‹ Émile, ou, de l'ÉducationChapitre 56 sur 60 · Vrtfla :; î pr · texte numérisé non relu

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h §a tnoâe ejt {va n fsit dire ce qzfil a voulu. S ïon rrèuj écouté que ce que Dieu dit au cœur de l'homme, il n'y aurait jamais eu de religion sur la terre.

Ii fallait un culte uniforme ; je le veux bien : mais ce point était-il donc si Emportant qu'il fallût tout l'appareil de la puissance divine pour l'établir ? Ne confondons poini le cérémonial de la religion avec la religion. Le culte que Dieu demande est celui du cœur ; et celui-là, quand il est sincère, est toujours uniforme : c'est avoir une vanité bien folle de s'imaginer que Dieu prenne un si grand intérêt à la forme de l'habit du prêtre, à l'ordre des eots qu'il prononce, aux gestes qu'il fait â l'autel eî à toutes ses génuflexions. Eh ! mon ami, reste de toute ta hauteur, tu seras toujours assez près de la terre. Dieu veut être adoré en esprit et en vérité : ce devoir est de toutes les religions, de tous les pays, de tous les hommes. Quand au culte extérieur, s'il doit être uniforme pour Je bon ordre, c'est purement une affaire de police ; U 02 faut point de révélation pour cela.

Je ne commençai pas par toutes ces réflexions. Entrain? par les préjugés de l'éducation et par ce dangereux amourpropre qui vtut toujours porter l'homme au-dessus de so sphère, ne pouvant élever mes faibles conceptions jusqu'au grand Etre, je m'efforçais de le rabaisser jusqu'à moi. Je rapprochais les rapports infiniment éloignés qu'a amis entre sa nature ef la mienne. Je voulais des communications plus immédiates, des instructions plus particulières ; et, non content de faire Dieu semblable à l'homme, pour être privilégié moi-même parmi mes semblables, je voulais des lumières surnaturelles : je voulais un culte exclusif ; je voulais que Dieu m'eût dit ce qu'il n'avait pas ûit à d'autres, ou ce que d'autres n'auraient pas entendu comme moi.

Regardant le point où j'étais parvenu comme îe point commun d'où partaient tous les croyants pour arriver à un culte plus éclairé, je ne trouvais dans [es dogmes de la religion naturelle que les éléments de toute religion. Je considérais cette diversité de sectes qui régnent sur la terre, et qui s'accusent mutuellement de mensonge el d'erreur ; je demandais : Quelle es? la bonne ? Chacun me répondait : C'est la mienne ; chacun disait : Moi seul et tees partisans pensons juste, tous les autres sont dans l'erreur. Et comment savez-vous que votre secte est ta bonne ? Parce que Dieu l'a dit (1). Et qui vous dit que Dieu

1. « Tôt:.?, dit **:.c bon et sage prêtre, disent ou'îls la tiennent

Emile H &

17S HMÏLE

l'a dtt ? Mon pasteur qui te sait bfen. Mon pssteur ms dît d'ainsi croire, et ainsi je crois ; i! m'assure que tous ceux qui disent autrement que lui mentent, et je ne les écoute pas.

Quoi f pertsats-je, la vérité n'test-eîle pas une, et ce qui est vrai chez moi peut-il être faux chez vous ? Si la méthode de celui qui suit la bonne route et celle de celui qui s'égare est !a même, quel mérite ou quel tort a l'un de plus que l'autre ? Leur choix est l'effet du hasard, le leu? imputer est iniquité ; c'est récompenser ou punir pour être I né dans tel ou tx;! pays. Oser dire que Dieu oous juge } ainsi, c'est outrager sa justice.

Ou toutes les religions sont bonnes et agréables à Dieu | ou s'il en est une qu'il prescrive aux hommes et qu'il les punisse de méconnaître, il lui a donné des signes certains et manifestes pour être distinguée efeonnue pour la seule véritable. Ces signes sont de tous les temps et de tous les lieux, également sensibles à tous; les nommes grands et petits, savants et ignorants. Européens, Incite Africains, sauvages. S'il était une religion sur la terre t hors de laquelle iî n'y eût que peine éternelle, et qu'en quelque lieu du monde un seul mortel de bonne foi n'eût pas été frappé de son évidence, le Dieu de cette religion j Serait le plus inique et le plus cruel des tyrans.

Cherchons-nous donc sincèrement îa vérité? ne donnons rien au droit de naissance et à l'autorité des pères et des j pasteurs, -nais rappelons à l'examen de la conscience etj de !a raison tout ce qu'ils nous ont appris dès notrej enfance, lis ont beau me crier : Soumets ta raison ; autant!

et Ta croient (et tons uiseril de ce fnrgw»), qtte non des hommesJ| De d'aucune créature ainsi de Dieu.

« Mais, à dire vrai, sans rien flatter ni déguiser, il n'eaj Cet rien ; elles sont, quoi qu'on dise, tenues par mains et* movems humains : tesmoin premièrement la manière que le»] religions ont été reçues au monde et sont encore tous le»! jour® par les particuliers. La nation, le pays, le lieu, donnent] la religion ; l'on est de celle nue le lien Auquel on est né e.t élevé tient : nous sommes circoncis, baptisés. Juifs, mahomé-! tans, ebrestiens. avant que nous sachions que nous sommes] hommes. La religion n'est pas de notre chni* et élection,] tesmoin après la vie et les mœurs si mat accordantes avec la] religion ; tesmoin que par occasions humaines et hien légères, l'on va contre la teneur de sa relier? on s. (C*H*ri*roi, de la Sagesse, livre 11, chapitre v, p. ajs7. édition de Bordeaux. t6oi).i

fl y a grande apparence que ta sincère profession de foi duj vertueux théolopaï de Condorn n'eut pas éiè fort différente de! celle du vicaire savoyard.

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'fâ%& p&îiî d2r« esSul qui ma trompa s U a dsa raisons

pour soumettre ma raison,

Toute la théologie que je puh acquérir de mof-mêmë par l'inspection de l'univers et par le bon- usage de mes facultés, se borne à ce que je vous ai ci-devant expliqué* Four en savoir davantage, il faut recourir â des moyens extraordinaires. Ces moyens ne sauraient être l'autorité des hommes : car nu! homme n'étant d'une autre esp que moi, tout ce qu'un ho-nme connaît naturellement, puis aussi le connaître, et un autre homme peut se tram* per aussi bien que moi ; quand je croîs ce qu'il dit, Ce n'est pas parce qu'il le dit, maïs parce qu'il le pro;. Le témoignage des hommes n'est donc au fond que celui de Tia ra«son même, et n'ajoute rien aux moyens naturels que Dieu m'a donnés de connaître la vérité.

Apôtre de la vérité, qu'avez-vous donc à me dire dont Je ne reste pas le juge V Dieu lui-même a parlé ; écoute:?. sa révélation. C'est autre chose. Dieu a parle î voilà, certes, un grand mot. Et à qui a-t-iî parlé ? Il a parlé aux nommes. Pourquoi donc n'en ai-je rien entendu ? iï a chargé d'autres hommes de vous rendre sa parole, j'entends : ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu fi (Ut. J'aimerais mieux avoir entendu Dieu lui-même \ Il ne lui "en aurait pas coûté davantage, et j'aurais été a l'abri de ta séduction. 11 vous en garantit en manifestant la mission de ses envoyés. Comment cela ? Par des prodiges. Et où sont ces prodiges ? Dans dss livres. Et qui a fait ces livres? Des hommes. Et qui a vu ces prodiges? Des hommes qui les attestent. Quoi « toujours des témoignages humains ? toujours des hommes qui me rapportent ce que d'autres hommes ont rapporté ? que d'hommes entre Dieu et moi ! Voyons toutefois, examinons, compa* rons-, vérifions. 0 si Dieu eût daigné me dispenser de tout ce travail, l'en aurais-je servi de moins bon cœur ?

Considérez, mon ami, dans quelle horrible discussion me voilà engagé ; de quelle immense érudition j'ai besoin pour remonter dans les plus hautes antiquités ; pour examiner, peser, confronter les prophéties, les révélations, les faits, tous les monuments de foi proposés dans tous les pays du monde, pour en assigner les temps, les lieux, les auteurs, les occasions 1 Quelle justesse de critique m'est nécessaire pour distinguer les pièces authentiques des pièces supposées ; pour comparer les objections aux réponses, les traductions aux originaux ; pour juger de l'impartialité des témoins, de leur bon sens, de 'leurs ' lumières; pour savoir si i'&a c'a rien snocrimé, risn

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è&oaiïk, .rien ifâflôpûs4 change Çateffiê!, *HMtf terer tes contradictions qui restent ; pour juger q'ueî poids doit avoir le silence des adversaires dans te3 faits allégués contre eux ; si ces allégations îetrr ont été connues ; s'ils en ont *ait assez de cas pour daigner y répondre ; si le3 livres étaient assez communs pour que les nôtres leur parvinssent, si nous avons été d'assez bonne foi pour donner cours aux leurs parmi nous, et pour y laisser leurs plus fortes objections teiles qu'ils les avaient faites- Tous ces moniments reconnus pour incontestables, il [aut passer ensuite aux preuves de la mission de leurs auteurs ; U faut bien savoir les lois des sorts, les probabilités éventives, pour juger cjueiie prédiction ns peui ^accomplir sans miracle ; le génie des langues originales pour distinguer ce qui est prédiction dans ces langues, et ce qui n'est que figure oratoire ; quels faits sont dans l'ordre de îa nature, et quels autres faits n'y sont pas ; pour dire jusqu'à quel point un homme adroit peut fasciner les yeux des simples, peut étonner même les gens éclairés ; chercher de quelle espèce doit qïtq un prodige et quelle authenticité il doit avoir, non seulement pour être cru, mais pour qu'on soit punissable d'en douter ; comparer les preuves des vrais et des faux prodiges, et trouver les règles sûres pour les discerner ; dire enfin pourquoi Dieu choisit, pour attester sa parole, des moyens qui ont eux-même si grand besoin d'attestation, comme s'il se jouait de la crédulité des hommes, et qu'il évitât à îsein les vrais moyens de les persuader. Supposons que la majesté divine daigne s'abaisser assez pour rendre un homme l'organe de ses volontés sacrées ; 2St-U raisonnable, est-il juste, d'exiger que tout le genre iumaîn obéisse à la voix de ce ministre sans le lui faire naître pour te!? Y a-t-iî de l'équité à ne lui donner, pour toutes lettres de créance, que quelques signes parulîers faits devant peu -de gens obscurs, et dont tout Je reste des hommes ne saura jamais rien que par ouï-dire ? Par tous les pays du monde, si l'on tenait pour. vrais tous les prodiges que le peuple et tes simples disent avoir s, chaque r>ecte serait ta bonne, il y aurait plus de probes que d'événements naturels : et le plus grand de tous

miracles seraient que, là où iî y a des fanatiques p jjtés, il n'y eût point de miracles. C'est l'ordre inai rable de la nature qui montre-le mieux la sage main qui la régit ; s'il arrivait beaucoup d'exceptic ne saur -

plus qu'en penser ; et pour moi, je crois ir^p en D pour croire à tant de miracles si peu dîgi

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Qu'un homme vfatfrie nous tetu> te fattg^ge: Mortefë.

vous annonce la volonté do Très-Haut ; reconnaisses â ma voix celui qui m'envole. J'ordor^e -au soleil de changer sa course, aux étoiles de ironr.er on autre arraiî-' gsment, aux "nontag^cs de s'apHamBr, aoix îioiù de s'élevet à îa terre de prendre cm autre aspect : â ces merveilles, qui me reconnaîtra pas à l'instant te maître de ta nature v Elle n'obéît point aux imposteurs ; leurs miracles se ton! ûms de£i carrevc:v.-L'., d- r.s des déserts, dans des chambres ; et c'est ta quJi!s ont bon marché d'un petit nombre de

ïciateufs déjà disposés â tout croire. Qui 'est-ce qui" cn'osera dire combien H faut de témoins .oculaires pouf rendre un prodige digne de foi? Si vos 'miracles faits pour prouver votre doctrine, ont etre-mêrnes besoin d*être prouvés, de quoi servent-ils ? autant valait n'en point faire.

Reste enfin l'examen îe plus important clans îa doctrine annoncée ; car, puisque ceux qui disent que Dieu fait icibas des miracles, prétendent que 1e diable les imite quelquefois, avec des prodiges tes mieux attestés, nous ne sommes pas plus avancés qu'auparavant : et, puisque les magiciens de Pharaon osaient, en présence môme de Moïse, faire les mêmes signes qu'il faisait par l'ordre exprès de Dieu, pourquoi dans son absence n'eussentils pas. aux mêmes titres, prétendu la même autorité Ainsi donc, après avoir prouvé la doctrine oar le miracle, il faut prouver îe miracle par la doctrine (1), de peur de prendre l'oeuvre du ctëmnn pour l'œuvre de Dieu. Que pensez-vous de ce diaîèle ?

Cette doctrine venant de Dieu doit porter îe sacré caractère de la Divinité ; non seulement elle doit nous cclaircir les idées confuses que le raisonnement en tracs

ï. Cela est forme! es mille endroits de l'Ecriture» et enÊjfë autres dans le Deutéronome, chapitre Xïîï, ou II est dît çue

éî eu prophète annonçant des dieux étrangers confirme seS cikecuns par des prodiges, et que ce qu'il prédît arrive» lois cdy avoir aucun égard on doit mettre ce prophète â. mort» Quand donc les païens tnettsderiï à mort les apôtres teu? anncecar:-; u!rj diieu étts.-n^tr e: pro^anl ïc'^r mission par des prédictions et des miracles, Je se vois pas ce qu'on avait â ïeuç objecter de solide qu'ils ne pussent â l'instant rétorquer contre cous. Or, que faire en pareil cas ? une seule chose : reveOMf au raisonnement, et laisser là tes miracles. Mïetre eut v*|g 0 y pas reccMr:v. CJi^ îà d^ boa Gciis 2e plus simple, ■q[u!rçc ipolisciircït quH force de dissections tout au moins très subtiles .De© subtilités da?ts ïe chrvsdacssïïae 1! Mais Jfèsee-Cferîs^ & dorç es tort de pissettire îe îcjreuaie des cfess £^s sisp&sf

SMÏDE

t, fnaîB elle doit aussi «eus proposer os! te, une morale et des maximes convenables aux attributs par lesquels seuls nous concevons son essence. Si ♦Jonc eïle ne nous apprenait que des choses absurdes et sans raison ; si elle ne nous inspirait que des sentiments d'aversion pour nos semblables et de frayeur pour nous» mêmes ; si elle ne nou3 peignait qu'un Dieu colère, jaloux, vengeur, partial, haïssant les hommes, un Dieu de la guerre et des combats, toujours prêt à détruire et foudroyer, toujours parlant de tourments, de peines, et se vantant de punir même les innocents, mon cœur ne serait point attiré vers ce Dieu terrible, et je -me garderais de quitter la religion naturelle pour embrasser celle-là ; car vous voyez bien qu'il faudrait nécessairement opter. Votre Dieu n'est pas le nôtre, dirais-je à ses sectateurs. Celui qui commence par se choisir un seul peuple et proscrire Je reste du genre humain n'est pas le père commun dos hommes ; celui qui destine au supplice éternel le plus grand nombre de ses créatures n'est pas îe Dieu clément et bon que ma raison m'a montré.

A l'égard des dogmes, elle me dit qu'ils doivent Être clairs, lumineux, frappants par leur évidence. Si la reï Fgion naturelle est insuffisante, c'est par l'obscurité qu'elfe laisse dans les grande* vérités quelle nous enseigne : ta la révélation de nous enseigner ces vérités d'une manière sensible à l'esprit de l'homme, de tes mettre

a porté*, de les lui faire concevoir afin qu'il les croie.

Là foi s'assure et s'affermit par l'entendement ; la mefl* l.mrt de toutes les religions est infailliblement la plus claire : celui qui charge de mystères, de contradictions îe culte qulï me prêche, m'apprend par cela même £ fttNw dédier. Le Dieu que {'adore ti'e$t point un Dieu d£ ténèbres î H m? m'a point doue d'un entendement pout

in interdire l'usage: me dire de soumettre ma raison* c'est outrager son auteur. Le ministre de la vérité nfc fynmnise point ma raison ; îl l'éclairé.

Nous avons mis à part toute autorité humaine ; et, sang mîç ]e ne saurais voir comment un homme en peut con-

il a donc eu tort de commencer îe pîus beau de «es discour* par féliciter le» pauvres d'esprit, s'il faut tant d'esprit pour entendre aa doctrine et pour apprendre a croire en lui ? Quand

g m'aurez prouvé que je dois me soumettre, tout ira foît bien : tuais, pour me prouver cela, mettes-vous à ma portée ; Cnesurea vos raisonnements a la capacité d'un pauvre d'eepHt, Cm je ne reconnais pîus en voua le vrai disciple de votre naltl

9A n'est pin aa daeirine «»« vous m'anocacta-

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