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tée, à se rendît tin bon témoignage de soi. Le méchant se craint et se fuit ; il s'égaye en se jetant hors de luimême ; il tourne autour de lui. des yeux inquiets, et cherche un objet qui l'amuse ; sans -la Satire amère, sans la raillerie insultante, il serait toujours triste : le ris moqueur est son seul plaisir. Au contraire, la Sérénité du juste est intérieure ; son ris n'est point de malignité, mais de joie : il en porte la source en lui-même ; il est aussi gai seul qu'au milieu d'un cercle ; i! ne tire pas son contentement de ceux qui l'approchent, il le leur communique.
Jete2 les yeux sur toutes les nations du monde, parcourez toutes les histoires. Parmi tant de cultes inhumains et bizarres, parmi cette prodigieuse diversité de mrêurs et de caractères, vous trouverez partout les mêmes idées de justice et d'honnêteté, partout les mêmes principes de morale, partout les mêmes notions du bien et du mâî. L'ancien paganisme enfanta des dieux abominables qu'on eût punis ici-bas comme des scélérats, et qui n'offraient pour tableau du bonheur suprême que des forfaits à commettre et des passions à contenter. Mais le vice, armé d'une autorité sacrée, descendait en vain du séjour éternel, l'instinct moral le repoussait du cœur des humains. En célébrant les débauches de limiter, on admirait la continence de Xénocrate ; la chaste Lucrèce adorait l'impudiaue Vénus: l'intrépide Romain sacrifiait â la Peur ; il invoquait le dieu qui mutila son nére, et mourait sans murmure de la main du sien. Les plus méprisables divinités furent servies par les plus grands hommes. La sainte voix de la nature, plus forte ont celle des dieu*, se faisait réserver sur la terre, et semblait reléguer dans le ciel le crime et les coupables.
ïï est donc au fond des âmes un principe inné de fusfîce et de vertu, sur leauel, malgré nos propres maximes, nous juçeons nos actions et celles d'aurrui comme bonnes ou m&uvà:ses ; et c'est à ce principe que je donne le nom de conscience.
Mais à ce mot j'entends s'élever de toutes parts la clameur des prétendus sages : Erreurs de l'enfance, préjugés de l'éducation ! s'écrient-ils tous de concert. M n'y a rien dans l'esprit humain que ce qui s'y introduit par l'expérience, et nous ne jugeons d'aucune chose que sur des idées acquises, ils font plus : cet accord évident et universel de toutes I ons, ils l'osent rejeter : et»
contre l'éclatante unifoi es, j&
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et connu d'eux seuls, comme si tous les penchants de la nature étaient anéantis par la dépravation d'un peuple, et qui, sitôt qu'il est des monstres, l'espèce ne fût plus n'en. Mais que servent au sceptique Montaigne les tourments qu'il se donne pour déterrer en un coin du monde une coutume opposée aux notions de la justice ? Que lui sert de donner aux plus suspects voyageurs l'autorité qu'il refuse aux écrivains les plus célèbres ? Quelques usages incertains et bizarres, fondés sur des causes locales qui nous sont inconnues, détruiront-ils l'induction générale tirée au concours de tous les peuples, opposés en tout le reste, et d'accord sur ce seul point ? O Montai pue ! toi oui te piques de franchise et de vérité, sois sincère et vrai, si un philosophe peut l'être, et dis-moi e'ïl est quelque pays sur fa terre où ce soit un crime de parder sa foi, â^Are clément, bienfaisant, généreux ; &ù l'homme Een toit méprisable, et te perfide honoré.
Chacun, dît-on, concourt au bien publie pour-son Intérêt ; mais d'où vient donc nue le juste y concoure «on préjudice ? Qu'est-ce qu'aller à îa mort pour son intérêt ? Sans doute nul n'apit que peur son bien : mais, s'il n'est un bien mo^al dont il faut tenir compte, on n'expliquera jamais par l'intérêt propre que les actions de» méchants : il est même à croire qu'en ne tentera point d'aller plus loin. Ce serait une trop abominable philosophie que celle où l'on serait embarrassé des actions vertueuses, où l'on ne pourrait se tirer d'affaire qu'en leur controuvant des intentions basses et des motifs sans ver+n. où l'on serait forcé d'avilir Socrate et de calomnier Répulus. Si jamais de pareilles doctrines pouvaient permer parmi nous, la voix de la nature, ainsi que celle de la ra'son. s'élèveraient incessamment contre elles, et ne laisseraient îamais à un seul de leurs partisans l'excuse de l'être de bonne foi.
Mon dessein n'est pas d'entrer ici dans des dferus* 6tons métapnvsinmes qui passent ma portée et la vôtre, et qui, dans le fond, ne mènent â rien. Je vous ai déià dit que ie ne voulais pas philosopher avec vous, mais vous aider à consulter votre creur. Quand tous tes philosophes du monde prouveraient que j'ai tort, si vous sentez oue }'ai raison îe n'en veux pas davantage.
il ne faut pour cria que vous faire distinguer nos idées ecniHces de nos sentiments naturels ; car nous sentons nécessairement avant de connaître, et comme nr»ns n'anprenons point à vouloir notre b«en et à fuir notre mal, eiârs que nous tenons cette volonté de ïa nature, da
UVRE ÎV 'ff8Ô
même Famon? du bon et îa haine dis mattvaîp mu® sont aussi naturels qu® l'amour de nous-mêmes. Les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sesi* tknents ; quoique toutes nos idées noirs viennent du dehors, les sentiments qui les apprécient sont au dedans de nous, et c'est par eux seuls que nous connaissons ta convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons rechercher ou fuir.
Exister, pour nous, c'est sentir ; notre sensibilité est (ncpntestabiement antérieure à notre intelligence, et nous avons eu des sentiments avant des idées (î). Qusile qnt soit Sa cause de notre être, elle a pourvu à notre conservation en nous donnant des sentiments convenables à notre nature, et Ton ne saurait nier qu'au moins ceux-là ne soient fanés. Ces sentiments, quant a {'individu, sont Famour â& soi, la cramie de ia douleur, i'hopreur de ta mort, te désir du bien-être. Mais s!, comme on n'en pettt douter, i'îïomma est sociable par sa natarc, ou du moins îmî pour le fave^rr, îl ne ptut Pêtre que par d'autres sentiments innés, relatifs à son espèce ; car, à ne considérer que le besoin physique, il doit certainement disperser les hommes au lieu de les rapprocher. Or c'est du système moral, formé par ce double rapport à soi-même et à ses semblables, que naît l'impulsion de îa conscience, Connaître te bien, ce n'est pas l'aimer : l'homme n'eu a
?)as la connaissance innée ; mais, sitôt que sa raison !e ui fait connaître, sa conscience Je porte à l'aimer ; c'est ce sentiment qui est inné,
Je ne crois donc pas, mon ami, qu'il soit impossible d'expliquer par des conséquences de notre nature le principe immédiat de !a conscience indépendant de la raison même. Et quand cela serait impossible, encore ne serait*» il pas nécessaire : car, puisque ceux qui nient ce principe admis et reconnu par tout le genre humain, ne prouvent point qu'il n'existe pas, mais se contentent de l'affirmer ; quand nous affirmons qu'il existe, nous sommes tout aussi bien fondés qu'eux, et nous avons de plus le témoignage
ï. A certaîns égards îes î<3ées s««$ des seirrïwentg et Tea gastïments sont des idées. Les deux noms conviennent à toute perception qui noua occupe et de sou objet, et de nous-mêmes qui en sommes affecté* : il n'y a que l'ordre de cette affection rai détermine 1e nom qui tui convient. Lorsque, premièrement occupés de l'objet, nous ne pensons h nous que par réflexion, c'est une idée : aa contîaïre, quand l'impression reçue excite ncttre prvmid-nt attention, «t qu« nmta n« penser &vfe ris* réSexioa à l'objet qui H «ausoi c'est us ©satticiearL
întéffèur et ta voix de la conscience qui dépose pour elle-même. Si les premières lueurs du jugement nous éblouissent et confondent d'abord les objets à nos re- •ds, attendons que nos faibles yeux se rouvrent» se raffermissent, et bientôt nous re verrons ces mêmes objets aux lumières de îa raison, tels que nous les montrait d'abord la nature : ou plutôt soyons plus simples et moins vains ; bornons-nous aux premiers sentiments que nous trouvons en nous-mêmes, puisque c'est toujours à eux que l'étude nous ramène quand elîe ne nous a point égarés.
Conscience î conscience ! Instinct divin, Immortelle et Céleste vois, guide assuré d'un être ignorant et borné, maïs intelligent et libre ; jtiçe infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable à Dieu, c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions; Bâns toi je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m'égarer d'erreurs en erreurs, à l'aide d'un entendement sans règle et d'une ïtîîsofl sans principe.
Grâces au ciel, nous voilà délivrés de tout cet effrayant appareil de philosophie ; nous pouvons être hommes 3ans être savants ; dispensés de consumer notre vie â l'étude de la morale, nous avons à moindres frais un guide plus assuré dans ce dédale immense des opinions humaincà. Mais ce n'est pas assez que ce guide existe il faut savoir le reconnaître et le enivre. S'il parle â tous les cœurs, pourquoi donc y en a-t-il si peu qui l'entendent ? Éh î c'est qu'il notra parle la langue - de la nature que tout nous fait oublier. La conscience est timide et craintive ; elfe amie la retraite et îa pain ; le monde et le bruit l'épouvantent : les préjuges dont on la fait naître sont se* plus cruels ennemis, elle fuit ou se tait devant eux ; îeur voix bruyante étouffe la sienne et l'empêche de se taire entendre ; fe fanatisme ose la contrefaire et dicter te crime en son nom. Elle se rebute enfin à force d'être éconduîte ; elle ne nous parle plus, elle ne nous répond plus ; et, après de si longs mépris pour elle, il en coûte autant de la rappeler qu'il en coûta de la bannir.
Combien de fois je me suis lassé, dans mes recherches, de la froideur que je sentais en moi ! Combien de fois la tristesse et l'ennui, versant leur poison sur mes premières méditations, me les rendirent insupportables ! Mon cobut aride ne donnait qu'un puissant et
tiède a Patnour de la vérité, le me disais : Pmirouoi
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îi'esî qu'ùns cïïlffîère ; il n'y a den de bon qee Tes plaM'ra <ïes sens. On, quand on a uns fois perdu te goûî des plaisirs de Pâme, qu'il est difficile, dé le reprendre ! Qu'il est plus difficile encore de le prendre quand on ne l'a jamais en 1 SrH existait encore de îe prendre quand ô» ne l'a jamais eu ! S'il existait un homme assez mia rabîe pour n'avoir rien fait en toute sa vie dont îe sou* venir le rendit content de lui-même et bien aise d'avoir ve&ti cet homme serait incapable de jamais se connaître ; ef> faute de sentir quelle bonté convient à sa nature, il resterait méchant par force et serait éternellement malheureux. Mais croyez-vous qu'il y ait sut la terre entière an seuî homme assez dépravé pour n'avoir jamais Hvrô son coeur à !a tentation de bien faire ? Cette tentation est si naturelle et si douce, qu'H est impossible de lui ^ter toujours ; et te souvenir du plaisir qu'eue a pfO* dult une sois suffit pour la rappeler sans cesse, Maîheureuseiîeîït elle est d'abord pénible à satisfaire ; on a rtrSHfc raisons pour se refuser au penchant de son cour % la f eusse prudence îe resserre dans les bornes du m&ï humain ; il faut mille efforts de courage pour oser les franchir. Se plaire à bien faire est le prix d'avoir biefs fait, et ce prix ne s'obtient qu'après l'avoir mérité. Rien n'est plus aimable que la vertu, mais il en faut fouit oflttf la trouver telle. Quand on ta veut embrasser, ses»» bîâbîe au Protée de la fable, elle prend d'abord *nil!e formes effrayantes, et ne se montre enfin sous a sienne qu'à ceux qui n'ont point lâché prise.
Combattu sans cesse par mes sentiments csafanfeta Cfôî
Dariaiertt pour t'Vntérêt commun, et par ma raison qui
rapportait tout à moi. J'aurais flotté toute ma vie dans
cette continuelle alternative, faisant te mal, aimant le
bien, et toujours contraire à moi-même, m de nouvelles
lumières n'eussent éclairé mon cœur, si ïa vérité qui fixa
mes opinions, n'eût encore assuré ma conduite et ne
sn'eût mis d'accord avec moi. On a beau vouloir établir
la vertu par la raison seule, quelle solide base peut-on
donner ? La vertu, disent-ils, est l'amour de l'ordre :
mais cet amour peut-il donc et doit-il remporter en moi
sur celui de mon bien-être ? Qu'ils me donnent une raison
claire et suffisante pour le préférer. Dans le fond leur pré*
tendu principe est un pur jeu de mots ; car je dis aussi,
moi, que le vice est l'amour de Tordre, pris dans un sens
différent, lî y a quelque ordre moral partout où i! y a
; Aiment et ence. La dfffémicfi est que le bon
h tofif par rapport à roi. Ce!tïï-cî se lait te cintre . toutes choses, loutre» mesure son rayorî et ne tient à circonférence : alors il est ordonné par rapport au centre commun, qui est Dieu, et par rapport a tous les cerc': concentriques, qui sont tes créatures. Si la divinité n | pas, ii n'y a qm le. méchant qui raisonna, le bon c'est qu'un inaensê.
O mon enfant ï çuïsstez-vôus sentir un jour de quel poids on est soulagé, quand, après avoir épuisé la vanité des opinions humaines et goûté l'amertume des passions, on trouve enfin si près de soi la route de la sagesse, le prix des travaux, de cette vie, et la source du bonheur dont a désespéré l Tous les devoirs de ta loi naturelle» presque effacés de mon cœur par l'injustice des hommes* s'y retracent au nom de l'éternelle Justice qui me les imposa et qtâ me tes voit remplir, je ne sens pîuB moi que l'ouvrage et Ifastinomeni du grand E*re qui rè îs bien, qui le fait, qui fera le mfen par le concoure mes volontés aux siennes et par le bon usage de ma liberté : j'acquiesce à l'ordre qui! établit, sûr de jouir moi-même un jour de cet ordre et d'y trouver ma félicité ; ca* quelle félicité plus douce que de se sentir ordonné dans un système où tout est bien ? En proie & la douleur, Je la supporte avec patience, en songeant qu'elle est passagère- et qu'elle vient d'un corps qui n'est point à moi. Si je fais une bonne action sans témoin, je sais qu'elle est vue, et je prends acte pour l'autre vie de ma conduite en celle-ci. En souffrant une injustice, \e me dis : l'Etre juste qui régit tout saura bien m'en dédommager ; les besoins de mon corps, les misères de ma vie me rendent ridée de la mort plus supportable : ce seront autant de liens de moins à rompre quand iî faudra tout quitter.
Pourquoi mon âme est-cîle soumise à mes sens eî enchaînée à ce corps qui l'asservit et la gêne ? Je n'en sais rien ; suis-je entré dans les décrets de Dieu ? Mats je puis, sans témérité, former de modestes conjectures. Je me dis : Si l'esprit de l'homme fût resté libre et pur, quel mérite aurait-il d'aimer et suivre l'ordre qu'il verrait établi et qu'il n'aurait nul intérêt à troubler ? H seraft heureux, il est vrai ; mais il manquerait à son bonheur te degré le plus sublime, la gloire de la vertu et le bon témoignage de soi ; il ne serait que comme les anges, et sans doute l'homme vertueux sera plus qu'eux. Unie à un corps mortel par des liens nom moins puissants gîa'incompréheft^iWes» ta soin û% ta wnservatjott «fo oe
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corps «tfche fêâî'nj&ïà rapporter to-tlt -âf M; et lui tfonna un intérêt contraire à Tordre général qu'elle est pourtant capable de voir et d'aimer ; c'est alors que le bon usagâ de sa liberté devient à ia fois le mérite et la récompense, et qu'elle se prépare un bonheur inaltérable en combattant ses passions terrestres et se maintenant dans sa première volonté.
Que si, même danô l'état d'abaissement où nous som-
3 durant cette vie, tons nos premiers penchants sont légitimes, si tous nos vices noua Viennent de nous-, pourquoi nous pîaignons^ubus d'être subjugués par eux ? pourquoi reprochons-nous à l'auteur des choses les mautf
î nous nous faisons et les ennemis que nous armons contre novrs-mêmes ? Ah ! ne gâtons point rboauae ; U
a toujours bon sans peine, et toujours heureux sans remords. Les coupables qui se disent forcée au cnsas
v: aussi menteurs que méchante. Comment ne voîent-Hs
int que la faiblesse 'dont lis se plaident est lent propre ouvrage ; que leur première dépravation vteat (Jeleur volonté ; qu'à force de vouloir céder à leurs tentalions, Os leur cèdent enfin malgré eux et les rendent irrésistibles ? Sans dovAe U ne dénend pius «feux ds n'être pas méchants et faibles : mais 13 dépendit d'eus? de ne Se pas devenir. Oh ! que nous resterions alsésses^ Eiaîtres de nous et de- nos passions, même durant ostts vie, si, lorsque notre esprit commence à S'ouvrir, nau3 savions l'occuper "dsô objets qu'U c'ait connaître pour
irécier ceux q^'îl ne connaît pas : si nous voulions
3cèreïB©nt nous éclaire-, non" pour briller aux yeux des aîs pour être bons et sa^e1^ selon notre nature,
ïur nous rendre heureux en pratiquant rms devoirs? Cette étuûe noua paraît ennuyeuse et pénible, parce otœ nous n'y songeons que déjà coTromnus par le vice, déjà livrés à nos passions. Nous fixons nos jugements et notre estime avant de connaître le bien et te mal : et puis,
Important (mit à cette fausse mesure, nous na donnons
»n à sa juste valeur,
îî est un âge où le cœur libre encore, mais ardent, inquiet, avide du bonheur qu'il ne connaît pas, le cherche avec une curieuse incertitude, et, trompé par les sens, se
ae enfin sur sa vain ige, et croit le trouver où il
n'est point. Ces illusions ont duré trop longtemps p$ moi. Hélas î je les ai trop tard connues et n'ai pu tout i\ fait les détruire ; elles dureront autant que ce corps mor* tel qui les cause. Au moins elles ont beau me séduire, elfes
... Qu'elles sojÙ ;
j* lii wN fe mon
bonheur, j'y vois son obstacle, j'aspire au moment où, livré dea entraves du corps, je serai moi sans contradiction, sans partage, et n'aurai besoin que de moi pour être heureux ; en attendant, je îe suis dès cette vie, parce que j'en compte pour peu tous les maux, que je la regarde comme presque étrangère à mon être, et que tout Je" vrai bïen que j'en peux retirer dépend de moi.
Pour m'élever d'avance autant qu'il se peut à cet 6tat tiô bonheur, de force et de uhertè, je -n'exerce aux sublimes contemplations. Je médite mï Tordre de Tup& vvra, non pour l'expliquer par de vains systèmes, mai* pour l'admirer sans cesse, pour adorer & sage auteur qui s'y fait sentir. Je converse avec lui, ;re toutes mes
facultés de sa divine essence ; je m/attendris à-ses bienfaits, ta îe bénis de ses dons, mais je ne le prie pas : Que lui dmanderais-ie ? qu'il changeât pour molle cour* tfog choses, qu'il fit des miracles en ma faveur ? Moi qxt dois aimer par-dessus tout l'ordre étabH' par sa sagesse et maintenu par m providence, voudrais-ie qm cet ordre fûl trouhïé pour moi V Non, ce veeu téméraire mériterait d'être phit&t puni qu'exaucé. Je ne lui demande pas non p] îe pouvoir de bien faire ; pourquoi lui demander ce q ntv'a donné ? Ne m'a-t-iî pas donné la conscience pour ?ûmer le bien, la raison pour te connaître, la liberté pour îe choisir ? Si je fais le mal, je n'ai point d'excuse ; je le fois psrce que je le veux : lui demander de changer mi volonté, c'est Èyj demander ce qu'il me demande"; c • vouloir qu'»i fasse mon œuvre et que j'en reçue*?!? cataire : n'être pas content de mon état, c'est ne vouleir plus être homme, c'est vouloir autre chose que ce qui < c'est vouloir te désordre et le mal Source de justice et (Je vérité, Dieu clément et bon t dans ma confiance en toi, te suprême vœu de mon coiur est que ta volonté a foftt. En y Joignant ta mienne, je fais ce que tu fais, j'ao- OHÎeace à ta honte : je crois partager d'avance !a suprême f licite qui en est le prix.
Dans la juste défiance de moî-rmVne, ta seule chose que je lui demande, ou plutôt que j'attends de sa instice, i r mon erreur si ie m'épate et si cette erV m'est dangereuse. Pour ë^re de bonne foi, je ne me cr p$s tafaiHlhle : mes opinions qui me semblent les ? vraies sont peut-être autant de r. sa ; car quel hom-
me ne tient pas aux siennes, et combien d'hommes se d'accord en tout? L'illusion qui rn*ahuse a bf»au me vei de moi, c'est lui seul qui m'en peut guérir. J'ai Sait ce que
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i mi pour #f Mjjuréttiffrop
élevée : quand les forces me manquent pour aller plus loin, de quoi puis-je être coupable? c'est à elle à s'ap-> procher.
LE bon prêtre avait parlé avec véhémence ; »! était ému, je l'étais aussi, je croyais entendre le divin Orphée chanter les premiers hymnes et apprendre aux hommes !e culte des dieux. Cependant Je voyais des foules d'objections à lui faire ; je n'en fis pas une, parce qu'elles étaient moins solides qu'embarrassantes, et que la persuation était pour lui. A mesure qu'il me parlait selon' sa conscience, ta mienne semblait me confirmer ce qu'il m'avait d»i
Les sentiments que vous venez de m'exposer, lui di&-je, me paraissent plus nouveaux par ce que vous avouer ignorer que par ce que vous dites croire. J'y vois, a peu chose près, le théisme ou la religion naturels que chrétiens affectent de confondre avec l'athéisme ou l'irréligion, qui est la doctrine directemeqt opposée, M8 dans l'état actuel de ma foi, j'ai plus à remonte? qu'à descendre pour adopter vos opinions, et je trouve difficile de rester précisément au point où vous êtes, a Rtoins iVètTQ aussi sage que vous. Pour une au moins aussi sincère, je veux consulter avec moi. C'est le sentiment intérieur qui doit me conduire à votre exemple, et vous m'avez appris vous-même qu'après lui avoir longtemps imposé silence, le rappeler n'est pas l'affaire d'un moment j'emporte vos discours dans mon cœur, il faut que je lf$ crédite. Si, après rn'être bien consulté, j'en demeure aussi convaincu q\ve vous, vous serez mon demie r? ç$ Jq
serai votre prosélyte jusqu'à la mort. Continues cependant S m'înstruire, vous ne m'avez dît que la moitié de ce que je dois «avoir. Parlez-moi de la révélation, des Ecritures, de ces dogmes obscurs sur lesquels je vais errant dès îBon enfance, sans pouvoir ni les concevoir ni les croire, et sans savoir ni les admettre ni les rejeter.
Oui, mon enfant, dit-il en m'embrassant, J'achèverai de voua dire ce que je pense • je ne veux point vous ouvrir mon et demi : mais le désir que vous m? tèmoîgm,;i
était nécessaire pour nfautoriaer à n'avoir aucune réserve avec vous Je ne vous ai rien dit jusqu'ici que je ne crusse pouvoir vou3 être utile et dont je ne fusse infimemeru persuadé- L'examen qui me reste a faire est bien différent ; je n'y vois qu'embarras, mystère, obscurité ; je n'y porte qu'incertitude et défiance : je ne me détermine qu'en tremblant, et je vous dis plutôt mes doutes que oioa am
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Si vos sentiments Siéent plus stables, j'KÊsiferm's de vous exposer les miens ; maïs, dans l'état où vous êtes, vou3 gagnerez à penser comme moi (1). Au reste, ne donnez à mes discours que l'autorité de la raison ; j'ignore si je suis dans Vqtvcut. fi est difficile, quand on discute, de ne pas prendre quelquefois le ton affirmatif ; mais 6ouvertez-
."3 qu'ici toutes mes affirmations ne sont qv.Q de3 rainons de douter. Cherchez îa vérité vous-même ; pour moi, je ne vous promets que de îa bonne foi.
Vous ne voyez dans moa exposé que la religion natatelle i li est dm :*ge qu'il en faille une autre ! Par oà
çsoanaîtrai-je cette nécessité ? De quoi puis-je être coupable en servant Dieu selon les lumières qu'il donne à mon esprit, et selon les sentiments qu'il inspire à mon cœur? Quelle pureté de morale, quel dogme utile à ^hommô et honorable à son auteur puis-je tirer d'une repgta positive, que je ne puisse tirer sajis elle du bon tisa-ge dé mes facultés ? Montrez-moi ce qu'on peut ajouter pour Sa gloire de Dieu, pour Le bien de îa société, ;;;- pots? mon propre avantage, aux devoirs de la loi naturelle, et quelle vertu vous ferez naître d'un nouveau culte, oui ne son pas une conséquence du 'mien ? Les plus grar>
i idées de la divinité nous viennent par la raison seule. Voyez le spectacle de îa nature, écoutez la voix intérieure. Dieu ffl'a-î-il pas tout dit à nos, yeux, à notre conscience, h notre Jugement ? Qu'est-ce que les hommes nous diroot
plus ? Lents révélations ne font que dégrader Dieu, ea lîù donnr.nl les passions humâmes. Loin d'éclaircir les cotisas du grand Être, je vofe que les dogmes particulier? Ces embrouiHect ; que, loin de les ennoblir, ils les avilissent ; qu'aux mystères {«concevables qui l'environnent ils ajoutent des contradictions absurdes ; qu'Us rendent fhomme orgueilleux, intolérant, cruel ; qu'au lieu d'établir îa paix sur la terre, ils y portent le fer et le feu. Je rue demande à quoS bon tout cela sans savoir me répondre.
n'y vois que les crimes des hommes et les mJsères du
irë humain.
On me dit qu'il fallait une révélation pour apprendre aux hommes la manière dont Dieu voulait être servi ; on assigne en preuve la diversité des cultes bizarres qu'ils ont institués, et l'on ne voit pas que cette diversité même
A de la fantaisie des révélations. Dès que les peuples
sont avisés de faire parier Dieu, chacun l'a fait parler