‹ Émile, ou, de l'ÉducationChapitre 48 sur 60 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Si la matière mue me montre une volonté, la matière mue selon de certaines lois me montre une intelligence ;

3t mon second article de foi. Agir, comparer, choisir, sont les opérations d'un être actif et pensant : donc cet utre existe, Où le voyez-vous exister, m'aîlez-vous dire?, Non seulement dans les cieux qui roulent, dans l'astre qui nous éclaire ; non seulement dans moi-même, mais dans la brebis qui paît, dans l'oiseau qui vole, dans ïa pierre qui tombe, dans la feuille qu'emporte le vent.

Je juge de l'ordre du monde quoique j'en ignore la fin, parce que, pour juger de cet ordre il me suffit de comparer les parties entre elles, d'étudier leur concours, leurs rapports, d'en remarquer le concert. J'ignore pourquoi l'univers existe ; mais je ne laisse pas de voir comment il est modifié ; je ne laisse pas d'apercevoir l'intime correspondance par laquelle les êtres qui le composent se prêtent un secours mutuel. Je suis commue un homme qui verrait pour la première fois une montre ouverte, et qui ne laisserait pas d'en admirer l'ouvrage, quoiqu'il ne connût pas l'usage de la machine et qu'il n'eût point vu le cadran. Je ne sais, dirait-il, à quoi le tout est bon : mais je vois que chaque pièce est faite pour les autres ; j'admire l'ouvrier dans le détail de son ouvrage, et je suis bien sûr que tous ces rouages ne marchent ainsi de concert que pour une fin commune qu'il m'est impossible d'apercevoir.

Comparons les fins particulières, les rnoyens, !es rap-> ports ordonnés de toute espèce, puis écoutons le senti* ment intérieur : quel esprit sain peut se refuser à son témoignage ? A quels yeux non prévenus l'ordre sensible de l'univers n'annonce-t-il pas une suprême intelligence? Et que de sophismes ne faut-îl point entasser pour mé* connaître l'harmonie des êtres et l'admirable concours de chaque pièce pour la conservation des autres? Qu'on me parle tant qu'on voudra de combinaisons et de chances ; que vous sert de me réduire au silence, si vous ne pouvez m'amener à ïa persuasion ? et comment m'ôterez^ vous le sentiment involontaire qui vous dément toujours malgré moi ? Si les corps organisés se sont combinés fortuitement de mille manières avant de prendre des formes constantes, s'il s'est formé d'abord des estomacs sans bouches, des pieds sans têtes, des mains sans bras. des organes imparfaits de toute espèce qui sont péris faute de pouvoir se conserver, pourquoi nul de ce3 iii* formes essais ne frappe-t^il plus nos regards ? Pourquoi îa .•sature s'est^lîc ciifin présent fe lois au&aueUes ék

n'était pas . j jettie ? Je ne dois point être

supris qu'une chose arrive lorsqu'elle est possible, et que la difficulté de î'événeiient est compensée par la quantité des jets, j'en conviens. Cependant, si l'on venait me dire que des caractères d'imprimerie projetés au hasard ont donné YEnéide tout arrangée, je ne daignerais pas faire un pas pour aller vérifier le mensonge. .Vous oubliez, nie dira— ton, la quantité des jets ; mais, de ces jets-là, combien faut-il que j'en suppose pour rendre la combinaison vraisemblable ? Pour moi qui n'en vois qu'un seul, j'ai l'infini à parier contre un que sort produit n'est point l'effet du hasard. Ajoutez que des combinaisons et des chances ne donneront jamais que des produits de même nature que les éléments combinés, que l'organisation et la vie ne résulteront point d'un jet d'atomes, et qu'un chrniste combinant des mixtes ne les fera point sentir et penser dans son creuset (1).

j'at lu Nieuwentyt avec surprise, et presque avec scandale. Comment cet homme a-t-il pu vouloir faire un livre des merveilles de la nature, qui montre la sagesse de son auteur? Son livre serait aussi gros que le monde, qu'il n'aurait pas épuisé son sujet ; et, sitôt qu'on veut entrer dans les détails, ïa plus grande merveille échappe, qui est l'harmonie et l'accord du tout. La seule génération des corps vivants et organisés est l'abîme de l'esprit humain ; la barrière insurmontable que la nature a mise entre les diverses espèces afin qu'elles ne se confondissent pas, montre ses intentions avec la dernière évidence. Eîîe ne s'est pas contentée d'établir l'ordre, elle a r>ris i|es mesures certaines pour que rien ne pût le troubler.

, Il n?y a pas un être dans l'univers qu'on ne puisse, a quelque égard, regarder comme le centre conrnun de tous les autres, autour duquel ils sont tous ordonnés, en sorte qu'ils sont tous réciproquement fins et moyens les

i. Croirait-on, si l'on n'eu avait la preuve, que î'exirava- Lue humaine put être portée à ce point ? Amatus Lusîtanus .tsaurait avoir vu un petit homme long d'un pouce enferme dans un verre, que Julius Camillus, comme un autre Promélhéc, lit fait par la science alchimique. Paracelse, de NalvrQ ;ine îa façon de produire ces petits hommes, et soutient que les pygmées, les faunes, les satyres et les nymphes ont été engendrés par la chimie. En effet, je ne vois pas ti qu'il reste déformais autre chose à faire pour établir îa possibilité de ces faits, si ce n'est d'avancer que la matière organique riii*te à l'ardeur du feu, et que ses molécules peuvent Sg. conserver en vie dans i;n fourneau de rCverbCrc»

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