MYSTICISME PASSIONNEL
Rappelons une fois de plus, avant d'aborder ce chapitre, que nous avons proposé de nommer « mysticisme passionnel » cette ramification du mysticisme romantique qui conseille à ses adeptes de raisonner à peu près de la sorte : « La passion, et principalement la passion amoureuse — qu’elle soit ou non d'accord avec les lois et les mœurs du groupe social auquel un homme appartient — est, dans le cœur de cet homme, la voix bien reconnaissable d’un Dieu allié, paternel et pleinement responsable de ses suggestions omnipotentes : voix à laquelle il n’est donc que de se soumettre sans ambages, convaincu qu'on fait œuvre sainte ou sacrée par celte obéissance méritoire aux volontés d'En-Haut. » On sait que le christianisme rationnel signalait au contraire dans la voix de l'instinct égoïste, dès qu'elle s'oppose à la loi morale acceptée du groupe, la parole d'un Tentateur subtil, d’un esprit malin, d’un ennemi du Dieu de l'ordre et de la paix sociale. Mais le rousseauisme, l'héritier du Quiétisme indulgent aux appétits de la chair, acheva de rayer cette utile notion du dictionnaire moral de l'humanité contemporaine.