LIVRE ÎII
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blante d'impatience. Enfin son tour vient; le maître l'annonce avec pompe. H s'approche un neu honteux, il tire son pain... Nouvelle vicissitude des choses humaines î le canard, si privé de la veille, est devenu sauvage aujourd'hui; au Heu de présenter le bec il tourne la queue et s'enfuît; il évite le pain et la main qui le présente avec autant de soin qu'il les suivait auoaravant. Après Trille essais inutiles et toujours hués, l'enfant se plaint, ûlî qu'on le trompe, 0"° r'e°4 un autre canard qu'on a substitué premier, et défie le ioueur de gobelets d'attirer celui-ci
Le îoueur de gobelets, sans répondre, prend im morceau de pmn, le présente au canard : à l'instant le canard suit le pain et vient à la main qui le retire. L'enfanî prend le même morceau de pain, mais loin de réussir oiieux qu'auparavant, il voit le canard se moauer de lui et fa?re des pirouettes tout autour du bassin : il s'éloigne enfin tout confus, et n'ose plus s'exposer aux huées.
Alors le joueur de gobelets prend le morceau de p^în que l'enfant avait apporté et s'en sert avec autant de succès que du sien : il en tire le fer devant tout le monde, au^e risée à uns dépens; puis de ce pain ainsi vidé, il attire le canard comme auparavant II fait la même chose avec un autre morceau couoé devant tout le monde par une main tierce, il en fait autant avec son gant, avec le bout de son doigt ; enfin il s'éloigne au milieu de la chambre, et, d'un ton d'emobase propre à ce3 gens-là, déclarant que son canard n'obéira pas moins à sa voix ou'a s^n pp°te, il lui parle <et le canard obéit ; il lui dit d'aller à droite et il va à droite, de revenir et 0 revient, de tourner et il tourne • le mouvernpit t*ct aussi pro*not que TordTe. Les applaudissements redoublés sont autant d'affronts pour nous. Nous nous évadons sans être aperçus, et nous nous renfermons dans notre chambre, sans aller raconter nos succès à tout le monde comme nous l'avions projeté.
Le lendemain matin l'on fraooe â notre porte; J'ouvre : c'est l'homme aux gobelets. I! se plaint modestement de notre conduite. Oue nous avait-il fait pour nous engager a vouloir d^créditer ses ieux et lui ôter son gasrne-oain ? Qu'y a-t-il donc de si merveilleux dans l'art d'attirer un canard de cire, oour acheter cet honneur aux dépens de la subsistance d'un honnête homme?' Ma foi, messieurs, si j'avais quelque autre talent pour vivre, je ne me glorifierais guère de celui-ci. Vous deviez croire Qu'un homme qui a pass4 sa vie à s'exercer à cette chétive industrie en sait là-dessus plus que vous qui m vous en occupez
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que quelques moments. Si Je re vous af pas d'abord montré mes coups de maître, c'est qu'il ne faut pas se presser d'étaler étourdiment ce qu'on sait : j'ai toujours soin de conserver me- zurs tours pour l'occasion, et
après celui-ci j'en ai d'autres encore pour arrêter de jeunes indiscrets. Au reste, messieurs, je viens de bon cœur vous apprendre ce secret qui vous a tant embarrassés, vous priant de n'en pas abuser pour rne nuire, çt d'être plus retenus une autre fois.
Alors il nous montre sa machine, et nous voyons avec la dernière surprise qu'elle ne consiste qu'en un aimant fort et bien armé, qu'un enfant caché sous la table faisait mouvoir sans qu'on s'en aperçût.
L'homme replie sa machine; et, après !q,i avoir fait nos remerciements et nos excuses, nous voulons lui faire un présent : ii le re l'use. « Non, messieurs, je n'ai pas assez à me louer de vous pour accepter vos dons; je vous laisse obligés à moi malgré vous; c'est ma seule vengeance. Apprenez qu'il y a de la générosité dans tous les états: je fais payer mes tours et non mes leçons. *
En sortant, il m'adresse à moi nommément et tout hau'. une réprimande, j'excuse volontiers, me dit-il, cet enfant, il n'a péché que par ignorance. Mais vous, monsieur, ( deviez connaître sa faute, pourquoi la lui avoir laissé" faire ? Puisque vous vivez ensemble, comme le plus âgé voue lui devez vos soins, vos conseils : votre expérience est l'autorité qui doit le conduire. En se reprochant, étant
nd, les torts de sa jeunesse, il vous reprochera sa doute ceux dont vous ne l'aurez pas averti (1).
il part et nous laisse tous deux très confus. Je me blâme de ma molle facilité; je promets à l'enfant de la sacrifier une autre fois à son intérêt, et de l'avertir de ses fautes avant qu'il en fasse; car le îiemps approche où nos rapports vont changer, et où la sévérité du naître doit succéder à la complaisance du camarade : ie eiian cément doit s'amener par degrés ; il faut *out prévoir, et tout prévoir de fort loin.
Le lendemain nous retournons à la foire pour revoir le tour dont nous avons appris le secret. Nous abordons.,
ï. Aî-je dû supposer quelque lecteur assez stupide pour ne pas sentir dans celte réprimande un discours dicté mot à mot par le gouverneur pour aller à ses vues ? At-on dû me supposer assez stupide moi-même pour donner naturellement ce langage à un bateleur ? Je crc. it preuve au moins
du ialent assez médiocre de faire . s pens dans l'esprit
de leur état. Voyez encore la fin de l'aliéna suivant. N'étaitce pus tout dire pour tout autre que M. Formey ?