‹ Émile, ou, de l'ÉducationChapitre 45 sur 60 · PROFESSION DE FOI DU VICAIRE SAVOYARD · texte numérisé non relu

PROFESSION DE FOI DU VICAIRE SAVOYARD

Mon enfant, n'attendez de moî nî des discours Savants 2Î de profonds raisonnements. Je ne suis pas un grand philosophe, et je me soucie peu de l'être : mais j'ai quelquefois du bon sens, et j'aime toujours la vérité. Je ne veux pas argumenter avec vous, ni même tenter de vous convaincre ; il -me suffit de vous exposer ce que je pense dans la simplicité de mon cœur. Consultez le vôtre durant mon discours ; c'est tout ce que je vous demande. Si je me trompe, c'est de bonne foi ; cela suffit pour que mon erreur ne me soit pas imputée à crime : quand vous vous tromperiez de même, il y aurait peu de mal à cela. Si je pense bien, la raison nous est commune, et nous avons le même intérêt à l'écouter ; pourquoi ne penseriez-vous pas comme moi ?

Je suis né pauvre et paysan, destiné par mon état à cultiver la terre ; mais on crut plus beau que j'apprisse à gagner mon pain dans le métier de prêtre, et l'on trouva le moyen de me faire étudier. Assurément ni mes parents ni moi ne songions guère 3 chercher en cela ce qui était bon, véritable, utile, mais ce qu'il fallait savoir pour être ordonné. J'appris ce qu'on voulait que j'apprisse ; je dis ce qu'on voulait que je disse ; je m'engageai comme on voulut, et je fus fait prêtre. Mais je ne tardai pas à sentir qu'en m'obligeant de n'être pas homme j'avais promis plus que je pouvais tenir.

On nous dit que la conscience est l'ouvrage des préjugés ; cependant, je sais par mon expérience qu'elle s'obstine à suivre l'ordre de la nature contre toutes les lois des hommes. On a beau nous défendre ceci ou cela, le remords nous reproche toujours faiblement ce que nous permet la nature bien ordonnée, à plus forte raison ce qu'elle nous prescrit. O bon jeune homme ! eue v'*. rien dît encore à vos sen« ; vivez longtemps dans l'état ieureux où sa tosx est ceiis de Tîncasôsçe* Sommes-

vous qu'on Foffense encore plus quand on la prévient

que quand on la combat ; H faut commencer par appren-

- pour quand on peut céder sans

crime.

I Dès ma jeunesse fai respecté le mariage conrae la première et la pias saine institution de la nature. M'étant été le droit de m'y soumettre, je résolus de ne le point profaner ; car, malgré mes classes et mes études, ayant toujours mené une vie uniforme et simple, j'avais conservé dans mon esprit toute la clarté des lumières primitives ; les maximes du monde ne les avaient point obscurcies, et ma pauvreté m'élo'ignait des tentations qui dictent les sophismss dix vice.

Cette résolution fut précisément ce qui me perdit : mon respect pour le lit Vt'autrui laissa mes fautes à découvert fi f: pier le se : arrêté^, interdit,

à3s4 "]2 fus bien plus la victime de mes scrupules que de mon incontinence ; et j'eus lieu de comprendre, aux isproches dont ma disgrâce fut accompagnée, qu'il ne imt .souvent qu'aggraver la faute polir échapper au

iraient.

Peu d'expériences pareilles mènent loin un esprit qui réfléchit. Voyant par de | observations renverser les

idées que j 'avais du juste, de i e, et de tous les

devoirs de l'homme, je perdais chaque jour quelqu'une des opinions que j'avais reçues : celles qui me restaient ua suffisant plus pour faire eni un corps qui pût

§g soutenir par lïj£-mâ sentis peu à peu s'obscurcir

$&m mon .«sprït l'évidence des principes ; et, réduit enfin. I ne savoir plus que penser, je parvins au cnême point r>ù vous êtes ; avec cette différence que mon incrédulité, fruit tardif d'un êge plus mûr, s'était formée avec plus de peine, et devait lire plus difficile à détruire.

Jetais dans ces dispositions d'incertitude et de doute que Descartes exige pour la recherche de la vérité. Cet état est peu fait pour durer, il est inquiétant et pénible : il n'y a que l'intérêt du vice ou la paresse de l'âme qui nous y laisse. Je n'avais point le cœur assez corrompu pour m'y plaire ; et rien ne conserve mieux l'habitude de réfléchir que d'être plus content de soi que de sa fortune.

Je méditais donc sur le triste sort des mortels flottanl sur cette mer des opinions humaines, sans gouvernail, sans boussole, et livrés à leurs passions orageuses, san*i autre guide qu'un pilote inexpérimenté Quj méconnaît route, 'ai qui ne sait ni pu & va. J.

MVRE iV;' 139,

aïs ; fi i vérité, je la cherche, et ne puis la

reconnaître; qu'on me là jnentre et JV demeure attaché: pourquoi* faut-il qu'elle se dérobe à l'empressement d'un cœur 'fait pour l'adorer?

Quoique j^ie souvent éprouvé de plus grands maax, je n'ai Jamais mené une vie aussi constamment désagréable <";^- da temps de tremble et d'anxiétés, où, sans es - de doute eu (.bute, Je ne rapportais de me méditations qu'incertitude, obscurité, ms sur la cause de mon être et .sur Ja règte mes devoir.".

Comment peut-oo être sceptique par système et de bonne M ? je ne saurais le comprendre. Ces pSiiiosophes, OU ne: b, ou sont les plus malheureux <Jcs hommes. Le cloute sur les choses qu'il uous importe de maître est un état trop violent pour l'esprit humain ■; iï ny résiste pas longtemps ; ii se décide malgré lui de mamére ou d'autre, et i! afcsâç r 08 tromper qçe ne croire,

:|iîi redoublait mon embarras, était qu'étant né dam;

i décide tout, qui ne permet aucun doute,

rejeté me faisait rejeter tout te reste, et

I d'admettre tant, de û s absurdes

e celtes qui ne l'étaient pas ; en me

'oyez ftwi, on nfempêoliait *de rien croira, et

:us où i er.

je consultai I» v.'sop-hes, i ■... leurs livrer,

j'examinai lews i trouvai tom

dans leur sceptî-> to, n'ignorant lien, ne prouvant rien, se iqtjtnt les uns de* autres ; et ce pohvt commun à tous parut le seul sur lequel lis ont tous raison : triomphants quand ils al- aquent, ils sont «ans vigueur en se . . . vous pesez les raisons, ils n'en ont flue

if détruire ; si vous comptez les voix, chacun est ait à la sienne ; i!s ne s'accordent que pouf dîspur ; ïes c. n'était j :-en de sortir de mon

rtitude,

je conçus que l'insuffisance de l'esprit humain 158 f la

-.nttêre cause de cette prodigieuse diversité de senti*

.et que l'orgueil est là seconde. Nous n'avons

;nt la mesure de Δie machine immense, nous n'en

-îvons calculer tes rapports : nous n'en connaissons ni

ni la cause filiale ; nous nous ignorons

ce connaissons ni notre nature fîl

notre principe actil "i l'homme esi

an être smïple ou composé : des mystères impénétrable: nous environnent de toutes parts ; ils sont au-dessus d . (a région sensible ; pour les percer nous croyons avci* de l'intelligence, et nous n'avons que de l'imagination. Chacun ee fraye, à travers ce monde imaginaire, une route qu'il croit la bonne ; nul ne peut savoir si la sienne fôène au but : cependant nous vouions tout pénétrer, tout connaître. La seule chose que nous ne savons point, est d'ignorer ce que nous ne pouvons savoir. Nous aimons mieux nous déterminer au j hasard, et croire ce qui n'est pas, que d'avouer qu'aucun de nous ne peut voir ce qui est Petite parfie d'un grand tout dont les bornes nous échappent, et que son auteur livre à nos folles disputes, nous sommes assez vains pour vouloir décider ce qu'est ce tout en lui-même, et ce que nous sommes par rapport à lui.

Quand les philosophes seraient en état de découvrir la vérité, qui d'entre eux prendrait intérêt à elle ? Chacun sait bien que son système n'est pas mieux fondé que les autres ; mais il le soutient parce qu'il est à lui. Il n'y en a pas un seul qui, venant à connaître le vrai et le faux, ne préférât le mensonge qu'il a trouvé à la vérité découverte par un autre. Où est le philosophe qui, pour sa gloire, ne tromperait pas volontiers le genre humain ? Où est celui qui, dans le secret de son cœur, se propose un autre objet que de se distinguer ? Pourvu qu'il s'élève au-dessus du vulgaire, pourvu qu'il efface l'éclat de ses concurrents, que demande-t-il de plus ? L'essentiel est de penser autrement que les autres : chez les croyants il est athée ; chez les athées il serait croyant.

Le premier fruit que je tirai de ces réflexions fut d'apprendre à borner mes recherches à ce qui m'intéressait immédiatement, à me reposer dans une profonde ignorance sur tout le reste, et à ne m'inquiéter, jusqu'au (doute, que des choses qu'il m'importait de savoir.

Je compris encore que, loin de me délivrer de mes doutes inutiles, les philosophes ne feraient que multiplier ceux qui me tourmentaient et n'en résoudraient aucun. Je prie donc un autre guide et, je me dis: Consultons la lumière intérieure, elle m'égarera moins qu'il,. ce m'égarent, ou du moins mon erreur sera la mienne> et je me dépraverai moins en suivant mes propres illusions qu'en me livrant à leurs mensonges.

Alors, repassant dans mon esprit les diverses opinions

rrn'avaisnt tour h tour entraîné depuis ma naissance, vis gue, tten {ju'atœtme d'elles ne ftft assez évidents'

'ovss'iv" m

pouf fti-ôcfuifa ïmmédîaiemertf la Côflvk&ôn dles avateiti divers degrés de vraisemblance, et que l'assentimenî intérieur s'y prêtait ou s'y refusait à différentes mesures, Sur cette première observation, comparant entre elles toutes ces différentes idées dans le silence des préjugés, je trouvai que la première et la plus commune était aussi la plus simple et la plus raisonnable, et qu'il ne lui manquait, pour réunir tous les suffrages, que d'avoir été proposée la dernière. Imaginez tous vos philosophes anciens! et modernes ayant d'abord épuisé leurs bizarres systèmes de forces, de chances, de fatalité, de nécessité, d'atomes, de monde animé, de matière vivante, de matérialisme de toute espèce, et, après eux tous, l'illustre Clarke éclairant le monde, annonçant enfin l'Etre des êtres et le dispensateur des choses. Avec quelle universelle admiration, avec quel applaudissement unanime n'eût point été reçu ce nouveau système si grand, si consolant, si sublime, si propre à élever l'âme, à donner une base à la vertu, et, en môme temps si frappant) si lumineux, si simple, et, ce me semble, offrant moins de choses incompréhen-* sibles à l'esprit humain qu'il n'en trouve d'absurdes en tout autre système î je me disais : Les objections insolubies sont communes à tous, parce que l'esprit da l'homme est trop borné pour les résoudre ; elles ne prouvent donc contre aucun par préférence : mais quelle différence entre les preuves directes ! Celui-là seul qui explique tout ne doit-il pas être préféré quand il n'a pas plus de difficulté que les autres ?

Portant donc en moi l'amour de la vérité pour toute philosophie, et pour toute méthode une règle facile et simple, qui me dispense de la vaine subtilité des arguments, je reprends, sur cette règle, l'examen des con*» naissances qui m'intéressent, résolu d'admettre pour évidentes toutes celles auxquelles, dans la sincérité de mon cœur, je ne pourrai refuser mon consentement ; pouj vraies toutes celles qui me paraîtront avoir une liaison nécessaire avec ces premières, et de laisser toutes les autres dans l'incertitude, sans les rejeter ni les admettre» et sans me tourmenter à Ses éclaircir quand elles ne mènent à rien d'utile pour la pratique.

Mais qui suis-je ? Quel droit ai-je de juger les choses ? Et qu'est-ce qui détermine mes jugements? S'ils sonl entraînés, forcés par les impressions que je reçois, je me fatigue en vain à cvs recherches ; elles ne se feront point, ou se feront d'elles-mêmes, sans que je' me mêle lie les diriger. Il faut donc tourner d'abord mes regarda

sereS*, et jusq

:sïq, et par les SCté.

■ et à laquelle je

Vodà sot,

■ cor - est qi

ions, et s'il pe

éfrâfigèi

. e, et qu'il ptlld de mol ni i v>éantir.

flou qui est moi, et £a « ; "■ - Qtti • • 6 sont

! là filffi

iûfies/ êtres, :. et âiiàt&d

ces ob':

- ces idées ne

i Or, fout ce que 1 1

mes sens, je ; s matière ; i de

ïnatière que je conçois rou individuels, je

les appelle des ce *UteS de

î»tes et des maft es ce si

îeurs distincf. treiice et la réalité des corps

nt des cMnères.

Me voilà déjà tout aussi sûr de l'existence de l'univers 'que de la mienne. Ensuite je r. sur tes objets

met sensations ; et, trouvant efl moi îa îaeulfé de 1er comparer, je me sens doué d'une force active que je ne savais pas avoir auparavant.

Apercevoir cest sentir, comparer c'est juger ; juger et sentir ne sont pas la même chose. Par fa sensation. les objets s'offrent à moi séparés, isolés, tels qu'ils sont clans ta nature ; par la comparaison, je les remue, te transporte, pour ainsi dire, je tes pose l'un sur l'autre pour prononcer sur leur différence ou sur leur similitude, et généralement sur tous leurs rapports. Selon moi la iacuîté distinctive de l'être actif ou intelligent est de pouvoir donner un sens à ce mot est. je cherche en m dans l'être purement sensitif, cette force intelligente qui superp guis gui prononce ; je ne h saurais v

■ v . ire. Cet être \

séparément, ou même n ■ deux ; mais, n'ayant aucune force pour les replié* l'un

~ l'autre, il ne lez comparera jamais, il

Ettt

Voir de \ la fofo, ce n'est pas vôii sttfS

ports ni juger de tel i v plusfèti

objets tes uns hors des i

ptiïs avoir au même instant fidée cran -son et

d'un petit bâton i comparer*, sans juger ïpe l

@9t plus petit que l'autre, comme je pm$ voir a là fois rna main entière sans faire le coi ité mes doigts (I).

s idées cous • pttts grand, plxs petit, û£ mèaie

que les idées : i d'îi^ d nt son! r

sèment pas mon esprit ne I

produise qu'à I

On nous dit qtse I J sensations

tes unes des s entre e'

ces mêmes se;: ■ : ceci demande e ,n. Quanti

les Sensations i . s distingue

par leurs différences : qu s, 0 les

distingue parce qu'il sent lés lifte i. Autre-

ment, comment, dans une sensation simultanée, Oïr, guerait-il deux objets égaux ? II faudrait nécessairement qu'il confondit ces deux objets et les prît pour le même,. surtout dans «n système où l'on prétend que tes sensations représentatives de ! e ne sont point étendues.

Quand les deux sensations à comparer sont aperçues, leur impression est faite, chaque objet est senti, les deux sont sentis, mais leur rapport n'est pas senti pour cela. Si !e jugement de ce rapport n'était qu'une sensation, et me venait uniquement de {'objet, mes jugements ne me tromperaient jamais, puisqu'il n'est jamais faux que Je «ente ce que je sens.

Pourquoi donc est-ce que je me trompe sur le rapport de ces deux bâtons, surtout s'ils ne sont pas parallèles? Pourquoi dis-je, par exemple, que le petit bâton est le tiers du grand, tandis qu'il n'en est Que le quart? Pourquoi l'image, qui est la sensation, n'est-ene pas conforme à son modèle, qui est l'objet ? C'est que je suis actif quand je juge ; que l'opération qui compare est fautive, et que mon. entendement, qui juge les rapports, mêle ses

i. Les relations de M. de la Condamine nous parlent d'un peuple qui ne savait compter que jusqu'à troia. Cependant les hommes qui composaient ce peuple, ayant des mains, avaient $<fèYcat aperçu leurs doigts sass savoir, compte? jusqu'à- ein^

erreurs a b vMtâ d«s sensations qui m montrent que les objets.

Ajoutez à cela une réflexion quî vous frappera, je m'assure, quand vous y aurez pensé ; c'est que si nous étions purement passifs dans l'usage de nos sens, il n'y aurait entre eux aucune communication ; il nous serait" impossible de connaître que le corps que nous touchons et l'objet que nous voyons sont le même. Ou nous ne sentirons jamais rien hors de nous, ou il y aurait pour nous cinq substances sensibles, dont nous n'aurions nul moyen d'apercevoir l'identité.

Qu'on donne tel ou toi nom à cette force de mon esprit qui rapproche et compare mes sensations; qu'on l'appelle attention, méditation, réflexion, ou comme on voudra ; toujours est-il vrai qu'elle est en moi et non dans les choses, que c'est moi seul qui la produis, quoique je ne la produise qu'à i'occasion de l'impression que font sur moi les objets. Sans être maître de sentir ou de ne pas sentir, je le suis d'examiner plus ou moins ce que je sens.

Je ne suis donc pas simplement un être sensitif et passif, mais un être actif et intelligent ; et, quoi qu'en dise la philosophie, j'oserai prétendre à l'honneur de penser. Je sais seulement que la vérité est dans les choses et non pas dans mon esprit qui les juge, et que moins je met3 du mien dans les jugements que j'en porte, plus je suis sûr d'approcher de la vérité : ainsi ma règle de me livrer au sentiment plus qu'à la raison est confimée par la raison même.

M'étant, pour ainsi dire, assuré de moi-même, je commence à regarder hors de moi, et je me considère avec une sorte de frémissement, jeté, perdu dans ce vaste univers, et comme noyé dans l'immensité des êtres, sans rien savoir de ce qu'ils sont, ni absolument, ni entre eux, ni par rapport à moi. Je les étudie, je les observe, et le premier objet qui se" présente à moi pour les comparer, c'est moi-même.

Tout ce que j'aperçois par les sens est matière ; et je déduis toutes les propriétés essentielles de la matière des qualités sensibles qui me la font apercevoir, et qui en sont inséparables, le la vois tantôt en mouvement et tantôt en repos (1) : d'où j'infère que ni le repos ni le rnouve-

i. Ce repos n'est, sî l'on veut, que relatif ; maîs, puisque nous observons du plu» ou • du moins dans le mouvement, nous concevons" très clairemenit un des deux termes extrêmes» qui est le repos ; et nous le concevons r.i bien, que nous sommes enclins même à crendre pour absolu le repos qui n'est

ment n'e lui sout essentiels j mais le n étant ûna

action, est l'effet d'une cause dont le repos n'est qu© l'absence. Quand donc rien n'agit sur la matière, elle n© se meut point; et, par cela même qu'elle est indifférente . u repos et au mouvement, son état naturel est d'être en repos.

j'aperçois dans les corps deux sortes de mouvements, savoir, mouvement communiqué, et mouvement spontané on volontaire. Dans le premier, la cause motrice est étran= gère au corps mû, et dans le second, elle est en lui-même. je ne conclurai pas de là que le mouvement d'une montre, par exemple, qsî spontané ; car, si rien d'étranger au resport n'agissait sur lui, il ne tendrait point à se redresser, et ne tirerait pas la chaîne. Par la même raison, je n'accorderai point non plus la soontanëité aux fluides, ni au féu même qui fait leur fluidité. (1)

Vous me demanderez si les mouvements des animaux sont spontanés ; je vous dirai que je n'en sais rien, mais que l'analogie est pour l'affirmative. Vous me demanderez encore comment je sais donc qu'il y a des mouvements spontanés ; je vous dirai que je le sais parce que je le c;ens. Je veux mouvoir mon bras, et je le meus, sans que ce mouvement ait d'autre cause immédiate que ma volonté. C'est en vain qu'on voudrait raisonner pour détruire en moi ce sentiment, il est plus fort que toute évidence ; autant voudrait me prouver que je n'existe pas.

S'il n'y avait aucune spontanéité dans les actions des hommes, ni dans rien de ce qui se fait sur la terre, on n'en serait que plus embarrassé à imaginer la première cause de tout mouvement. Pour moi, je me sens tellement persuadé que l'état naturel de la matière est d'être en repos, et qu'elle n'a pas elle-même aucune force pour agir, qu'en voyant un corps en mouvement je juge aussitôt, ou que c'est un corps animé, ou que ce mouvement lui a été communiqué. Mon esprit refuse tout acquiescement à l'idée de la matière non organisée se mouvant d'elle-même, ou produisant quelque action.

Cependant cet s visible est matière, matière épar-

■ : relatif. Or il as vrai eue îe mouvement soîfc de

■senec de la matière, si elle peut être conçue en repos.

i. Les chimistes regardent îe phlogistique ou l'élément du

i comme épars, s tîe, et stagnant dans les mixtes dont

il fait part causes étrangères le déga-

Ou et la changent

en

Emile il jQ

246 jâMILE

r>e et morte (1), qui n'a rien da: tout de l'union, de

l'organisation, du sentiment commun des parties d'un corps animé, puisqu'il est certain que nous, qui sommes parties, ne nous sentons nullement dans le tout. Ce même univers est en mouvement ; et dans ses mouvements réglés, uniformes, assujettis à des lois constantes, il n'a rien de cette liberté qui paraît dans les mouvements spontanés de l'homme et des animaux. Le monde n'est donc pas un grand animal qui se meuve de lui-même ; il y a donc de ses mouvements quelque cause étrangère à lui, laquelle je n'aperçois pas ; mais la persuasion intérieure oie rend cette cause tellement sensible, 'que je ne puis voir rouler le soleil sans imaginer une force qui le pousse, ou que, si la terre tourne, je crois sentir une main qui la fait tourner.

S'il faut admettre des lois générales dont je n'aperçois point les rapports essentiels avec la matière, de quoi seraije avancé ? Ces lois, n'étant point des êtres réels, des substances, ont donc quoique autre fondement qui --n'est inconnu. L'expérience et l'observation nou$ ont fait connaître les lois du mouvement : ces lois déterminent les effets sans montrer les causes ; elles ne suffisent point pour expliquer le système du monde et la marche de l'univers. Descaries avec des dés formait le ciel et la terre: mais il i?e put donner le premier branle à ces dés, ni mettre en jeu sa force centrifuge qu'à l'aide d'un mouvement de rotation. Newton a trouvé la loi de l'attraction, mais l'attraction seule réduirait bientôt l'univers en une masse immobile ; à certe loi il a fallu joindre une force projectile pour faire décrire des courbes aux corps célestes. Que Descartes nous dise quelle loi physique a fait tourner ses tourbillons ; que Newton nous montre la main qui lança les planètes sur la tangente de leurs orbites.

Les premières causes du mouvement ne sont poînt dans la matière ; elle reçoit le -mouvement et le communique, mais elle ne le produit pas. Plus j'observe l'action et réaction des forces de la nature agissant les unes sur les autres, plus je trouve que d'effets en effets il faut toujours remonter à quelque volonté pour première cause ;

i. J'ai fait tous* mes efforts îr une molécule

vivants, sans pouvoir en venir à bout L'idée de la matière, sentant sans avoir des sens, me parait inintelligible et CQnti dictoire. Pour adopter ou r o, il faudrait ce

mencer par la comprendre, et j'avoue que je n'ai pas bwalicur-là.

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