait silence, comme sur un sujet trop sublime et trop grand pour lui. Cette réserve excitait sa curiosité, et son amour-propre aspirait au moment de connaître ce mystère qu'on lui cachait avec tant de soin. Moins on lui parlait de Dieu, moins on souffrait qu'il en parlât lui-même, et plus iî s'en occupait : cet enfant voyait Dieu partout ; et ce que je craindrais de cet air de mystère indiscrètement affecté, serait qu'en allumant trop l'imagination d'un jeune homme on n'altérât sa tête, et qu'enfin l'on n'en fit un fanatique au lieu d'en faire un croyant.
Mais ne craignons rien de semblable pouf mon Emile, qui, refusant constamment son attention à tout ce qui est au-dessus de sa portée, écoute avec la plus profonde indifférence les choses qu'il n'entend pas. Il y en a tant sur lesquelles il est habitué à dira, : Cela n'est pas de mon ressort, qu'une de plus ne l'embarrasse guère ; et, quand il commence à s'inquiéter de ces grandes questions, ce n'est pas pour les avoir entendu proposer, mais c'est quand le progrès de ses lumières porte ses recherches de ce côté-là.
Nous avons vu par quel chemin l'esprit humain cultivé s'approche de ces mystères ; et je conviendrai volontiers qu'il n'y parvient naturellement, au sein de la société même, que dans un âge plus avancé. Mais comme il y a dans la même société des causes inévitables par lesquelles le progrès des passions est accéléré, si l'on n'accélérait de même le progrès des lumières qui servent à régler ces passions, c'est alors qu'on sortirait vérita-
Emile Jt S
■ nature np». Quand on n'est pas maître r un déve-
loppement trop rapide, il faut mener avec la même rapidité ceux qui doivent y correspondre, en sorte que l'ordre ne soit point interverti, que ce qui doit marcher ensemble ne soit point séparé, et que l'homme, tout entier ù tous les moments de sa vre, ne soit pas à tel point pai te de ces facultés, et à tel autre point par tes autres- Quelle difficuî m s'élever Ici ? difficulté d'autant plus grande qu'elle est moins dans ks choses que dans pusillanimité de ceux qui n'osent la résoudre : com- 'cons au moine pat oser ta proposer. Un enfant doit tïr?. élevé dan", îa "religion, de son père ; on lui pronvt ifS très bien que cette religion, telle qu'elle soit " îa seule vu que toutes les autres ne sont qu'exl; :e et attfitfdité. La forme des arguments dépend absolument sur ce point du pays où on les propose. Qu'un Turc, qui trouve le christianisme si ridicirle h, ConstantinopJe, aille voir comment en trouve le m-ahott à Paris: c'est surtout en matière de religion - l'opinion triomphe. Mais nous qui prétendons secouer son joug en toute chose, nous qui ne voulons rien donner à l'autorité, nous qui ne voirons rien enseigner à notre Emile qu'il ne pût apprendre de lui-même paT tout pays, dans quelle religion t'élèverons-nous ? A quelle secte agrégerons-nous Pfcomme de La nature? La réponse îort simoîe, ce me semble, nous ne l'agrégerons ni à ceîle-ci ni à celle-là, mais nous le -mettrons en état oe choisir celle où le lûciitewr usage de sa raison doit le •
... încedo pzr ignés
Suppositos cineri doîoso.
N'imporLe, îe zèle et ta bonne foi m'ont jusqu'ici tenu i de prudence ; j'espère que ces garants ne m'abandonneront point au besoin. Lecteurs, ne craignez pas de moi des précautions indignes d'un ami de la vérité : je n'oublierai jamais ena devise ; mais il m'est trop permis de me défier de mes jugements. Au tieu de vous dire ki de mon chef ce que je pense, je vous dirai ce que pensait un homme qui valait mieux que moi. Je garantis la vérité des faits qui vont être rapportés, ils 3ont réellement arrivés à l'auteur du papier que je vais transcrire : utiles sur le sujet dont il s'agit, je ne vous propose point le sentiment d'un autre ou le mien pour rè^te, ; je vous i'pjfrë à examiner,
; : :< il y a i:r traite, un
ne fctônnïïe • tiïl à la dernière mi-
sère. Il était Ré calvi par les suites d'une
etonrderie, se trouvagl fugitif, pays g r, sans
reg, il changea de religion pour avoir du pain. H y avait dans ce' te ville an : ?s,;
il y fui &d~îîî3, En l'instruisant sur la contr.-- on
lui sfes doutes qu'il a'ava , et «n lui apprit
Je ;' ait : Il entendit des dogmes nouveaux,
il vi encore plus nouvelles; û les vit, et
ft ers être la victime. Il voulut fuir, on l'enferma ; il Se plaignit, on le piimi tîe ses plaintes : à la merci da ses tyrans, il se vit traiter en - ! pour n'avoir
pas votïîu céder an crime. Qu.z ceux qui savent combien la première épreuve de la violence et C stice tri
un jeune cœur sans expérience, se figurent l'état du Sien ! Des larmes de rage coulaient de ses yeux, fiadonation S'étouffait ; il implorait le ciel et les hommes, lit à tout le monde, et n'était écouté de personne, il ne voyait que de vils domestiques soumis à Finfâmo qui l'on on des complices du
lance et l'excitaient à les irriker. Il était ^2ràu sans un bonnets ecclésiastique qui vint à ïliospice pour quelque affaire, et qu'il trouva le moyen de consulter $n secret L'ecclésiastique, était pauvre et avait besoin de tout le monde ; mais l'opprimé avait encore plus besoin de h:i, et il n'hésita pas à favoriser son évasion, au risque de se faire un dan
* Echappé au vice pour rentrer 'dans ï'indigence,, le Jeune homme luttait sans succès contre sa destinée ; un moment il se crut au-dessus d'elle. A la première lu de fortune ses maux et son protecteur furent oubliés. H sut bientôt puni de cette ingratitude ; toutes ses espérances s'évanouirent : sa jeunesse avait beau le favoriser, ses idées romanesques gâtaient tout. N'ayant ni as- 9*2 de talent ni assez d'adresse pour se faire un chemin iacile, ne sachant être ni modéré ni méchant, il préfendit à tant de choses qu'il ne sut parvenir à rien. Retombé dans sa première détresse, sans pain, sans asile, orêt à mourir de faim, il se ressouvint de son bienfaiteur,
« Il y retourne, il le trouve, il en est bien reçu ; sa vue rappelle à l'ecclésiastique une bonne action qu'il avait faite : un tel souvenir réjouît toujours l'âme. Cet homme était naturellement humain, compatissant ; il sen^ jait tes peines d'autrui par &s siennes, et !§ Ibign^tlfi
n'avait point endurci Son cœur ; ctàm les leçons 8c la. sagesse et une vertu éclairée avaient affermi son bon naturel. Il accueille le jaune homme, lui cherche un gîte, l'y recommande ; il partage avec lui son nécessaire, à peine suffisant pour deux. Il fait plus, il l'instruit, le console ; il lui apprend l'art difficile de supporter patiemment l'adversité. Gens à préjugés, est-ce d'un prêtre, est-ce en Italie que vous eussiez espéré tout cela ?
< Cet honnête ecclésiastique était un pauvre vicaire* oyard, qu'une aventure de jeunesse avait mis mal avec son évêque, et qui avait passé les monts pour chercher les ressources qui lui manquaient dans * son pays.. Il n'était ni sans esprit nï sans lettres ; et, avec une figure intéressante, il avait trouvé des protecteurs qui le placèrent chez un ministre pour élever son fils. 11 préférait la pauvreté à la dépendance, et. il ignorait comment il faut se conduire chez les grand3. Il ne resta pas longtemps chez celui-ci : en le quittant, il ne perdit point son estime, et comme il vivait sagement et se faisait aimer de tout le monde, il se flattait de rentrer en grâce auprès de son évêque, et d'en obtenir quelque petite cure dans les montagnes pour y passer le reste de ses jours. Tel était le dernier terme de son ambition.
« Un penchant naturel l'intéressait au jeune fugitif, et le lui fit examiner avec soin. Il vit que la mauvaise fortune avait déjà flétri son cœur, que l'opprobre et 1? mépris avaient abattu son courage, et que sa fierté, changée en dépit amer, ne lui montrait dans l'injuslice et la dureté des hommes que le vice de leur nature et la chimère de la vertu. ïl avait vu que la religion ne sert que de masque à l'intérêt, et le culte sacré de sauvegarde à l'hypocrisie: il Savait vu, dans la subtilité des vaines disputes, le paradis et l'enfer mis pour prix à des jeux de mots ; il avait vu la sublime et primitive idée de la divinité défigurée par les fantasques imaginations des hommes ; et, trouvant que pour croire en Dieu il fallait renoncer au jugement qu'on avait reçu de lui, il prit dans le même dédain nos ridicules rêveries et Pobj auquel nous les appliquons : sans rien savoir de ce q
sans rien imaginer sur la génération des choses, il se plongea dans sa stupide ignorance avec un profond mépris pou* tous ceux; qui pensaient en savoir plus qu«
« L'oubli de foute religion conduit à l'ou de l'homme. Ce progrès était déjà plus d'à moitié fait .clans le cœur du libertin. Ce n'était pas pourtant un