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sites — prêtres, juges, militaires, etc. — ont su donner aux institutions au cœur desquelles ils se sont, embusqués, une apnarence d'utilité ; cela, afin d’'inciter les naïfs à croire que la Vie sociale est intimement liée au fonctionnement de ces rouages de superfétation et d'écrasement. Ainsi a été justifiée, légitimée la servitude humaïne : la Propriété, l'Autorité Sont devenus le Palladium de l'asservissement.
Mais, il serait oiseux de prétendre établir une primordialité d'apparition dans l'Humanité, entre les deux formes de la conitrainte humaine que symbolisent ces deux « principes ». Aucun n’est antérieur à l'autre, aucun ne découle de l’autre : ils sont adéquats. Aux premiers âges, ils se confondaient l'un dans l’autre et si, dans la suite des temps, il y a eu scissiparité, c’est sous l'influence des phénomènes qui, dans l'Humanité, ont entraîné Ia division du travail. De même que la division du travail se manifestait dans le fonctionnement utile de la société, de même elle s'accomplissait dans les institutions d'asservissement. C’est pourquoi on ne peut concilier la négation de la Propriété avec l'affirmation de l'Autorité ou, vice-versa, l'affirmation de la Propriété avec la négation de l'Autorité.
Prôpriété! Autorité !... ne sont que la manifestation et l'expression divergente d'un seul et unique « principe » qui Se concrète en la réalisation et la consécration de la servitude humaine. Il n'y à donc là qu'une différence d'angle visuel : vu d'une face, l'esclavage apparaît comme un Crime de Propriété, tandis qué, sous une autre face, il se constate comme un Crime d'Autorité.
Dans la Vie, ces « principes » — muselières pour les Peuples, — se sont concrétés en institutions oppréssives dont la facadé seule a varié au cours des âges. À l'heure actuelle, malgré toutes les transformations opérées dans le régime de la Propriété et les modifications apportées dans l'exercice de l'Autorité, — transformations et modifications toutes de surface, — la Soumission, la contrainte, le travail forcé, la faim, etc., sont le lot des classes ouvrières.
C'est pourquoi l'Enfer du Salariat est une géhenne lugubre : la grande majorité des Etes humains y végètent, sevrés de Bien-Etre et de Liberté. Et dans cette géhenne, malgré la décoration démocratique qui la maquille. fleurissent à foison misère et douleurs.
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Cominent se libérer ?
Un jour vient où, fatalement, les réflexions cidessus obsèdent confusément le Travailleur qui, jusque là, émasculé par les préjugés, dévoyé par l'éducation bourgeoise, est resté bénévolemient attelé au joug capitaliste, avec la nonchälante apathie d'un bœuf de labour.
De ce jour, l'instinct de révolte, — qui n'est que l'instinct de progrès, rendu explosif par la compression qui entrave son processus logique, — transforme le Travailleur : il acquiert le sentiment de sa faiblesse ; il constate qu'elle est le résultat de l'isolement et de l'égoisme que lui prône la Bouigeoisie. Dès lors, le désir lui vient d'entrer en contact avec ses SemblabléS, afin de remédier à son impuissance individuelle, car il Sé rend compte quesa Faiblesse deviendra Force, sous l'action du groupement et grâce à la pratique de la solidarité.
D'ailleurs, la forme de l'exploitation qu'il subit lincite au groupément. L'industrie l'a agloméré à sèés semblables dans dés ateliers, des usines, des manufactures. Quoi de plus naturel que de s'unir à ses camarades ? Et cet accord inconscient a engendré des révoltés, inconScientés aussi, mais dont le Succès relatif a donné essor au groupement corporatif.
Donc, le Travailleur, dont la conscience s'éveille, perçoit la nécessité du groupement et, tout naturellement, il prend le chemin du Syndicat.
Le Groupement essentiel
Le groupe corporatif est, en effet, l'unique centre qui, par sa constitution, réponde aux aspirations qui impulsent le Salarié : il est la seule agrégation d'êtres humains résultant de l'identité absolue deg intérêts, puisqu'il à sa raison d'être dans la forme de production. sur laquelle il se modèle et dont il n'est que le prolongement.
Qu'est, en éffet, le Syndicat? Une association de travailleurs, unis par le lien corporatif.
Cette coordination corpôrative peut se manifester, suivant les milieux, tantôt par le lien plus circonscrit du métier où, dans l'énorme industrialisatiou du xx° siècle, englober des prolétaires de métiers divers, mais'dont l'effort concourt à une œuvre comune.
Cependant, quelle que Soit la forme préférée par
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les militants ou imposée par les circonstances, — soit que l'agglomérat syndical se limite au « métier» ou s'étende à « l'industrie », l'identité du but se dégage toujours. Elle est :
1° Tenir constamment tête à l'exploiteur ; le forcer à respecter les améliorations conquises ; enrayer toute tentative de régression ; puis, aussi, tendre à atténuer l'exploitation en exigeant des améliorations fragmentaires, telles que : diminution des heures de travail, accroissement des salaires, meilleure hygiène, etc., — modifications qui, quoiqu'elles ne portent que sur des détails, n'en sont pas moins des atteintes efficaces aux privilèges capitalistes, dont elles sont une atténuation ;
2° Le Syndicat tend à préparer une coordination grandissante des rapports de solidarité, de manière à rendre possible, dans le plus bref délai qu'il soit, l'expropriation capitaliste, Seule base pouvant servir de point de départ à une transformation intégrale de la société. Ce n'est qu'après cette légitime restitution sociale, que pourra être annihilée toute possibilité de parasitisme. Alors Seulement, nul n'étant plus astreint à travailler au service d'un autre, — le Salariat étant aboli, — la production deviendra sociale dans sa destination comme elle l'est dans sa source ; à ce moment, la Vie économique étant un réel amalgame d'efforts réciproques toute exploitation sera, non seulement abolie, mais devenue impossible.
Ainsi, grâce au Syndicat, la Question Sociale se manifeste avec une netteté et une acuité telle que son évidence s'impose aux moins clairvoyants: le groupe corporatif trace, sans équivoque possible, la démarcation entre les Salariés et les Maîtres. Grâce à lui, la Société apparaît telle qu'elle est : d'un côté, les Travailleurs, — les VOLÉS ; de l’autre, les Exploités, — les VOLEURS.
Pour cette raison, parce qu'il est l'unique groupement qui mette en pleine et constante lumière l'antagonisme des intérêts et montre la Société divisée en deux classes, distinctes et irréconciliables, le Syndicat s'indique comme étant le groupement essentiel, — l'association par excellence. Aussi, doitil primer tous les modes d'agglomérats humains ; tous doivent lui être subordonnés, car, S'il en est de très utiles, — seul, il est indispensable.
na :
Se désintéresser du Syndicat, consentir à l'ignorer, et s'en tenir à l'écart équivaut, pour le Travailleur, à se désintéresser de) son propre sort. IL est donc logique que viennent affluer à l'association corporative tous ceux qui n'acceptent pas placidement l'exploitation humaine et qui ne se résignent pas à la misère: Il ny a que là qu'ils puissent se rencontrer et besogner en commun, avec la certitude de ne pas faire d'efforts vains. Au Syndicat, en effet. il n'y a pas possibilité d'équivoque : étant donné qu'il y a groupement basé sur l'identité des intérêts, l'utilité est intéerale.
Ce caractère d'utilité absolue ne se découvre pas dans les autrestformes variées de groupement; toutes peuvent avoir des côtés utiles, tout en laissant percer des tares et des défectuosités qui leur enlèvent le caractère de nécessité. , .
Le Groupe d'affinité ‘
Dans cette catégorie des groupements utiles, mais dont l'inéluctabilité ne s'impose pas à tous, peuvent se ranger les GROUPES D'ARFINITÉ que, durant longtemps, les diverses écoles sociales et révolutionnaires ont préconisé comme base de groupement et que certains m'ont même pas hésité à proclamer: supérieurs au Syndicat.
Le GROUPE D'AFFINITÉ est un groupement «didéess, «d'opinions» et non «d'intérêts»; c'est le Cercle Social, le Groupe d'Etudes, VUniversité Populaire, etc.
Il y a, dans ces groupements, cohésion intellectuelle, communion morale, identité d'aspirations, similitudes d'espoirs et de vues d'avenir, etc, mais il y manque la base matérielle qui puisse donner à ces groupements une vitalité durable; n'étant que la résultante de postulats cérébraux — et non d'intérêts tangibles, — ils risquent de se disloquer lorsque les aspirations qu'ils synthétisent cessent d'être en pleine harmonie ou lorsque une réalisation, trop longue à venir, émousse les énergies. 4
C'est à ces symptômes de désagrégation qu'il faut attribuer la stagnation des groupements d’affinité. Ils peuvent, en période de surexcitation sociale, acquérir un développement considérable, mais c'est un phénomène factice car leur recrutement étant subordonné à l'acceptation par les nouveaux adhé-
| Se nioe
rents des théories qui y sont en honneur. il s'ensuit
que ce recrutement est difficultueux. Puis, par cela
même que, dans ces groupements, tout intérêt ma-
tériel y fait défaut, il y a tendance à quintescensier,
| à se satisfaire en des abstractions et aussi, à s'isoler de la masse du peuple.
| Pour venir au groupe d'affinité, sy complaire et
| désirer y retourner, il faut déjà avoir subi une évo-
| . lution intellectuelle, avoir compris tout l’odieux de
à la société actuelle et vouloir sa transformation, Le
travailleur inconscient qui s'y fourvoie risque de ne
pas éprouver de satisfagtion aux discussions qui s'y
déroulent et dont, encore, il ne saisit pas la portée ;
il y a donc chance pour que, faute, de l'impulsion
d'un intérêt tangible, il se désintéresse et ne retourne pas en ce milieu.
L'expémence est là, démontrant la véracité du
| fait : les groupes d'affinité qui, depuis un quart de siècle ont pullulé, malgré la propagande intense { dont ils ont été le foyer, n'ont pas eu une croissance régulière ; leur développement et leur vitalité ont été subordonnés aux activités individuelles au point que, lorsque celles-ci se sont ralenties ou ant manqué, le groupe d'affinité s'est assoupi.
| Malgré cela, on ne saurait nier que l'œuvre de ces | groupements n'ait été féconde; dans la période écoulée ils ont, en bien des milieux, éveillé les consciences populaires et, par cela même, facilité l'éclosion de groupements d'ordres divers, — à commencer par des Syndicats.
Aussi, cette critique des groupes d'affinité est-elle une simple indication que leur besogne, pour si éminemment bonne qu'elle soit, n’est pas primordiale ; elle ne saurait dispenser de participer à l’action syndicaliste qui, parce qu'elle a ses racines dans le terrain économique, est seule qualifiée pour modifier les conditions de travail et préparer ef mener à bien la transformation sociale.
Autonomie Syndicale
À + Pour si supérieure à toute autre forme de grou- : ? pement que soit le Syndicat, il ne s'ensuit pas qu'il À aif une vie intrinsèque et indépendante de celle que lui communiquent ses adhérents. C'est pourquoi, Ceux-ci, pour faire acte de syndiqués conscients, se doivent de participer à l'œuvre du Syndicat. Et ce serait, de leur part, n'avoir pas la moin-
te
dre notion de ce qui fait la force de ce groupement que de supposer sûtre affirmés parfaits syndiqués en’se mettant finantièrement en règle avec le Syndicat. - ”
Certes, il est bon de verser régulièrement ses coti-
sations, mais ce n'est que la plus mince part de ce que se doit à lui-même, — et par conséquent au Syndicat, — un militant convaincu: il doit, en effet, savoir que la valeur du Syndicat est moins le résultat de son encaisse monétaire que la multiplication de l'énergie cohérente de ses adhérents. . L'Individu est la cellule constitutive du Syndicat. Seulement, il ne se produit pas pour le syndiqué le phénomène dépressif qui se manifeste dans les milieux démocratiques où le Suffrage Universel étant en honneur, la tendance est à la compression et à la diminution de la personnalité humaine. Dans un milieu démocratique, l'électeur ne peut user de Sa volonté que pour un acte d'abdication : il est appelé à «donner» sa «voix» au candidat qu'il souhaite avoir pour «représentant ». à
L'adhésion au Syndicat n'implique rien de semblable et le plus pointilleux n'y pourrait découvrir la moindre atteinte à la personnalité humaine : après, comme avant, le syndiqué est ce qu'il était, — après, comme avant, autonome il était, autonoïne il reste.
En entrant dans un Syndicat, le Travailleur se borne à passer un contrat, toujours révocable, avec des camarades qui sont ses égaux, en Vouloir et en Pouvoir et, à aucun moment, les avis qu'il pourra être amené à émettre, les actes auxquels il lui adviendra de participer, n'auront les caractères suspensifs ou abdicatifs de la personnalité qui distinguent et qualifient les votes politiques.
Au Syndicat si, par exemple, il s'agit de nommer un Conseil Syndical, ayant charge de la besogne administrative, il n'y a pas à comparer cette « sélection » avec une «élection » ; le mode de votation, habituellement employé en telle circonstance, n’est qu'un procédé pour aboutir à la division du travail et il ne s'accompagne d'aucune délégation d'autorité. Les fonctions du Conseil Syndical, strictement détimitées, ne sont 'qu'administratives. Le Conseil fait la besogne qui lui incombe, sans jamais neutraliser ses mandants, sans se substituer à eux, ni agir pour eux.
Autant peut s'en dire de toutes les décisions pri-
ses au Syndicat: toutes se restreignent à un acte défini et particulier, tandis que, dans le domaine démocratique, l'élection implique que l'élu a recu de son électeur un blanc-seing qui lui permet de décider et d'agir à sa guise, sur tout et pour tout..., sans même être entravé par la volonté possiblement contraire de ses mandants dont, en ce cas, l'opposition — si caractérisée qu'elle soit, — est inefficace, tant que court le mandat de leur élu. à
11 n'y a dohc pas de parallèle possible, — et encore moins de confusion, — entre l'Action Syndicale et la participation aux décevantes besognes de la Politique.
Dans un Syndicat, fonctionnant sainement, la personnalité du Syndiqué rayonne sans froissements. Outre que son autonomie est sauvegardée, ce n'est que dans ce milieu qu'elle peut àtteïndre son maximum d'épanouissement.
Certes, il se peut que, dans certains groupéments actuels, cette plénitude de vie ne soit pas atteinte. Mais, cet arrêt de développement ne doit jamais être pour des travailleurs — quelle que soit leur mentalité, — une raison suffisante pour se tenir à l'écart du Syndicat. Au contraire! Il: incombe à ceux qui ont conscience de cette infériorité de l'agrégat corporatif, dont ïls sont une unité, de contribuer à son évolution organique. Si le Syndicat était une institution aux cadres rigides, où devraient forcément s'encastrer les masses ouvrières, une certaine répugnance pourrait se concevoir. Seulement, ce n'est pas le cas, le Syndicat est un agrégat vivant, il est le prolongement constamment modifiable des individualités qui le composent et il se modèle sur Ja mentalité de ses adhérents. Il incombe donc à ceux-ci dé ne pas le laisser Stagner, ni s'enkyloser sous l'influence du narcotisme démocratique. €
Il serait une grossière erreur de faire remonter la responsabilité de tares pouvant exister dans certains groupements, au principe même du Syndicat. C'est l'opposé qui est vrai : si des tares se constatent dans les groupements corporatifs, c'est parce que la masse syndiquée, encore imprégnée de Démocratisme, à ifnplanté dans le milieu syndical les erreurs politiciennes dont elle a été trop longtemps saturée. Par conséquent, il iscombe aux militants clairvoyants, qui apérçoivent ces tares, non pas d'en prendre prétexte pour se désintéresser du Syn-
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dicat et s'en isoler, mais de redoubles de vigueur pour signaler amicalement le danger et s'efforcer de l’annihiler.
D'ailleurs, à ces tares, qui sont des tendances régressives, l'activité syndicale remédie par l’impulsion qui lui est propre : spontanément, par développement normal, s'effectue l'élimination des résidus du démocratisme.
I1 est fatal qu'il en soit ainsi, car il n'y a pas possibilité d'accord entre, les deux doctrines : Syndicalisme et Démocratisme sont deux pôles opposés qui s'excluent et se neutralisent. Les exemples âbondent, que chacun peut se remémorer, démontrant la réalité de cette dualité irréductible : dans tous les groupements économiques où s'est infiltrée la Politique, se sont constatées la désagrégation et, le dépérissement. 4
C'est que le Démocratisme est une superfétation sociale, une excroissance parasitaire et extérieure, tandis que le Syndicalisme est la manifestation logique d'un accroissement de Vie; il est une cohésion rationnelle d'êtres humains êt c'est pourquoi, au lieu de restreindre leur individualité, il la prolonge et la dévéloppe.
Le Syndicat, Ecole deeVolonté,
Le «Connais-toi toi-mêmel» de Socrate est, au
Syndicat, complété par la maxime : « Fais tes
affaires toi-même ! » 4 { Ainsi, le Syndicat s'érige comme une école de vo-
” Jonté : son rôle prépondérant résulte du Vouloir de
ss membres et, s'il est la forme supérieure d'association, c'est parce qu'il est la condensation des Forces ouvrières, rendues efficaces par leur ACTION DIRECTE, forme sublimée de l'activité consciente des volontés de la classe prolétarienne.
La Bourgeoisie a manœuvré pour prècher la résignation et la patience au Peuple en lui faisant espérer que le progrès s'accomplirait par miracle, sans effort de sa part, grâce à l'intervention extérieure de l'Etat. Ce n'était que la perpétuation, sous une forme moins niaïise, des croyances millénaires et religiosâtres. Or, tandis que les dirigeants tentaient de substituer cette illusion décevante au non moins décévant mirage religieux, les Travailleurs réalisaient dans l'ombre, avec une ténacité indomptable et jamais rebutée, l'organisme d'émancipation qu'est le Syndicat.
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