‹ Émile Zola 1923Chapitre 43 sur 77 · RATE PR TR DT PP RES PPREL Z SET EE KES PE PRÉ SITE PÉRIODE PSE ERA · texte numérisé non relu

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marche apparaît démesurée, à la fois amplifiée dans l’espace et abrégée dans le temps par les illusions du mysticisme rousseauiste qui, d’ailleurs, travaille contre celte expérience par sa folle psychologie optimiste, — persistante dans le « naluralisme » en dépit de ses assertions contraires.

Pour ne pas heurter trop visiblement ici le sens commun, Zola est conduit à poser un axiome qui aurait bien surpris Claude Bernard: c’est qu’un expérimentateur n'a pas à conclure! Tout au moins dans le cas du romancier naturaliste son expérience conclut pour lui. Après quoi la Société s’arrangera pour produire encore par la suite ou pour ne plus produire désormais le phénomène décrit, selon que son résultat a été reconnu avantageux où dangereux au corpssocial. Prenons pour exemple la Cousine Bette de Balzac. Ici « l’expérimentation » de l'écrivain porte sur le baron Hulot, paraît-il. Or, supposons un instant qu'on puisse quérir Hulot de son érotisme sénil, ou du moins le contenir, le rendre inoffensif. Et voilà la santé du corps social rétablie sur ce point. Ce n’est pas plus difficilequecela. Donc, Balzac est un moraliste expérimentateur, et c'est ce qu'il fallait démontrer ! |

Par malheur, — et Zola vient ici à le confesser enfin, — par malheur, il y a une différence entre le savant expérimentateur qu'est M. Claude Bernard, parmi les appareils de son laboratone, les animaux soumis à son scalpel, ou les névropathes de sa clinique, et le moraliste cxpérimentateur qu'est un

(1) Le Roman expérimental, p. 27.

romancier naturaliste, en promenade dans les faubourgs ou en gestation de littérature devant sa table de travail. Le pouvoir de ce dernier n’est pas tout à fait le même que celui du premier parce qu'il est un expérimentateur sans étre un praticien. Il doit se contenter de « chercher le déterminisme » des phénomènes qui se présentent à [ui : mais il est contraint de laisser au législateur, aux hommes d'application la possibilité de modifier ensuité ces phénomènes, dans un sens ou dans l’autre, de les diriger tôt ou tard de facon à développer les bons et à réduire les mauvais au point de vue de l'utilité humaine. Ces derniers seuls seront donc des expérimentateurs et 1ls feront même bien de ne pas trop se considérer comme tels : en effet, quelque collection de « documents humains » qui leur aient été procurée par les libraires, éditeurs des - hommes de lettres du naturalisme, il leur faudra longtemps attendre avant de constater le résultat - de leurs expériences in anima vili : l'humanité dans - son ensemble et les humains en particulier en pourraient bien souffrir gravement dans l'intervalle et protester contre la vivisection qui fut pratiquée sur leurs âmes et sur leurs corps à coups de textes de lois (dont nous savons dans quelles conditions ils sont trop souvent rédigés).

… Quoi qu'il en soit, Zola juge qu'il était impossible de fonder une législation digne de ce nom sur les ; mensonges psychologiques des idéalistes, classiques ou romantiques d’aiileurs, Corneille, La Rochefou- - cauld et Bossuet, aussi bien que Jean-Jacques, Ber- nardin ou Lamartine. (Pour nous, les romaaliques

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seuls sont dés idéalistes excessifs, sans suffisante rectification expérimentale de leur appétit d’assistance divine). Au contraire sur les documents vrais | que les écrivains naturalistes apportent enfin, on. pourra sans doute, un jour, établir une société. meilleure qui vivra par la logique et par la méthode. Du moment où ces romanciers représentent la Vérilé, ils représentent aussi la Morale. Tandis que le . poète lyrique brouille tout, augmentel’erreur, élargit l'inconnu pour y promener la folie de son imagina-. tion débridée, l'écrivain physiologiste diminue le: champ du mensonge, laisse une place de plus en. plus restreinte à l'ignorance humaine, honore la: raison et fait œuvre de justice. Par exemple, il pein-. dra pour la première fois la « fille » véritable en traçant le portrait de Nana Coupeau. Voilà, dira-t-il, comment pousse cette variété humaine et voilà comment elle fonctionne ensuite. Puisqu'un savant, un expérimentateur romancier a pu nous rendre maître (!) de ces faits, c’est notre affaire ensuite de procéder à leur extirpation future et de supprimer scientifiquement les filles. Telle est donc la morale du naturalisme et de ses «documents humains ». Elle consiste à mettre l’abjection en pleine évidence, à. lui donnér toute la contagion de l'exemple, pour. que d'autres, par la suité et comme ils le pourront, . prennent sur eux la charge de la supprimer à jamais.m Morale commode en vérité! Elle procure à bon" compte aux publicistes qui se font ses héraults,« à la fois les gros tirages, et l’auréole de serviteur du. à Bien. | Certain jour, Zola lui-même a mis en plus entière

évidence, par un rapprochement inattendu, l'attitude de l'école naturaliste à l'égardde la passion

désordonnée, celle des Nana Coupeau ou des Jacques Lantier. Son excursion dans la critique

théâtrale le conduisit à célébrer le mérite de ces

clowns, jadis fameux, qui s’appelaient les Hanlon- Lees. Rien, à son avis, de plus « formidable » que la gaieté mimée par ces acrobates, au milieu des mem-

. bres fracassés ou des poitrines trouées des manne-

quins qu'ils mêlent à leurs ébaits: ils semblent triompher par l'apothéose du vice et du crime devant la morale ahurie, dans une négation absoluede toule justice, dans une entière absolution du crime

par l’adresse. Car telle est leur originalité dans la

pantomime athlétique : un mélange de cruauté et de gaieté, avec une fleur de fantaisie poétique poussée

. sur ce terrain sanglant : « Je songeais, commente

alors Zola, avec quel cri de colère on accueillerait une œuvre de nous, romanciers naturalistes, si nous

. poussions aussi loin l'analyse de Ia grimace humaine,

la satire de l’homme aux prises avec ses passions. Certes, dans nos férocités d'analyse, nous n'’allons

. pas aussi loin que les Hanlon-Lees et nous sommes

déjà fortement injuriés. Cela vient de ce que la Vérité peut se montrer et de ce qu’elle ne peut se dire! » Eh non! Cela vient de ce que les Hanlon ne

| prétendaient pas faire de la science ou de la morale.

. Zola nous a dit encore que, sous leurs gestes d'une

souplesse cynique, la représentation de l'homme en proie à la passion, au vice ou au crime n’avail pas les apparences d’une « satire », et présentait plutôt

- celles d’une « apothéose ». Mais on se sait devant

eux pour se détendre, non pour s'instruire et on ne songe guère à les chicaner sur les procédés qui procurent la distraction à leurs spectateurs. Au contraire, quand les « férocités d'analyse » des roman-

ciers naturalistes donnent à leur tour au public

l'impression d'une apothéose du vice, pourquoi s'étonner que quelque lecteur non encore conquis à l’amoralisme romantique, vienne à élever contre eux une protestation ingénue. Leur virtuosité incontestable d’artistes n’a-t-elle pas contraint à l'applaudissement le plus grand nombre de ces lecteurs, aussi bien que l’éblouissante agilité des bateleurs exotiques ? ‘

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