‹ Émile, ou, de l'ÉducationChapitre 6 sur 60 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

avec un profane rerpeet noAre bc.tefeur Socrafe; I peina osons-nous lever les yeux sur lui ; il nous comble d'honnêtetés et nous place avec une distinction qui nous humilie encore. li fait ses tours cornue à l'ordinaire ; mais il s'amuse et se complet longtemps à ceîuî d>. canard, en nous regardant souvent d'un air assez fief.. Kous savons tout et nous ne soufflons pas. Si mon élève osait seulement ouvrir la bouche, ce serait un enfan': écraser.

Tout le détail de cet exemple importe plus qu'il n§ semble. Que de leçons dans une seule S Que de suiîe^ mortifiantes &tfu-e le premier mouvement de vanité ! jeune maître, épiez ce premier mouvement avec soin. S! vous savez en faire sortir ainsi l'humiliation, les disgrâces (î)r soyez sûr qu'il n'en reviendra de longtemps un second. Que d'apprêts direz-vous ! J'en conviens, et le tout pour nous faire une boussole qui nous tienne Hep de méridienne.

Ayant* appris que l'aimant agit â travers les autres corps, nous n avons rien de plus pressé que de faire une machine semblable à celle que nous avons vue ; une table évidée, un bassin très plat ajusté sur cette fable, et rempli de quelques lignes d'eau, un canard fait avec Un peu plus de soin, etc... Souvent attentifs autour du bassin, nous ""remarquons enfin que Se canard en repos affecte toujours à peu près la même direction. Nous suivons cette expérience, nous examinons cette direction ; nous trouvons qu'elle est du midi au nord: il n'en faut pas davantage; notr< sole est trouvée, ou autant

vaut ; nous voilà dans la physique,

il y a divers climats sur ta terre, et diverses températures à ces climats. Les saisons varient plus sensiblement à mesure qu'on approche du pôle ; tous les corps se resserrent au froid et s ent à la chaleur ; cet éfj

est plus mesurable dans les liqueurs, et plus sens; dans les liqueurs spiritueuses : de là le thermomètre. Le vent frappe le visage : l'air et donc un corps, un fluide on le sent, quoiqu'on n'ait aucun moyen de le voir. Renversez un verre dans l'eau, l'eau ne le remplira pas, à moins que vous ne laissiez à l'air une issue : l'air est donc

T. Cette humilipt'on, ces disgrâces sont clone de ma f? et non pas de cePe du bateleur. Puisque M. Fo-mey voulait,' de mon vivant, s'emparer de mon livre, et le faire "imprimer sans autre façon que d'en ôter mon nom pour v mettre le sîeix, il devait du moins preî ne dis pas de le com-

poser, mais de h lire.

iÔ" EMILE

capable de résistance. Enfoncez le verre davantage, l'eau gagnera dans l'espace d'air. sans pouvoir remplir tout à fait cet espace : l'air est* donc capable de compression jusqu'à certain point Un ballon, rempli cTair comprimé, oondit mieux que rempli de toute autre matière : l'air est donc un corps élastique. Etant étendu dans le bain, soulevez horizontalement le bras hors de l'eau, vous le sentirez chargé d'un poids terrible : l'air est donc un corps pesant. En mettant l'air en équilibre avec d'autres fluides, on peut mesurer son poids : de là le baromètre, le siphon, la canne à vent, la machine pneumatique. Toutes les lois de la statique et de l'hydrostatique se trouvent par des expériences tout aussi grossières. Je ne veux pas qu'on entre pour rien de tout cela dans un Cabinet de physique expérimentale : tOut cet - il d'instruments

et de machines me déplaît. L'air scientifique tue la science. Ou toutes ces machines effrayent un enfant, ou leurs figures partagent et dérobent î'artention qu'il devrait à leurs effets.

Je veux que nous fassions nous-mêmes toutes nos machines, et je ne veux pas commencer par faire l'instrument avant l'expérience ; mais je veux qu'après avoir entrevu l'expérience comme par hasard, nous inventions peu à peu l'instrument qui doit vérifier. J'aime mieux que nos instruments ne soient point si parfaits et 3i justes, et que nous ayons des idées plus nettes de ce qu'ils doivei I ?t en r*«»iî^

ter. Pour ma crémière leçon de statique, au lieu d'aller chercher des balances, je mets un bâton en travers sur le dos d'une chalce, te mesure la longueur des deux parties du bâton en équilibre, j'ajoute de part et d'autre des poids, tantôt t tantôt inégaux ; et, le tirant ou le

potr°-- nt a aire, je trouve enfin que

l'équilibre résulte d'une proportion réciproque entre la quantité des poids et la longueur des leviers. Voilà déjà mon petit physicien capable de rectifier des balances avant que d'en avoir vu.

Sans contredit, on prend des notions bien plus claires et bien plus sûres des choses qu'on apprend ainsi de soi même, que de celles qu'on tient des enseignements d'autruî ; et, outre qu'on n'accoutume point sa raison à se. soumettre servilement à l'autorité l'on se rend plus ingénieux à trouver des rapports, à lier des idées, a inventer des instrument?, que cuand, adoptant tout cela tel gu'oa nous le donne, nous laissons affaisser notre esprit dans nonchalance, c Quf, toujou

habillé, chaussé, servi par ses gens et traîné par se

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