LIVRE IV ;■ ;U
i'e3 tle causes à l'infini, c'est tfe point supposer du tout : eu un mot, tout mouvement qui n'est pas produit par un autre ne peut venir que d'un acte spontané, volontaire ; les corps inanimés n'agissent que par le mouvement, et il n'y point de véritable action sans volonté. Voilà mon premier principe. Je crois donc qu'une volonté meut l'univers et anime la nature. Voilà mon premier dogme, ou mon premier article de iol
Comment une volonté produit-elle une action physique et corporelle? je n'en sais rien, mais j'éprouve en moi qu'elle la produit, je veux agir, cl j'agis; je veux mouvoir rnon corps, et mon corps se meut : mais qu'un corps inaminé et en repos vienne à se mouvoir de lui-même ou produise le mouvement, cela est incompréhensible ei sans exemple. La volonté m'est connue par ses actes, non par sa nature. Je connais cette volonté comme cause motrice ; mais, concevoir la matière productrice du mouvement, c'est clairement concevoir un effet sans cause, c'est ne concevoir absolument rien.
Il ne m'est pas plus possible de concevoir comment ma volonté meut mon corps, que comment mes sensation ^ affectent mon âme ; je ne sais pas même pourquoi l'un de ces mystères a paru plus explicable que l'autre. Quant à moi, soit quand je suis passif, soit quand je suis actif, moyen d'union des deux substances me paraît absolument incompréhensible. Il est bien étrange qu'on parte de cette incompréhensibîlité même pour confondre le? deux substances, comme si les opérations de natures si différentes s'expliquaient n ans un seul sujet que
dans deux.
Le dogme que je viens d'établir est obscur, iî est vrai ; mais enfin il offre un sens, et il n'a rien qui répugne à fa raison ni à l'observation : en peut-on dire autant du matérialisme ? N'est-il pas clair ouef si le mouvement était essentiel à la matière, il en, serait inséparable, il y serait toujours en même degré, toujours le même dans chaque portion de matière, iî serait incommunîquable, il ne pourrait augmenter ni diminuer, et Ton ne pourrait pas même concevoir la matière en repos? Quand on me dit que le mouvement ne lui est pas essentiel, niais nécessaire, on veut me donner le change par des mots qui seraient plus aisés à réfuter s'ils avaient un peu plus de sens. Car, ou le mouvement de la matière lui vient d'elle-même, et alors il lui est essentiel ; ou, s'il lui vient d'une cause étrangère, il n'est nécessaire à !a $&•