‹ Émile, ou, de l'ÉducationChapitre 60 sur 60 · LIVRE iv im · texte numérisé non relu

LIVRE iv im

ssf point celle qu'on en au peapîo,

[ij jtvrç de Bossue* ne ressemble guère aux tns-* action» du prône. Pouf bien juger d'une religion, fî m faut pas I étudier dans les livras de ses sectateurs, H faut aller l'apprendre chez eux ; cela est fort différent. Chacun a ses traditions, son sens, ses coutumes, ses pré** jugés, qui font l'esprit de sa croyance, et qu'il y faut joindre pour en juger*

Combien de grands peuples n'impriment point de livres et ne lisent pas les nôtres 1 Comment jugeront-Us de nos opinions ? comment jugerons-nous des leurs ? Nous fôg raillons, ils nous relient : ils ne savent pas nos raison», nous ne savons pas les leurs ; et si nos voyageurs les tournent en ridicule, il ne leur manque, pour nous îo rendre, que de voyager parmi nous. Dans quel pays n'y a- 1-H pas des gens s. s de bonne foi, d'honnêtes

gens amis de la vérité, qui, pour ta professer, ne cher* chent qu'à la connaître ? Cependant chacun ta voit dans son culte, et trouve absurdes les cultes des autres nations: donc ces cultes étrangers ne sont pas si extravagants qu'ils nous semblent, ou la raison que nous trouvons dans les nôtres ne prouve rien.

Nous avons trois principales reîîgïoflS en Europe L'une admet une seule révélation, l'autre en admet deux., l'autre en admet trois. Chacune , maudit les deux autres,

îcs accuse d'aveuglement, d'endurcissement, d'opiniâtreté^ mensonge- Quel honnie impartial osera juger entrô telftss $'t\ n*a premièrement b?e?î pesé tew$ preuves, .hto écouté leurs raisons ? Celle qui n'admet qu'uite révélation est la plus ancienne et paraît la plus sûre ; celle qui ©a admet trois csv la pVas. moderne et parait la plus conséquente ; celle qui en admet deux et rejette la troisième» peut bien être la meilleure, mais elle a certainement tous les préjugés contre elle, l'inconséquence saute aux yeux,

Dans les trois révélations, les livres sacrés sont écrits m des langues inconnues aux peuples qui «es suivent Les juifs n'entendent plus l'hébreu, les chrétiens n'entendent ni l'hébreu ni le grec, les Turcs ni les Persans n'entendent point l'arabe, et les Arabes modernes euxmêmes ne parlent plus la langue de Mahomet Ne voilà» t-il pas une manière bien simple d'Instruire les hommes, de leur parier toujours une langue qu'ils n'entendent point ? On traduit œs livres, dira-î-on ; belle réponse î Qui m'assurera que ces livres sont fidèlement traduite, qtfil est même pc vient? et, quand Dieu

l<é» êMïLB

fait istiï (j!ft ffê parier atts hommes, pourquoi f&fct-iî qu'il

fijt besoin d'foterprète ?

Je ce concevrai Jamais que ce que tout homme Êsi obligé «Se savoir soit enferme dans des livres» et que celui cfui "n'est à portée ni de ces livres nî des gens qui les entendent soit puni d'une ignorance involontaire. Tcv JouçB'âes livres! quelle marne! Parce oue l'Eurooe esi pleine de Êivres; les Européens les regardent cor.. Indispensables, sans songer que sur tes trois quarts 13 terre on n'en a samats vu. Tous les livres n'ont-ils pa& été écrits par des hommes ? Comment donc l'homme en aurait-iî besoin pour connaître ses devoirs, et gueîs moyens avait-il de les connaître avant que ces livres fissent- faits ? Ou fi apprendra ses devoirs de lui-même, ou il est dispensé de les savoir.

Nos catholiques font grand bruit de l'autorité cft remise ; mais que gagnent- ils à cela, s'il leur 'îaut tii; aussi grand appareil âe preuves pour établir cette autorité» qu'ans autres sectes pour établir directement ïeui doctrine? l'Eglise décide que l'Eglise a droit de décider, Ne voiîà-i-l! pas une autorité bien prouvée ? Sortez de la, tous rentres dans toutes nos discussions.

Connaissez-vous beaucoup de chrétiens qui aient prfe la peine d'examiner avec soin ce que le judaïsme allègue eotstre eux ? Si quelques-uns en ont vu quelque chose, c'est dans les livres des chrétiens. Bonne manière de e'instruire des raisons de leurs adversaires ! Mais comment faire ? Si quelqu'un osait publier parmi nous des livres ou l'on favoriserait ouvertement le judaïsme, nous punirions l'auteur, l'éditeur, le libraire (l). Cette police est commode et sûre pour avoir toujours raison. Il y a plaisir à réfuter des gens qui n'osent parler.

Ceux d'entre nous qui sont â portée de converser âvec des juifs ne sont guère plus avancés. Les malheureux se tentent à notre discrétion ; la tyrannie qu'on exerce envers eux les rend craintifs ; ils savent combien peu Finlustice et îa cruauté content à la charité chrétienne ; €£u*C3eyoïï£*!!s él?v sans s'exposer à nous faire crier au

Y. ÏSnfre ffiî?1« faits e£mfms. en voîe? un qtrî n9x pas besoïa <2e commentaire. Dans le XVTe siècle, les théologiens catholîQuefl avant condamné au fera tous les îivres des juifs, sans distinction. filHustre et savant Reuchlin. consulté sur celte agraire, sV.i arrira de terribles qtrî faillirent le perdre, peter

M?RE î? -389

tJâs&Sè^te ? V&iïàkê Rot© dorms du âàfô ec i© ^sartf trop riches pour n'avoir pas tort. Les plus savants, les pïts

inires sont toujours les plus circonspects. Vous c^nvertirez quelque misérable payé pour calomnier sa secte > vous ferez parler quelques vils fripiers, qui céderont pour vous flatter ; vous triompherez de leur ignorance ou de leur lâcheté, tandis que leurs docteurs souriront en silence de votre ineptie. Mais croyez-vous que dans des lieux où ils se sentiraient en sûreté Ton eût aussi ban marché d'eux ? En Sorbonne, il est ciair comme îe four que les prédictions du Messie se rapportent à Jésus-Christ Chez les rabbins d'Amsterda-n, il est tout aussi clair qu'elles n'y ont pas le moindre" rapport Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des fuîfe, qu'ils n'aient un Etat libre, des écoles, des univçrartéa, où Ua puissent parier et disputer sans risque. Alors ssuienaeni

?s pourrons savoir ce qu'ils ont à dire,

A Constant inopie, les Turcs disent leurs raisons, mats nous n'osons dire les nôtres ; Là c'est notre tour de ramper. Si les Turcs exigent de nous pour Mahomet auquel nous ne croyons point, îc -nême respect que no£3 exigeons pour Jésus-Christ des juifs qui n'y croient pas davantage, les Turcs ont-ils tort, avons-nous raison ? Sur quel principe équitable résoudrons-nous cette question?

Les deux tiers du genre humain ne sont ni juifs, ci màhométans, ni chrétiens ; et combien de millions d'hommes n'ont jamais ouï parler de Moïse, de Jésus-Christ ni de Mahomet ? On le nie ; on soutient que nos niissionnaires vont partout. Cela est bientôt dit : mais vontils dans le cœur de l'Afrique encore inconnu, et où jamais Européen fn'a pénétré jusqu'à présent? Vont-ils dans îa Tartane Méditerranée suivre à cheval les hordes ambulantes dont jamais étranger n'approche, et qui, loin voir ouï parler du pape, connaissent à peine îe grand iia ? Vont-ils dans les continents immenses de î'Aiîériqtfê, où des nations entières ne savent pas encore que des peuples d'un autre monde ont mis ses pied3 dans le ir? Vont-ils au japon dont leurs manœuvres les ont • chasser pour jamais, et où leurs prédécesseurs ne sont connus des générations qui naissent que comme des rigants rusés, venus avec un zèle hypocrite pour n'emparer doucement de l'empire ? Vont-ils dans les rems des princes de l'Asie annoncer r*Evangi!e à des liiers de pauvres esclaves ? Qu'ont fait les femmes 1 "" " nde pour qu'aucun missionnaire

tt» pvî&m itt'j gtffe&ar la foi? îroatr^tkft ts&te» «a «d pottf «voir été reclus*

Quand il serait vrai que l'Ëvangite est annoncé par toute la terre, qu'y gagnerait-on ? La veille du jour que le premier missionnaire est arrivé dans un pays, il y est Rarement mort quelqu'un qui n'a pu l'entendre. Or, ditesmoi ce que nous ferons de ce quelqu'un-là ? N'y eût-il dans tout l'univers qu'un seul homme à qui l'on n'aurait (limais prêché Jésua*Christ, l'objection serait aussi forte pour ce seul homme qi;e pour le quart du genre humain.

Quand les Trinistrea de l'Évangile se sont fait entendre aux peuples éloignés, que leur ont-ils dit qu'on pût raisonnablement admettre sur leur parole, et qui ne demandât pâ3 la plus exacte vérification ? Vous m'annoncez un Dieu né et mort il y a deux mille ans à l'autre extrémité du monde, dans je ne sois quelle petite ville, et vous me dites que tous ceux qui n'auront point cru a ce *nystère seront damnés. Voilà des choses bien étran-

s pour les croire si vite sur ta seule autorité d'un homme que je ne connais point ! Pourquoi votre Dieu a-t»$l fait arriver si loin de moi les événements dont U voulait m'oblige? d'être instruit? Est-ce un crime d'ignorer ce qui se passe aux antipodes? Puis-je deviner qui] v a eu dans un entre hémisphère un peuple hébreu et une ville de Jérusalem? Autant vaudrait m'obliger de Savoir ce oui "se fait dans la lune. Vous venez, ditesvous tip Rapprendre : mate pourquoi n'êtes-vous pas venu' l'apprendre à mon père, ou pourquoi damnez-vous ce bon vieillard pour n'en avoir jamais rien su ? Uoit-il Ê*'r* Éternellement puni de votre paresse, lui qui était si bon si bienfaisant* et qui ne cherchait que la vente ? Soyez do bonne foi, puis mettez-vous * ma place : vc >] êI le dote sur votre seul témoignage, croire toutes les choie' incroyables qw vous me dites, et concilier tant dMmustïces avec le Dieu juste que vous m annoncez. 5 afsser--noi, de prâce. aller voir ce navs lointain ou «Wrèreni tant de merveilles inouïes dans celui-ci : que

'aille savoir pourquoi les habitants de cette Jérusalem ont traité Dîeu comme ttn hrteand. Ils ne l'ont pas. ditesvous reconnu pour Dieu. Que ferais* donc mol qui nL V» lamsls entendu parler ane par vnns? Vous aîoute* Qu'ils ont été Punis, dispersas opprimes, asservis ; aSftweun d'eux Jarmrocbe plus de la même ville Assu- Xe^L en mérité tout cel* ; mais les habitante

Sffitrd'biii. eue c" ' du d«rMe de leurs prédé-

ewseu»^ lia te nient; fe ne reconnaissent pas non

iJVRE ÏV BAI

m Dieu pc- Autant <•$?.?. Mtffffità fer.

enfanta des autres.

Quoi ! dans cette même ville ou Dteu est mort, les anciens ni les nouveaux habitants ne l'ont point reconnu, et vous voulez que je le reconnaisse, moi qui suis né deux milie ans après à deux mille lieues de là ! Ns voyez-vous pas qu'avant que j'ajoute foi à ce livre Que vous appelez sacré, et auquel je ne comprends rien, je dois 'savoir par d'autres que vous quand et par qui i! & été fait, comment il s'est conservé, comment tj vous est parvenu, ce que disent ât\7\?> le pays pour leurs raisons, ceux qui le rejettent, quoiqu'ils sachent aussi bien que vous tout ce que vous m'apprenez ? Vos sentez bien qu'il faut nécessairement que j'aille en Europe, en Asie, et) Palestine, examiner tout par moi-même ; .il faudrait qu& je fusse fou pour vous écouter avant ce temps-là.

Non seulement ce discours me paraît raisonnable, mais Je soutiens que tout homme sensé doit, en pareil cas, parler ainsi et renvoyer bien' loin le missionnaire qui, avant la vérification des preuves, veut se dépêcher ck l'instruire et de le baptiser. Or je soutiens qu'il n'y a pas de révélation contre laquelle les mêmes objections ou d'autres équivalentes n'aîent autant et plus de force que contre le christianisme. D'où il suit que, s'il n'y n qu'une religion véritable, et que tout homme soit obligé de la suivre sous peine de damnation, il faut passer sa vie à les étudier toutes, à les approfondir, â les comparer, à parcourir les pays où elles sont établies : Nul n'est exempt du premier devoir de l'homme, nul n'a droit de se fier au îu cernent d'autruî. L'artisan qui ne vît que de son travail, le laboureur qui ne sait pas lire, la jeune fille délicate et timide, l'infirme qui peut à peine sortir de son lit, tous, sans exception, doivent étudier, méditer, disputer, voyager, parcourir le monde ; il n'y aura plus de peuple fixe et stable : la ferre entière ne sera couverte que de pèlerins allant à grands frais et avec de longues fatigues, vérifier, comparer, examiner par eux-mêmes les cultes divers qu'on y suit. Alors, adieu les métiers, les arts, les sciences Humaines, et toutes les> occupations civiles : il ne neuf phi$ v avoir d'autre étude que celle de la religion.: à granrî'peîne celui qui aura foui de la santé la plus robuste, le mieux empîové son temps, le mieux usé de sa raison, vécu îe plus d'années, saura-t-'il (]pir)n sa vieillesse à quoi s'en tenir, et ce «era beaucoup s'il apprend avant sa mort dans quel culte il aurait dû vivre.

m am&s

VûaSjeg^qns Tâjà&p cafte cnéSnoâe t$ ôaaner îa tnoaîaqts prise à l'autorité des hommes? ô l'instant vous fcd rendez tout ; et, si le fils d'un chrétien fait bien de cuivre, sans un examen profond eî impartial, la religion de son père, pourquoi Le fils d'un Turc ferait-il mal de suivre de même la religion du sien ? Je défie tous les intolérants du monde de répondre à cela rien qui contente un honrne sensé.

Pressés par ces raisons, les uns aiment mieux taire Dieu injuste et punir les innocents du péché de leur père, que de renoncer & îetir barbare dogme. Les autres se tarent d'arfaire en envoyant obiigeaiuxuent un ange instruire quiconque, dans une ignorance invincible, aurait vécu moralement bien. La belle invention qv& cet ange I Non contents de nous asservir à leurs machines, ils mettent Dieu lui-même dans la nécessité d'en employer.

Voyez, mon Sis, à quelle absurdité mènent l'orgueil eî rintoiérance quand chacun veut abonder dans son sens, et croire avoir raison exclusivement au reste du genre humain, je prends à témoin ce Dieu de paix que j'adore et que je vous annonce, que toutes mes recherches ont été sincères ; mais voyant qu'elles étaient, qu'elles seraient toujours sans succès, et que je m'abimai3 dans un océan sans rives, je suis revenu sur mes pas et j'ai resserré ma foi dans mes notions primitives. Je n'ai jamais pu croire que Dfeu m'ordonnât, sous peine de l'enfer, d'être si savant. J'ai donc refermé tous les livres. Il en est un seul ouvert à tous les yeux, c'est celui de la nature : c'est dans ce grand et sublime livre que j'apprends à servir et adorer son divin auteur. Nul n'est excusable de n'y pas lire, parce qu'il parle a tous les hommes une langue intelligible à tous les esprits. Quand je serais né dans une fie déserte, quand je n'aurais point vu d'autre homme que moi, quand je n'aurais jamais ««««•«a ro r»«3« o'p<it faï* nnrirnrteîîionf dans tin coin du

prendrai de moi-même à le connaître, à l'aimer, à aimer ses œuvres, à vouloir le bien qu'il veut, et à remplir pour lui plaire tous mes devoirs sur la terre. Qu'est-ce que tout le savoir des hommes m'apprendra de plus?

(Voir suiic du Livre Quatrième Tome Ul)

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