NOR
Quelle situation occupe, dans la société actuelle, le Travailleur, — le Salarié ?
C'est ce qu'on n'enseigne pas à l'école laïque.
Il incombe donc aux ‘intéressés de parfaire euxmêmes, sur ce sujet, leur instruction, négligée volontairement par les pédagogues bourgeois. Il ne faut d'ailleurs, pour cela, ni grande science ni puissance cérébrale énorme. Il suffit simplement de bon sens.
Les questions sociales ne sont pas matière ardue, absconce et abstraite, Pas n'est besoin d'être grand clerc pour se convaincre que tous les êtres humains doivent avoir l'existence assurée et n'être pas obligés de mener, du berceau à la tombe, une! vie de galériens.
Or, un tantinet de claïrvoyance et de réflexion amène le travailleur à constater qu'il s’en faut de beaucoup qu'il en soit ainsi ! Son. sort est à la merci du, MAITRE. Jamais il n'a le pain du lendemain assuré. Aujourd'hui, s'il trouve un patron (à l’enrichissement duquel il travaille) qui consente à l'employer, il vivote péniblement, mais, si ce patron, pour des môtifs divers, le congé voilà ce tra- Vailleur face à face avec la misère... Toutes les angoisses du chômage l'étreignent !
La Loi (expression codifiée des « grands » principes de 1789) a — en dérision ? — proclamé le Pauvre l'égal du Riche. Et voici que ce Pauvre, en qualité d'Homme Libre, trimballe sa carcasse à la recherche d'un exploiteur qui veuille de lui comme esclave volontaire. S'il regimbe, refusant de prostituer ses muscles et son cerveau au bénéfice du Bourgeois, il ne se soustrait au Salariat que pour se vouer à à la Misère.
Un tel sort est-il exceptionnel ?
Hélas, non ! C'est le lot de tous les travailleurs, —
c'est le sort fait au Peuple du xx° siècle! (
ARS est-an amené à conclure qu'entre PEUT
précaire du Salärié moderne et celle des Esclaves du monde antique ou des Serfs du Moyen-Age, il n'y a pas de différence essentielle.
Certes, le Salarié moderne bénéficie (dans une faible proportion) des progrès scientifiques et industriels qui modifient l'habitat social : il mange dans des assiettes qui eussént paru luxueuses à l'esclave antique ; il S'’éclaire au pétrole, à la bougie, au gaz ou à.l’électricité, — tous modes d'éclairage qui sont
fort loin des quinquets fumeux ou des torches de résine du Moyen-Age.
Maïs, ces merveilles du génie humain — et tant d'autres qu'il est superflu d'énumérer, — si elles peuvent être des condiments du bien-être et du bonheur, n'en constituent pas les éléments essentiels. Pour être heureux, il ne suffit pas de jouir de la vue, — on mème de disposer, dans la mesure qu'on a le gousset garni, — d'automobiles, de chemins de fer, de télégraphes, de téléphones, etc.
Le bonheur, — qui est la sublimation, du bien-être, — découle d'un équilibre normal entre l'effort productif et la possibilité de consommer, — équilibre permettant de jouir de la vie sans contraintes ni inquiétudes. Le bonheur consiste dans la sérénité d'esprit résultant de la certitude de l'existence assurée, dans le présent et l'avenir; il consiste à n'être &ous la Subordination de personne, — pas plus patron que dirigeant, — et à se savoir, moralement comme matériellement, un être autonome, libéré de toutes les entraves et de toutes les Servitudes découlant de volontés humaines. ”
Or, la science, si merveilleux que soient les progrès qu'elle réalise, ne modifie pas es rapports Sociaux qui placent le Travailleur sous la dépendance du Capitaliste. Ces rapports sont toujours ceux dé Maître à Esclave. Evidemment, au cours des ägés, sous la poussée de l'esprit de révolte, ïls se sont atténués, — au moins dans la forme.
Nominaléement, le Salarié est un Homme Libre, alors que l'Esclave antique était une marchandise vivante, dont on faisait trafic, et que le Serf du Moyen-Age était une chose impersonnelle, attachée à la glèbe et subissant les fluctuations du domaine sur lequel il végétait. Mais, cette libération, toute fictive et légale, n'a pas dégagé le Salarié de son aSsujettissement économique. En fait,il est à la complète merci du Capitaliste. Mènie, pat certains côtés, son ‘sort cst plus aléatoire que celui de l'Esclave
antique : la valeur mareliande dé ce dérnier le fai sait apprécier du propriétaire qui avait intérêt à conserver Sa « marthandise » en bon état, pour én éviter Ja dépréciation. i
Dé n0$ jours, le Capitaliste n’est blus propriétaire du Travailleur, — il se borné à Le louer: de Ja Sorte, la responsabilité de l'exploiteur est réduite au minimum: il n'a à répondré que des «risqués locatifs » et encore, en cé cas, — c'est-à-dire en cas d'accidents, de brusque rupture de contrat, etc., — le loueur d'ouvriers trouve dans la loi le moyen d'éluder sa réspongabilité. Puis, quand avec l'âge, la vigueur productive du salarié baisse, le patron: ne subit aucurëé perte : il congédie cet ouvrier sans valeur, malgrét que ce malheureux dit pu, durant longtemps, contribuer à l'édification de sa fortune.
Ainsi, dans la société actuelle, le Prolétaire n'a jamais Ja Miche du deïnain asSurée et Son labeur eésquiniant ne le garantit pas des misères qu'il entrevoit : chomage, maladie, vieillesse... Et il n'a pas à S'illusionner ! Il n'a pas à espérer qu'avec de l'ordre, de l'économie, de la résignation — et Autres « vertüs # émollientes dont ses éducateurs l'ont saturé, — il pourra éviter ia malechancé qui, résultant d'une organisation Sociale défectueuse, frappe indistinctément et aveuglément. En effet, son salaire est tellement insuffisant qu'il l’absorbe au fur et à mesure, pour subvenir à ses besoins ; d'autre part, sa situation est toujours instable, cat il est à Tlab- Solue merci de Son patron qui, sans scrupules peut, aujourd'hui pour dernain, le jeter à la rue.
Comment se crée le Capital
Contrastant avec le sort, — incertain, précaire et sans joie, — qu'est l'existence du Travailleur, celle du Capitaliste est tissée de loisirs et de superflu.
Or, la Vie heureuse de ce privilégié n'est qu'en apparence le résultat, soit de son effort individuel, soit de Son mérité personhel ; en réalité, elle dérive de Sa roublardisé ou de sa scélératesse dans l’accaparement du Capital, — à moins que la fortune ne lui soit venué en dormant, par hasard de naissance et voie d'héritage.
L’effort individuel, hon plus que le métite personnèel, ne Suffisent à expliquer Ja constitution d'une fortune considérablé : l'horhmie qui se bornerait à simplement accuimuler le produit direct de Son tra-
= Au
Vail personnel ; qui ne multiplierait pas la maigre richesse ainsi acquise, en la faisant fructifier, — c'est-à-dire en l'employant à exploiter ses semblables, soit par le commerce, soit par l'industrie, — celui-là pourrait économiser un mince magot, mais non devenir Capitaliste.
Pour devenir Capitaliste, il est d'absolue nécessité d'économiser sur le travail d'autrui.
* Qu'est-ce donc le Capital ?
Du Travail accumulé. de la Richesse cristallisée.
Mais, iniquité formidable, pour que, par son accumulation, le produit du travail, — la richesse, — acquière le caractère de Capital, il est indispensable que son accumulation soit réalisée par d'autres que par ses créateurs. 1!
Les Travailleurs, en mettant en œuvre et en transformant, au gré des besoins et des désirs humains, les produits de la Nature, créent de la Richesse.
Si cette Richesse restait impexsonnelle, — sociale, — elle constituerait l'avoir commun et, multipliée et accrue indéfiniment, grâce aux efforts de tous, elle serait la Source du bien-être général. '
Malheureusement, il n'en est pas encore ainsi!
La Richesse, — CRÉÉE PAR LE TRAVAIL, — est, à sa source, canalisée, individualisée et accaparée par les exploiteurs. Elle est ainsi transmuée par eux, à leur profit égoïste, en Capital.
Par conséquent, dès son origine; le Capital apparaît comme le produit du Vol.
Voici le processus : des parasites, — soit parce que fripouilles, soit parce que détenteurs d'un peu de « richesse » qu'ils ont économisée sur leur production personnelle, — accumulent du « Travail » qu'ils escroquent à ses véritables producteurs et, par cette opération frauduleuse, se constituent du Capital. Cette « soustraction », ils la réalisent très simplement : s'ils sont industriels, et à supposer qu'ils emploient des ouvriers produisant, chacun et par jour, une valeur de quinze francs, ils garderont dix francs, sous prétexte de frais généraux, rémunération du Capital, etc., et ils distribueront en salaire, à l’'ouvrier, les cent sous restant ; s'ils sont commer- Gants, ils vendront huit francs ce qui en vaut trois …
Il n'y a pas de nuances, ni de distinguos à établir dans les prélèvements abusifs et criminels
qu'opère la minorité parasitaire, au détriment de la masse productrice. L'escroquerie sociale Se peypètre avec la même intensité dans toutes les bran-
LE —— © mm, —————————
Tes
ches de l'activité humaine : le propriétaire foncier exploite le paysan qui cultive le sol, tout comme le patron d'usine exploite l'ouvrier et, sont exploiteurs au même titre, la kyrielle de mercantis, de commer-
çants, d'intermédiaires, etc.
Equivalence de la Propriété et de l'Autorité
Ainsi, d'un scrupuleux examen des conditions économiques, il résulte que la société est divisée en deux Classes, aussi distinctes qu'hostiles :
D'un côté, les VoLEuRSs : les Maîtres, — Capitalistes et Propriétaires ;
De l'autre, les VOLÉS: les asservis, — ouvriers @ usines et d'ateliers, employés, mineurs, paysans.
Mais, la Société ne Se présente pas avec cette simplicité schématique : ici le Voleur, là le Volé.
En comparaison de la masse des Volés, les Voleurs sont en nombre infime. Done, s'ils n'eussent tablé pour la perpétuation de leurs privilèges que sur la force physique ou même le prestige individuel, leur règne eût peu duré. Aussi, pour remédier à leur infériorité numérique, ont-ils fait intervenir la ruse: afin de se garantir contre les velleités de révolte de leurs victimes, les Voleurs ont cimenté leurs rapines avec des Principes : ils se sont réclamés de la Propriété, de l'Autorité... La Propriété, qui n'est que l'Autorité sur les choses ; l'Autorité qui n'est que la Propriété des êtres humains...
Les Brigands sont devenus aïnsi des privilégiés et, grâce à l'inconstience et à l'ignorance populaires, ont sanctifié leurs crimes de lèse-Humanité.
Comme de juste, la révélation des PRINCIPES à entraîné l'instauration d'une couche sociale de parasites intermédiaires, — les Souteneurs, — dont la mission à consisté en la: proclamation, la justification, la défense des Privilèges.
Les Souteneurs, — privilégiés eux-mêmes, — ont, grâce à un imbroglio d'institutions venimeuses, collaboré au maintien des Volés sous le joug.
Seulement, aux époques d'ignorance crasse, alors que l'esprit d'examen du Peuple n'était pas à rvedouter, l'imbroglio des institutions parasitaires était peu compliqué; il s'est développé parallèlement à l'élévation du niveau de la conscience populaire, — et c'est ce qui explique pourquoi, de nos jours, le nombre des souteneurs sociaux est plus considérable qu'il ne fut jamais.
D'ailleurs, pour mieux se faire accepter, ces para-
rue 7 UE Hi NN e) aitrnil) A At PE