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volutionnaire celui qui, n'admeltant pas la légitimilé de la société actuelle, travaille à sa ruine.
C'est à cette incessante besogne de Révolution que sont attelés les travailleurs, au sein de leurs Syndicats. Ils se considèrent comme étant en insurrection permanente contre la société capitaliste et ils réchauffent et développent en elle-même l’embryon d'une société où le Travail sera Tout. Cependant, malgré celte attitude conslamment subversive, ils subissent les exigences du régime bourgeois ; mais, tout en se pliant aux nécessités de l'heure présente, ils ne s'adaptent pas aux formes du légalisme et ne le consacrent pas de leur acquiescement, — même quand il s'affuble d'oripeaux réformateurs. Leurs efforts révolutionnaires tendent à conquérir sur la Bourgeoiïisie des améliorations parcellaires, — qu'ils ne tiennent jamais pour définilives. Aussi, quelle que soit l'amélioration qu'ils arrachent, pour si importante qu'elle puisse paraltre, ils La proclament toujours insuffisante et, dès qu'ils s'en reconnaissent la force, ils s'empressent d'exiger davantage.
Ces luttes constamment renouvelées, qui sont un harcèlement incessant des exploiteurs, outre qu'elles sapent et désagrègent les institutions capitalistes, outre qu'elles aguerrissent et fortifient la Classe Ouvrière, ont un autre avantage.
C'est celte attitude de permanente insurrection contre l'adaptation définitive aux conditions actuelles qui marque le caractère révolutionnaire du Parti du Travail.
On se trompe, quand on suppose que la violence est toujours la caractéristique d'un acte révolutionnaire ; un tel acte peut aussi se manifester sous des apparences fort modérées et n'ayant rien de la brutalité démoiisseuse que nos adversaires donnent commr, le signe essentiel] du révolutionnarisme.
Il ne faut pas oublier, en effet, que dans la plupart des circonstances, l'acle en soi n'a aucun ca-
racière défini ; celui-ci ne lui est donné que par.
Panalyse des mobiles qui l'ont incité. C'est pourquoi les mêmes actes peuvent, selon les cas, être déclarés bons ou mauvais, justes ou injustes, révolntionnaires ou réformistes. Exemple : tuer un homme au coin d’un boulevard est un crime : en tuer un par l'opération de la guillotine est, au point de vue bourgeois, un acte de justice : tuer un despate est un acte giorifié par certains,honni par d’au-
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tres. Et cependant, en fait, ces divers actes sont identiques : suppression d'une vie humaine !
Donc, par déduction, le révolutionnarisme de la Classe Ouvrière peut se manifester par des actes très anodins, de même que son esprit réformiste pourrait se souligner par des actes excessivement violents. C'est d’ailleurs ce qui se constate aux Llats-Unis : les grèves y sont souvent marquées par des actes de violence (exécution de renégats, attentats à la dynamite, elc.), qui ne sont pas le signe d'un état d'âme révolutionnaire, car le résullat visé par ces grévisles se limite à des améliorations qui ne portent pas atteinte au principe d'’exploitation : la Société actuelle leur parait supportable et ils ne songent pas à supprimer le Salarial.
Par conséquent, ce qui spécifie le caractère révolutjonnaire du Parti du Travail, c'esi que, sans jamais négliger de batailler pour l'obtention d'une amélioration de détail, il poursuit la transformation de la société capitaliste en une société harmonique.
Les améliorations, conquises au jour le jour, ne sont donc que des étapes, sur la route de l'émancipation humaine : le bénéfice immédiat et matériel qu'elles procurent se double d'un avantage moral considérable : elles renforcent l'ardeur de la Classe Ouvrière, exaltent son désir de mieux-être et l'excitent à exiger des modifications plus accentuées.
Seulement, la plus dangereuse des illusions serait de limiter l'action syndicale à l'obtention de ces améliorations parcellaires ; ce serait s’enliser dans un réformisme morbide, Pour si importantes que puissent êlre ces conquêtes, elles sont insuffisantes : elle ne sont que des expropriations partielles des privilèges de la Bourgeoisie ; par conséquent, elles ne modifient pas les rapports du Travail et du Capital. Pour si superbes qu'on imagine ces améliorations, elles laissent le Travailleur sous le régime du Salariat ; il n'en continue pas moins à être sous la dénendance du Maître ! Or, c’est la libération complète qu'il faut à la Classe Ouvrière : c'est l'Expropriation générale de la Bourgeoisie,
Cet acle décisif, couronnement des luttes antérieures, implique la ruine totale des privilèges et si des conflits précédents ont pu revêtir une allure pacifique, il est impossible de supposer que ce choc suprême se produise Sans conflagration révolutionnaire. 8
Résumé Historique
Le Parti du Travail a, pour expression organi-
que, la CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU TRAVAIL, qui ful ‘ fondée à Limoges, au cours du Congrès des Syndicats qui s'y tint en 189%. Mais, si l'on veut rechercher sa gestation et sa filiation, il faut remonter plus haut : en ligne directe, le Parti du Travail émane de l'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAIL- LEURS, dont il est le prolongement historique.
Durant tout le dix-neuvième siècle, les travailleurs lultèrent avec une ténacilé inlassable pour briser les entraves mises par la Bourgeoisie à leurs désirs de groupement ; d'instinct, ils constituaient des groupements de Classe, évidemment embryonnaires, sous le couvert de sociétés de mutualité ou sous forme de sociétés de résistance. Quand, enfin, l'Association Internationale des Travailleurs fut canstitnée. le Prolétariat fut secoué d'un frisson d'espoir ; ses aspirations jusque-là imprécises vrenaient corps et l'avenir lui apparaissait moins sombre
De fait, dans ses « considérants », l'Internaltionale formulait le programme du Parti du Travail ; elle proclamait :
Que l'émancipation des travailleurs doit êlre l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ;.…
Que l'assujetlissement du travailleur au Capital est la source de toute servilude : politique, morale et matérielle ;
Que, pour celle raison, l'émancipation économique esl le grand but auquel doit être suBorponsé tout mouvement politique ;
Que tous les efforts faits jusqu'ici ont échoué, faute de solidarilé entre les ouvriers des diverses professions dans chaque pays, et d’une union fraternelle entre les travailleurs des diverses contrées ;…
La corrélation de théorie et de tactique est formelle ; il n'y a de différenciation que dans le mode de groupement qui, désormais, est le groupe d'intérêts — le Syndicat, — ailors que dans l'Internalionale l'entente générale s'établissait par le groupe d’affinité, la Section, -— où affluaient des éléments hétérogènes. Mais, il faut observer que cette différence dans le mode de groupement était plutôt une conséquence des conditions dans lesquelles la lutte sociale s'engageait sous le second Empire : on
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aurait donc tort d'y voir une dérogation au principe de la luile de classes, d’aulant que les « considérants » ci-dessus notent l'importance que les Internationaux ailachaient au groupement professionnel. \
Maïs, bientôt, deux camps allaient se former au sein de l'Internaltionale : d'un côté, les Centralistes, les Autorilaires, avec Karl Marx qui, selon la formule donnée par son disciple, Eccarius, préconisaient « la conquête du pouvoir politique pour faire des lois au profit des ouvriers » et, de l’autre, les l'édéralistes, les Autonomisles qui, fidèles à l'es. pril de l'Internationale, combattaient celte tendance « au nom de celte Révolution sociale que nous pour- « suivons et dont le programme est : Emancipa- « lion des travailleurs par les travailleurs eux-mé- « mes, en dehors de toute autorité directrice, celte ‘ autorité füt-elle élue et consentie par les travail- « leurs (1) ».
Et les Aulonomistes ajoutaient :
La Sociélé fulure ne doit être rien autre chose que
-l'universalisalion de l'organisalion que l'Intcrnationale
se sera donnée. Nous devons donc avoir soin de rapprocher le plus possible celte organisalion de notre idéal. Comment voudrait-on qu'une sociélé égalitaire et libre sorlit d'une organisalion autorilaire ? C'est impossible. L'Inlérnalionale, embryon de Ja future süciélé humaine, est tenue d’être, dès maintenant, l'image fidèle de nos principes de liberté et de fédéralion, et de rejeter de son Sein tout principe tendant à l'autorité et à la dictature.
Ces principes d'Autonomie et de Fédéralisme, le Parti du Travail les a fait siens.
Renaissance Syndicale.
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Après les événements de 1870-71, après l'effroyabie hécalombe qui suivit l'écrasement de la Commune, la Bourgcoisie, soûle du sang versé, crut avoir étoulfé à jamais, dans la Classe Ouvrière, toute velléité de revendication. Elle oubliait que l'esprit de révolte est une conséquence d'un milieu
(4) Celle citation. ainsi que la Suivante, est extraite de la Circulaire adressée par le & mgrès de la Fédération Jurassienne qui se lint à Sonviller (Suisse), le 12 novembre EE nombre des signataires était Jules Guesde qui,
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social mauvais el non le résultat d'une prédication subversive et que, fatalement, il renailrait tant que le milicu serait favorable à son développement.
Les syndicals avaient grandi, les dernières années du règne de Napoléon IIE, au point d'oser se conslituer en Fédéralion ei, quoique cel organisme rudimentaire ne reliàt que les Syndicats parisiens, son setion de propagande et de solidarilé rayonna sur la province. Ces Syndicats fédérés étaient, en même iemps, affiliés à l'Internalionale ; ils participèrent aux événements insurrectionnels el, la taurmente passée, ceux qui n'avaient pas complèlemenet sombré, durent se lenir Cois.
En 1872 ,un précurseur de la Jaunisse, Barbe- | ret (1), crut l'heure propice, les, révolulionnaires
étant écrasés où dispersés, pour fédérer les rares
syndicats épars et les orienler dans les voies de la sagesse. Vingl-cinq syndicats répondirent à son appel, mais l'Ordre Moral avait une elle frousse des |! organisalions ouvrières qu'il inlerdisit le Cercle de l'Union Syndicale. S'il ñe fut pas pris de mesures direcies contre les syndicats, c'est que leur isolement et leur faiblesse rassurait le gouvernement ; ils continuèrent donc à vivoter, en marge du Code, seulement tolérés.
Dès lors, jusqu'en 1876, l'aclivilé syndicale se ma-
[l nifesta par des délégalions aux xposilions de (il Vienne (1873), de Philadelphie (1876), — délégations fl qui créaient entre les groupements un lien mo- Fi! inentané dont, si réacteur qu'il fut, pouvait difficile-
ment s'offusquer le gouvernement. x L'audace venant, on songea à organiser un Congrès Ouvrier : il se tint à Paris, en 1876, et les délé-
nl gués de soixante-dix syndicats parisiens et ceux de I} trente-sept villes (mandatés par un ou plusieurs hi groupements corporalifs) y parlicipèrent. Ces chif- {il fres indiquent la vigueur renaissante du mouve-
ment svndical : déjà un an avant, en 1875, une slalistique, plutôt au-dessous de La vérité, fixait à cent trente-cinq lé nombre des syndicats existant, lant à Paris qu'en province, preuve manifeste que les travailleurs n'altendirent pas, pour créer des syvndicals, que Ia loi de 1884 leur en ait donné la per-
(1) En récompense de ses lentatives de domestication ouvrière, ce Barberei fut nommé (vers 1880) grand manitou mutuellisté au ministère de l'intérieur.
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mission. Cette loi ne fit qu'enregistrer un fail accompli : la Bourgeoisie ne pouvant enrayer l'essor syndical fit contre mauvaise fortune bon cœur en lui reconnaissant une existence légale.
A ce premier Congrès, de 1876, Barhberet pontifia ; cependant, des proleslations s'élevèrent contre sa présence et, dès lors, s'indiqua que les véritables organisations ouvrières, soucieuses de leur dignilé el de leur autonomie, ne condescendraient jamais à se laisser domestiquer.
À celte époque, élait faible la démarcalion entre les organisations politiques et les groupements corporalifs : groupes d'études sociales et syndicats propagandaient de concert, participaient aux Congrès Ouvriers el. ce, avec d'autant plus d'accord que les préoccupalions politiciennnes étaient relégnées à l'arrière-plan. Le mouvement élail nettement antiparlementaire : lous les révolutionnaires faisaient bloc pour enraver l'enlisement Barberelttiste,
Ce danger évité — ct il le ful définitivement aux Congrès de Marseille (1879) et du Havro (1880) — diverses lendances se dessinèrent. Tout d'abord s'accomplit une première coupure entre les antiétalisles, partisans irréduelibles de l’anti-parlemenlarisme (les anarchistes) et ceux qui. avec l'estampille de Karl Marx, mettant en circulation le « Programme Minimum », se réclamèrent du titre de collectivisies et se lancèrent dans l'arène parlementaire, hypnotisés par l'espoir en la prise de possession du Pouvoir.Cette scission initiale était rationnelle, car elle découlail d'une orientation différente. II devenait évident que la marche parallèle n'était plus possible entre les éléments qui subordonnaient tout à la conquête des Pouvoirs Publics et ceux qui gardaient leurs espoirs en l'action révolutionnaire.
Mais, si cetle séparation s'expliquait par une divergence de principes, autant ne peut s'en dire des SCISSIONS qui Suivirent ; elles ne furent que la conséquence de regretiables, mais falales compétitions électorales. Le désir de capter promptement une majorilé de suffrages incila à des atténuations de programme ; les intransigeants. fidèles au « Programme Minimum », furent appelés Guesdistes, du nom de leur lcader Jules Guesde, et ceux-ci qualifièrent de Possibilistes ceux qui se réclamaient:plus
particulièrement de Paul Brousse et de Joffrin. C'est au Congrès de Sainl-Ulienne, en 1882, que ja séparalion s'effectua ; les Guesdistes s'y tronvèrent
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en minorité et, après de tumultueuses séances, la se retirèrent pour tenir un Congrès à Roanne,
Quelques années plus tard, en 1890, une nouvelle scission vint accroître l’éparpillement des éléments ouvriers ; elle s'opéra chez les Possibilistes, au Congrès de Châtellerault : les modérés devinrent les Suiveurs de Brousse (les Broussistes), tandis que les éléments révolutionnaires, qui sympathisaient avec Allemane, étaient qualifiés d’Allemanisies.
Ces discordes intestines avaient un résultat d'auant plus néfaste que les groupements syndicaux faisaient partie intégrante des diverses Secles en lutte, et tout naturellement, se réclamaient de telle ou telle école, suivant les préférences des militants qui étaient à leur tèle. 1! résuitait de cet élat de choses une compréhensible faiblesse des syndicats. : les travailleurs plus ou moins conscients s'en lenaient trop à l'écart, — el aussi ceux qui se réclamaient d'une secte différente de celle dominant dans le syndicat de leur corporalion. Les organisations corporatives,anémiées par l'esprit politicien étaient donc réduites à n'avoir guère plus d'influence que les groupes d'études sociales, avec lesquels elles se trouvaient en contacl lors de la tenue des Congrès ouvriers.,
Vers l’Autonomie.
Les siluations fausses n'ont qu'un temps. Les syndicats se fortifièrent. Ils sont un mode (trop nécessaire, — puisqu'ils sont le groupement cssentiel, — pour que leur fussent radicalement préjudiciables les compétitions politiciennes, auxquelles ils servaient de champ-clos.
Les syndicats grandirent et, en se développant, en prenant conscience de leur raison d’être et de la mission qui leur incombe, ils songèrent à se dégager des tutelles politiques. La première manifeslalion de celte orientation fut l'organisation d'un Congrès, qui se tint à Lyon en 1886, et auquel pouvaient seuls participer des délégués de Syndicats ; la principale question posée fut la création d'une Fédération, reliant les syndicais.
Le gouvernement crut que cet éloignement des Syndicats des irritantes et discordantes préoccupalions politiciennes allait servir ses projels de domestication ouvrière et, dans l'espoir d'une renaissance du Barberetlisme, il favorisa ce Congrès de ses subventions,
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Cruelle fut sa déception ! L'examen de la loi de 1884, sur les syndicats professionnels, fut la pierre de touche de l'opinion du Congrès. Cetle loi, dont la mise en pratique élait loute récente, fut sérieusement analysée. Il fut élabli que les syndicats n'avaient nullement attendu sa promulgation pour se développer, qu'elle n'avait pas accéléré leur croissance et qu'elle se justifiail uniquement par un désir de préservalion capitaliste et l'arrière-pensée d'arriver, grâce à elle, à canaliser le mouvement corporalif.
Ensuite, il fut décidé la constitution d'une lédération Nalionale des Syndicats pour dresser, sur Île terrain de Ja lutte de classe, en face de la puissante organisation bourgeoise, les groupements corporatifs, à litre défensif et offensil.
Mais les ravages de la politique, pour si considérables qu'ils fussent, n'étaient pas encore, dans l'esprit de tous, tellement patents pour qu'on songeat à en rendre le retour impossible. Aucune mesure prophylactique ne fut prise, aussi, le Parti Syndical, qui tendait à se consliluer en dehors des écoles socialistes, continua à êlre tiraillé par elles et les syndicals leur restèrent inféodés. Cependant, malgré que l'atmosphère de la Fédération des Syndicals fût encore chargée de miasmes politiciens, les idées particulières au Syndicalisme y germaient et y prenaient corps. C'est ainsi qu'à son troisième Congrès, tenu à Bordeaux, en 1888, le principe de la Grève Générale fut volé ; une autre motion, adoptée aussi, « engageait les travailleurs à se séparer « des poliliciens.… ct à organiser solidement les « Chambres syndicales qui...constitueront seules la « grande armée des revendications sociales. n C'est ainsi, encore, que le Congrès suivant (Calais, 1890) engageait les travailleurs, au lendemain du 17 mai 1891, à « se rendre à l'usine comme de cou- « ume, ct à s'en aller, après huit heures de pré- « sence, que le palron le veuille ou ne le veuille « pas. »
Ces tendances d'aclion économique allaient se développer, malgré l’opposilion faite par l'école socialisie (les Guesdistes) alors en majorité à la Fédération des Syndicats : on le vit bien au Congrès de Marseille, en 1892 ; malgré la pression des Guesdisles, l'efficacilé de ja Grève Générale était à nouveau affirmée, en même temps qu'était proclamée l'inanilé de l'intervention des Pouvoirs Publics,
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Une tare, résultant de la prédominance donnée aux préoccupations politiciennes par la Fédération des Syndicats, rendait impossible adaptation de cet organisme aux besoins du Syndicalisme se manifestant de plus en plus nettement : elle groupail les syndicats, seulement par unités, de sorte qu'ils reslaïient isolés dans cet amalgame (qui n'avait de fédéralif que le nom) et elle ne s'était pas préoccupé de nouer entre les unités syndicales les relations indispensables, au double point de vue local æt corporatif. Or, comme « la foncuon crée l'organe » il
était fatal que so réalisAt un groupement adéquat
aux besoins des syndicats. }
Déjà s'étaient créées des Bourses du Travail, coordonnant dans le rayon local les forces syndicales ; déjà, aussi, s'étaient créées des Tédérations corporatives, reliant les syndicats de même profession, d'un boul de la France à l’autre. Maïs ces organismes vivaient, sinon isolés, du moins sans rapports réguliers.
En 1892, la création de la Fédération des Bourses du Travail répondit à une moitié du desideratum syndical ; quoique ne groupant que les Bourses du Travail, ou Unions locales de professions diverses, celle acquit rapidement une influence considérable. It ceia, parce qu'elle sut répondre aux aspirations d'union économique, abstraction faite des opinions poliliques. Ces tendances à:la cohésion économique se précisèrent au Congrès des Svndicats organisé par la Fédération des Bourses et qui se tint à Paris, en juillet 1893. La résolution suivante, qui v fut adoptée, pose définilivement et avec nelteté, le Statut fondamental de l'organisme de Classe qu'allait
être la Confédéraiién Générale du Travail :
Tous les Syndicats ouvricrs devront, dans le plus bref délai : 1° Adhérer à leur Fédéralion de métier ou en creer une s'il n'en existe pas ; se former en Fédération locale ou Bourse du Travail, puis ces Fédéralions et Bourses du Travail devront se constituer en Fédéralion Nationale ;
2° Les Fédéralions nationales de métier, une fois formées, devront s'entendre avec les Fédérations des auires pay$, et constiluer des" Fédérations internalionales.
Par esprit de concilialion, ce Congrès émit le vœu que la Fédération des Bourses du Travail et la l'édération des Syndicals se fondissent en une seule organisation. C'est au Congrès de Nantes, en 1894, que devait être tentée cêtte fusion ; mais, au lieu du
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rapprochement souhailé, il y eut scission définitive. Il n'en pouvait être autrement : l'orientation des tendances en présence imposait ce divorce. La question de la Grève Générale fut la pierre de touche : un large débat prouva le désaccord théorique et Lactique entre l'action politico-parlementaire et l'action économique ; le vole qui le sanclionna donna la victoire à ceux qui allaient devenir les Syndicalistes : 67 voix se prononcèrent pour la Grève Gé nérale et 37 contre.
Ce fut l'effritement de la Fédération des Syndicats et le Congrès le comprit si bien qu'il décidait la constitution d'un Conseil Nalional Ouvrier, — qui peste un an, jusqu'au Congrès de Limoges, en DJ,
Essor Economique.
La rupture du Congrès de Nantes a une portée plus considérable que le simple divorce avec ‘es éléments politiciens ; elle entraîne la rupture définitive avec le régime capitaliste. La Classe :‘mviière va se forger des organismes autonomes qui vont être, dans le présent, des organismes de lu'te et qui, dans l'avenir, recèleront assez de force révélutionnaire pour se dresser en face des ins:tutions poliliques el administratives de la Bourgensie et les détruire ou les absorber, selon que ses SCra.
Au Congrès de Limoges, la création de la Coxvr- DÉRATION GÉNÉRALE DU TRAvAIL n'alla pas sans résistances. L'article premier du statut confédéral posait le principe qui allait vivifier les groupements corporatifs : les éléments constituant la Confédération devront se tenir en dehors de toutes les écoles politiques. Il souleva de passionnées discussions. Malgré tout, il fut adopté à une énorme majorité : sur 150 voix exprimées, 124 se prononcèrent pour, et seulement 14 contre,
. Les partisans de la prédominance de l'action yrlitique proposaient que, seule, la Confédération fût tenue de rester à l'écart de la politique ; quant axx Syndicats, ils eussent eu la faculté d'en fa'rs ou non. Cette thèse fut repoussée. Cependant, dans la pratique, trop de fais, c'est celle qui fut suivie. Le Congrès avait posé un principe indicatif d'orientation, mais nul ne ponvait — ct ne songea, — à en “imposer autorilairément le respect. Ces choses relèvent du degré de conscience des travailleurs,
oui
L'important élait d'affirmer la nécessité du groupement sur le terrain économique, avec élimination de toute préoccupation politicienne. Quant à la germanisation et au développement de ce principe, ce n'élait plus qu'une affaire de temps et d'’iniliative des militants
Durant les cinq années qui suivirent, la C. G. T. demeura à l'état embryonnaire. Son action fut presque nulle et sa plus grande somme d'activité se dépensa pour souligner un regrettable antagonisme surgi entre elle et la lédération des Bourses du-Travail. Cette dernière organisation, qui était alors autonome, concentrait toute la vie révolutionnaire des Syndicats, tandis que végétait péniblement la C. G. T. qui, à ce momentlà, n'englobaït que les lédérations corporatives.
En ce laps de temps, l'impulsion et l'orientation fut donnée à la Confédération par les éléments qui, depuis, se sont plus particulièrement classifiés sous l'étiquette réformiste. Comme les politiciens ne pouvaient accaparer cet organisme, ils le dédaignèrent; certains de leurs disciples y furent pourtant majorité, mais gênés par [a décision du Congrès de Limoges, ils n’y purent faire de la politique pure, et, d'autre part, manquant de {oi en la valeur de l’action économique, ils ne firent rien pour que se développât la Confédération.
Ce n'est qu'après le Congrès corporatif qui se tint à Paris, en 1900, alors qu'eût élé créé l'organe Confédéral (La Voix du Peuple), alors que les éléments révolutionnaires affluèrent et prédominèrent à la Confédération, que, sous cette double influence, cet organisme Sortit de son état de larve.
Dès lors, son essor alla grandissant. En 1900, à l'ouverlure du Congrès de Paris, elle groupait seulement 16 Fédérations nationales et 5 organisations diverses ; or, en septembre 1904, à l'ouverture du Congrès de Bourges, elle groupait 53 Fédéralions corporalives où Syndicats nalionaux et une quinzaine de Syndicats isolés. D'autre part, sous l'impulsion des éléments révolutionnaires, il se créait, entre la l'édération des Boures du Travail et la C. G. T., une sorte d'unilé morale, précieuse pour la lutte et préludant à ce qu'on a appelé depuis « l'Unité Ouvrière ». Cette Unité, le Congrès de
Montpellier, en 1902, la proclamaïit nécessaire et.
la réalisait par la soudure, en un seul Orga-
nisme, de la Fédération des Bourses du Travail et de la Fédération des Fédérations nationales corporatives, — qui avait été jusque-là la Confédération.
Ainsi, à neuf ans de distance, élait organiquement réalisée la motion adoptée, en 1893, par le Congrès des Syndicats qui se tint à Paris.
Depuis le Congrès de Montpellier, Ja COoNréÉDÉRA- TION GÉNÉRALE DU TRAVAIr, — dont la structure organique semble être fixée..…., sauf légères modifications de détail dont la nécessité peut venir, — a eu un grandissement normal : elle est désormais une Force avec laquelle doit compter la Société bourgeoise ; «elle se dresse, face au Capital et face à l'Etat, avec la volonté, — non seulement d'amoindrir leur nuisance, — mais de préparer et de réaliser leur ruine définitive.
En le rapide coup d'œil historique qui précède, nous avons vu les groupements corporatifs en travail pour se constituer un organisnie libéré de toutes les tutelles et. apte aux besognes révolutionnaires qu'ils poursuivent. Mieux que des affirmations doctrinales, cet examen panoramique révèle la puissance du PARTI DU TRAVAIL et montre que l'orientation économique des Syndicats n'est pas un phénomène momentané, mais bien la conséquence logique du développement de la conscience ouvrière.
Le programme du parti nouveau est concis ; l'article premier des Statuts de la Confédération le résume :
La C. G. T. groupe, en dehors de toute école politique, ious les travailleurs conscients de la luite à mener pour la disparition du Salariat et du Patronat.
Cette brève pétition de principe contient toute l'essence de Ja doctrine syndicaliste ; elle en est la précise définition. Quant aux autres articles des statuts de la C. G. T., ils sont l'expression du moment et, par conséquent, sujets à modification comme fout organisme vivant. Il n'y à pas à les considérer comme un cadre indéfectible, mais comme la forme de cohésion des masses ouvrières, la mieux appropriée aux nécessités de la lutte présente. Ce n'est pas son cadre statutaire qui érige en puissance le PARTI DU TRAVAIL; sa force résulte des individus qui en sont les unités
composantes et de l'intensité de l'esprit de révolte qui les anime.
Ce qui différencie le Syndicalisme des diverses écoles socialistes — et fait sa supériorité — c’est sa sobriété doctrinale. Dans les Syndicats, on philosophe peu. On fait mieux: on agit! Là, sur le champ neutre qu'est le terrain économique, les éléments qui affluent, imprégnés des enseignements de telle ou telle école (philosophique, politique, religieuse, etc.) perdent au frottement leurs rugosités particulières, pour ne conserver que Îles principes communs à fous: la volonté d’amélioration et d'émancipation intégrale. Et c'est pourquoi, — sans établir aucune barrière doctrinale, sans formuler aucun credo, — le Syndicalisme apparaît comme la quintessence pratique des diverses doctrines sociales. .
Car, ce n'est pas qu'en théorie que le PARII Du TRAVAIL a figure à part, sa tactique et ses méthodes d'action lui sont propres et loin de s'inspirer de l'idée démocratique, elles en sont la négation. Mais, tactique et méthodes d'action sont si naturelles que les travailleurs, même les plus saturés de démocratisme, dès qu'ils sont entrés dans les organisations corporatives, v subissent l'influence du milieu et agissent comme tous les camarades, — en syndicalistes.
Les inéthodes d'action syndicale ne sont pas l'expression du consentement des majorités se manifestant par le procédé empirique du suffrage universel : elles s'inspirent des movens grâce auxquels, dans Ja Nature, se.manifeste et se développe la Vie, en ses nombreuses formes et as: pects. De même que la Vie est d'abord apparue par un point, une cellule; de même qu'au cours du temps, c'est toujours une cellule qui est élément de fermentation, de transformation ; de même, dans le milieu syndicaliste, le branle est donné par les minorités conscientes qui, par leur exemple, par leur élan (et non par injonctions autoritaires) attirent dans leur ravonnement et en. traînent à l'action la masse plus frigide.
Ce procédé tactique, c'est l'Action Directe en action! D'elle découlent tous les modes de l'activité syndicale. Grève, Boycottage, Sabotage, etc., ne Sont que des modalités de l'Action Directe,
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