‹ Émile Zola 1923Chapitre 52 sur 77 · A SEL LO · texte numérisé non relu

A SEL LO

théâtre boulevardier où la fille de Coupeau va faire ses débuts, avec un foudroyant succès: « Cette fille a autre chose, parbleu ! que le talent. Elle a quelque chose qui remplace tout! Jé l'ai flairée: c’est joliment fort chez elle, ou je n’ai plus que le nez d'un imbécile. Tu verras, tu verras ! Elle n’a qu'à paraître. Toute la salle tirera la langue ! » Et en effet, par la vertu de ses cheveux roux qui lui mettent à la nuque une toison de béte ou de son « fameux coup de hanche », le désir monte de cette femme ainsi que.d’une bête en folie ! |

Le comte Muffat, homme mûr, haut fonctionnaire impérial, catholique pratiquant, sera l’un des plus violemment possédés bientôt; à ce point que la possession dont Nana l’envahira tout entier lui rappellera les lectures de piété qui ont bercé son enfance ; car il croit au diable, et, parfois, Nana devient pour lui le diable (comme Madeleine Férat pour la vieille servante huguenote de son mari), avec ses rires provoquants, sa gorge et son corps gonflés de vices! Ce qui n'empêchenullement qu'une jeunesse jadis trop comprimée, une « puberté goulue d’adolescent » ne s’éveillent bientôt, sous cette influence perverse, dans la froideur gourmée de l'important personnage qui retrouve aussi quelques-unes des sensations pseudo-chrétiennes de Mme Grandjean pour favoriser sa passion déchaînée. — Alors reviennent sous la plume de Zola tous ces raffinements de corruption, genre second Empire, qui ont déjà servi dans la Curée. Nana accule au suicide un collégien de dix-sept ans, conduit au vol le frère aîné de cet enfant, au déshonneur bien d’autres encore ; elle

ruine et abêtit le comte Muffat {ce nouveau baron Hulot) avant de finir elle-même en pieine jeunesse dans la pourriture et dans la puanteur de la variole noire. |

Pot-Bouille à été visiblement écrit pour équilibrer, par une charge à fond contre les mœurs de la bourgeoisie « rongée d’adultère », la sévérité que l’Assommoir avait montrée au Peuple souverain, rongé d’alcool ; car Zola tendait dès lors, par instinct, vers le mysticisme social qui avait laissé assez indifférente sa jeunesse, préoccupée de conquête sur le terrain esthétique avant tout. Il ne voulait plus être regardé désormais comme un contempteur du prolétaire. Aucun roman de la série des Rougon ne porte donc une pareille insistance dans la peinture de l’universel affolement érotique. Lors de sa publication, il a stupéfait, presque rebuté les lecteurs habituels de l’auteur, pourtant accoutumés par lui dès cette heure à de singulières hardiesses en ces matières! — Le cadre, c’est la maison de location cossue telle que l'avaient réalisée les architectes des nouveaux quartiers dessinés par le baron Haussmann, avec eau, gaz, acajous et décors Renaissance en plâtre peint. Au début du récit, Octave Mouret, qui débarque à Paris de sa province, croit entrevoir de « véritables abîmes d’honnêteté » derrièreles portes de l'escalier, silencieux et digne comme un salon bourgeois. Et pourtant, le bel Octave, ce jeune méridional instinctivement séducteur, possédera bientôt toutes les femmes de la maison à son gré, et, pour ainsi dire, à son premier signe.

La plus étonnante de ces faciles conquêtes, c’est

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celle de Mme Pichon, locataire du quatrième. Elle est fille de petits bourgeois étroitement traditionnalistes qui l'ont élevée en serre chaude, et de façon si pudique, qu’elle n'ose pas toucher aux membres nus de sa petite fille ! On ne lui a donné à lire que l’André de George Sand, — choix peutraditionnaliste à coup sûr, mais ce livre qu'il lut à vingt ans symbolise aux yeux de Zola le romanesque dépravateur, par opposition au naturalisme sain. — Elle s’est abstenue de Balzac qu'elle juge trop triste parce qu'il ressemble lrop à la vie! Elle se Livrera pourtant à Octave qui, jusqu’à l'instant où, soudain, 1l la désire, lui avait à peine adressé la parole ; elle se livrera même au premier geste du jeune homme et sans plaisir ! Klle se soumit, écrit son historien ; ce mot, qui éveille des réminiscences d’étable, traduit fort bien la conception « physiologique » de l'amour qui continue d’être celle du naturalisme à son zénith. — En général, dans ce roman, si caractéristique, de Pot-Bouille, Zola rappelle Michelet vieil par la hantise anormale qui le pousse à flairer le mobile sexuel dans l'acte humain le plus indifférent. Il y a réalisé un véritable sabbat de femmes adultères, des jeunes filles pourries avant de fleurir, de servantes ordurières autant que friponnes : et le tout a produit une impression de nausée chez la plupart de ses lecteurs.

On dirait qu'il s’en soit rendu compte, au surplus,

. car les deux romans qui suivirent celui-là dans la

série des Rougon, — c'est-à-dire Au bonheur des Dames et la Joie de vivre, — procèdent d’une inspira- “tion assez différente. Enles joignant au Réve, nous

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les étudierons donc tout à l'heure à part et nous passerons dès maintenant à Germinal, avec lequel reprend la chanson du pur instinct érotique. — Ce . roman fut néanmoins avant tout une manifestation de mysticisme social, un hymne au socialisme romantique, ainsi qu’on le sait, et nous devrons bientôt en reparler à ce titre. Nous dirons seulement ici combien le « rut » a beau jeu pour se déchaïîner une fois de plus, dans ce milieu de primitifs campagnards, encore plus pleinement amoraux que les citadins de l’Assommoir. La Mouquette, qui est le personnage sympathique du livre, fut célèbre naguère pour sa facilité de bonne fille, « soumise », elle aussi, comme Mme Pichon, et pour son geste habituel de cynique impudeur ! Nous nous souvenons d'un couplet de revue qui chantait sa franchise :

Elle montre à tout l’'monde Son... mécontentement !

L'Œuvre n'est guère qu'un développement, d’ailleurs puissant, de mysticisme esthétique auquel nous avons déjà fait plus d’un emprunt. Mais la Terre nous rejette à la sexualité avec toute l'ampleur que l’on sait. Dans ces pages, la femme est plus que jamais la béte, la grande bête. On y contemple un certain couple étrange, formé de Palmyre, la pitoyable, et d'Hilarion, le dément, qui nous rappelle la Cadine et le Marjolin du Venire de Paris, avec cette aggravation toutefois qu'il s'agit d’une sœur et d’un frère, avec cette particularité que Palmyre, loin de nous être présentée comme une vicieuse cy-

nique, à la facon de Cadine, le serait plutôt comme:

De. -

une héroïne de la charité sans réserves, comme une véritable sainte de l'inceste ! Détournons-nous donc de cetle incroyable inspiration, le Naturalisme ne nous induisant que trop déjà aux audaces de plume. C’est encore ici un romantisme décidé à s'épargner désormais le souci du plaidoyer et le masque de la phrase. Qu'on songe plutôt à Diderot, à Mirabeau, Chateaubriand, Byron, plus récemment à Barbey d'Aurevilly, à tous ces passionnels qui ont plus ou moins joué avec l’adelphogamie, suprême transgression de la discipline sociale telle que l'ont établie, en matière érotique, l’antiquité stoïcienne et le christianisme rationnel.

Dans la Bête humaine, quirappelle Thérèse Raquinet nous offre une débauche d’érotisme sanglant, comme Pot-Bouille était une orgie d’érolisme sournois, nous serons encore une fois mis en présence de l'instinct sexuel exalté jusqu’à son paroxysme. Cet instinct conduit tous les personnages du récit soit au crime, soit au projet du crime à tout le moins, et il est conçu non point comme diabolique ou divin, à la façon chrétienne ou sandienne, mais comme « physiologique » une fois de plus, c’est-à-dire comme irrésistible également. Ses victimes resteront donc auréolées d’un rayonnement sympathique après -l’'accomplissement de leurs forfaits divers. Ainsi de Jacques Lantier et de Séverine Roubaud : elle, tendre et innocente, après qu'elle aura tué le président Grandmorin et tenté de tuer son mari ; lui, victime d’une fatalité organique plus soulignée que partout ailleurs dans la série des Rougon, comme nous allons le rappeler par un bref examen de ses faits et gestes.

Die ÉMILE ZOIA.

Chez ce troisième fils de Gervaise Macquart, — qui a été tardivement inséré dans l'arbre géréalogique de sa famille (1), ainsi que l'héroïne du Réve, — l'usure héréditaire des Macquart-Fouque se traduit par la hantise morbide du meurtre, hantise que la volupté satisfaite déclanche en lui de façon automatique et tourne uniquement coutre la femme, instrument de cette volupté; car Lantier ne pourra jamais se décider à tuer Roubaud, le mari de sa maitresse, même en le voulant, tandis qu’il tuera Mme Roubaud sans pouvoir retenir son bras, bien qu'il l’aime avec passion ! Tout jeune, il avait déjà de brusques douleurs qui lui « trouaient le crâne » derrière les oreilles, des coups de fièvre brusque et des accès de morne tristesse qui le faisaient se cacher comme une bête au fond de son terrier. Puis, la puberté est venue, et, depuis ce moment, il a senti l’obsession abominable de tuer une femme, pour rien, pour ke plaisir, ainsi que ferait une bête enragée. — Les civilisations primitives, rappelons-le, connaissent de semblables vertiges souvent produits par les excitants du système nerveux central qui servent aussi à procurer l’exaltation mystique : aux îles Malaises, ces courses folles et meurtrières

de bêtes humaines enragées qui tuent sur leur pas-

sage, au hasard, portent le nom d’amock dans la langue des indigènes.

(1) Il ne figure pas dans le premier arbre généalogique "

des Rougon-Macquart en tête d’une Page d'amour (le 8° roman de la Série) mais seulement dans le second arbre, annexé

au Docteur Pascal (le 20° et dernier épisode de l'épopée natu-w

raliste).

Chez Lantier, qui n’est pas alcoolique, il s’agit surtout d'une tare nerveuse congénitale. Innocent, il paye de la sorte pour des ascendants qui ont bu, pour les générations d’ivrognes dont il est l'aboutissement gâté. « Les pères ont mangé des raisins verts et les fils ont eu les dents agacées », disait déjàla Bible. Ce lent empoisonnement du sang de la race a. recréé chez le rejeton des Macquart une bestialité essentielle qui le ramène aux loups mangeurs de ferumes dansle fond des bois, quelque chose comme une soif toujours renaissante de venger des offenses très anciennes et comme la rancune amassée de mâle en mâle depuis la première tromperie ; ou encore, ajoute Zola, — et, en effet, ce serait plutôt cela, selon nous, — une nécessité de bataille pour conquérir la femelle sur le rival et pour la dompter ensuite, le besoin perverti de la jeter morte sur son dos ainsi qu’une proie qu'on arrache aux autres ! — Oui, il est permis de penser que le sadisme (dont le mal de Lantier est un cas extrême) est une volonté de puissance déformée et rétrogradée par la déchéance nerveuse, en sorte qu'elle dépasse le but raisonné de son effort et annihile l'objet de la conquête rêvée. Ainsi s’expliquerait cette particularité que Lantier, ayant enfin tué Séverine Roubaud au sortir de l’'étrente amoureuse, ressente avant toute autre im pression une surprise d'orgueil, un agrandissement de sa souveraineté de mâle, le sentiment de posséder la femme tout entière, jusqu’à l’anéantir à son gré! — Déformation morbide encore une fois,"car un tel instinct supprimerait la race, mais peut-être indication néanmoins sur l'allure des gestes ancestraux,

À côté de la bête humaine par régression pathologique, il convenait de faire une place à la bête humaine qui use de tous les raffinements de l’expérience et du calcul des probabilités pour parvenir à ses fins « d’impérialisme » sans scrupule. Au crime d'une victimeirresponsable delanévrose, Zola accole dans son roman, le crime froidement combiné, et complètement impuni, du garde-barrière Musard. Celui-là entreprend de tuer par l'arsenic, avec des raffinements d'invention matoise, sa femme dontil s’est juré d’'hériter. Au cours de sonlent dépérissement celle-ci a deviné le crime et découvert le criminel, mais n'entend pas mêler la justice à ses affaires de famille et ne compte, pour se défendre, que sur des ruses encore plus adroites que celles du prudent assassin : elle nous propose un autre commentaire, impassible, des plus odieuses suggestionsde l'instinct « impérialiste », d’abord fruste et sommaire dans l'être vivant : « Aujourd’hui, on va vite (en chemin de fer) : on est plus savant, dit cette maigre Phasie qui soutient contre son époux le duel muet dont l’enjeu est sa propre vie ! Mais les bêtes sauvages restent des bêles sauvages, et on aura beau inventer des mécaniques meilleures, il y aura quand même des bêtes sauvages dessous ! » Voilà qui estbien ditet qui nous avertit contre l’optimiste psychologie de Rousseau. — Mais, loin d'accepter sans protestation les gestes inquiétants de la bête humaine, il faut couronner la psychologie pessimiste par une morale optimiste, par l'effort pour assurer Le progrès d’un impérialisme plus largement rationnel en l'humanité capable d'expérience et de synthèse ; c'est ce que le

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LE RÔLE DE LA PASSION ÉROTIQUE 217 oo

naturalisme ne fait pas ici, en attendant qu'il le fasse de trop utopique et mystique manière, comme nous aurons bientôt l’occasion de le constater.

IT. — Un type d’amoureuse ‘‘ naturaliste ”.

Mme Caroïiine Hamelin.

L'Argent dessine, plus nettement encore qu'Une Page d'amour, le caractère de femme auquel Zola semble réserver son adhésion sympathique vers le milieu de sa carrière. Il s’agit d’une instinctive dont les faiblesses passionnelles se sancüifient par la bonté naturelle qui en est la source principale, d'une Pal- myre qui aurait le bon goût de ne choisir pas son Hilarion dans sa famille.

Le roman que nous venons de nommer ramène au premierplan delanouvelle Comédie humaine l’odieux Aristide Rougon, dit Saccard, le financier véreux de

la Curée. Désormais quinquagénaire, usé par tous

. les vices et toutes les friponneries, il est devenu plus

serve de la belle et bonne Mme Caroline Hamelin,

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rs] D è di:

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laid, plus répugnant que jamais avec sa face de sa-

tyre maigre et son corps déformé par la vieillesse précoce. Eh bien, ce forban de bourse s’attirera, sans même y songer, l’amour inlassable et sans ré-

sœur d’un ingénieur qu’il employa dans seslointaines entreprises financières. Cette femme divorcée, qui, quoique jeune encore, a déjà lescheveux tout blancs, - cette femmé jusque-là parfaitement honnête et digne se laisse aller aux bras de Saccard un beau jour,

sans entraînement ni plaisir, uniquement parce qu’elle se sent, à cette heure, « attendrie », ayant appris qu’un homme qu'elle considérait comme son fiancé vient de se marier, au ioin, sans même l'avoir prévenue de sa défection. — Singulière et vraiment fort « naturaliste » réaction à lasuite d’une blessure de cœur (ou même simplement d’orgueil), que cette manifestation inattendue d’ « attendrissement » ! Mais, ce tribut payé à l'émotion, le couple singulier en revient d’ailleurs pour longtemps à l'amitié pure et simple, Saccard ayant vraiment bien autre chose en tête que l'amour. Pourtant voici que Mme Caroline trouve l’occasion de « s'attendrir » à nouveau, en s’occupant, à l'insu de Saccard et par dévouement pour lui, d’un fils naturel qu'il a délaissé sans scrupule : véritable monstre au surplus que cet enfant de visage asymétrique, dominé par d'irrépressibles et précoces instincts de crime : une autre « bête humaine » au berceau ! Sous l'influence de celte œuvre de charité (quelétonnant et vraiment quiétiste mélange d'amour du prochain et d'amour du mâle !) Mme Caroline cède de nouveau au financier, et, cette fois, de façon régulière et suivie. Les voilà en état d'union libre. | |

Elle évite au surplus de s’interroger-sur les bizarres décisions d’une sensibilité sur laquelle elle n'a pas la prétention d’exercer le moindre contrôle.

Elle était femme de clair bon sens (?). Elle acceptait .

les faits de la Vie (la déesse nouvelle du naturalisme) sans s'épuiser à en expliquer les mille causes complexes, comme font ces farceuses intellectuelles (il s'agit dans la pensée de Zola des lectrices roman-

D mb dl nie

tiques ou romanesques de Sand ou de Feuillet) qui

cherchent des excuses à leurs chutes, qui masquent de leur science de l’âme les appétits de la chair, communs aux duchesses et aux « filles d’auberge » ! Eh oui, certes, et l’on ne saurait miéux marquer la différence qui sépare le romantisme de 1830, du naturalisme de 1880, sa continuation : différence qui est du moins au plus, en ce qui concèrne les audaces du mysticisme passionnel. Si en effet les « farceuses » dont il s’agit ont grand tort de chercher dans George Sand, Stendhal, Balzac, ou tout autre théorien de la passion romantique des excuses à leurs appétits sans règle, que dire d'une Caroline Hameliu, bien autrement expéditive encore à écouter la plus fugitive inspiration de cet instinct, commun aux grandes dames, aux sœurs d'ingénieurs et aux maritornes, et qui s’épargne désormais toute contention d'esprit pour lui chercher des excuses ou des masques.

Non, Mme Caroline ne cherche pas d'excuse et né masque rien, Voilà tout ce qui la distingue des héroines ou des lectrices intéressées de George Sand. Elle incarne l'instinct tranquille et sans appréhension dansses ébats, parce que les scrupules de la raison et le sens social sont désormais réduits à peu près au silence chez le lecteur des romanciers naturalistes, grâce à la très large diffusion des plaidoyers de mysticisme passionnel par les œuvres romantiques. Veut-on savoir, de façon plus précise, ce qui se passe dans son esprit quand elle sent venir la tentation de la chair ? Il y a, nous explique son hislorien, certains jours où (comme chez Jacques Lan-

tier de la Béte humaine) des trous se prôduisent en elle, où elle éprouve quelque chose comme une cassure de son libre arbitre. Alors (au lieu de boucher ces trous de son mieux par les procédés de tout temps indiqués pour les combler) elle préfère se jeter dedans à corps perdu, et agrandir la cassure au lieu de la combler, — ce qui est infiniment plus facile : — en un mot, elle a le courage d'accepter le fait passionnel après l’avoir constaté. — Ce qui est toujours de l'énergie à là mode beyliste, celle des primitifs et des romantiques. — En outre, elle a lu sans doute les commentaires d'Une Page d'amour sur les conséquences de la passion obéie, et, après sa « chute », elle compte sur le travail de la Vie pour en effacer bientôt toute trace, pour réparer tout le mal, de même que la sève, qui toujours remonte, ferme à la longue l’entaille faite au cœur du chêne.

Si, désormais, elle se trouve appartenir à Saccard sans l'avoir voulu, sans même être certaine qu'elle l’estime (et certes, il n’y a pas de quoi lui accorder de l'estime), elle se relève de cette « déchéance » et se suggère, au besoin, cette estime par un nouveau recours au mysticisme de la Nature, ou de la Vie divinisées. Elle auréole alors d'une lumière céleste le vieux satyre Aristide afin de le voir ensuite plus digne de son amour. Elle se persuade que le financier véreux a reçu une mission d'en haut et se trouve prédestiné à servir 1ci-bas, par ses spéculations déshonnêtes mais hardies, la cause de la déesse Vie, en créant de l’activité humaine et du progrès matériel à travers les ruines et les larmes individuelles ! — Ce qui est cetle fois un mysticisme capitaliste vraiment

excessif et que ne réclament nullement pour leurs préférés (les hommes d’entreprise), nos économistes classiques etrationnels. , Et puis la honte première que $entil malgré tout Mme Caroline à devenir la maîtresse en titre de Saccard s’en va tout entière dans ce besoin qu’on a de se purifier de ses fautes. (Qu'aurait dit Jean-Jacques d'une aussi facile conscience !) Purifiée à si peu de frais, rien ne lui sera dès lors plus naturel, plus tranquillement accepté que cette liaison si peu motivée : un ménage de raison, tout simplement ! Mais où est la raison là-dedans, grand Dieu ? Notons que, libres l’un et l’autre de se marier légalement, ils ne songent pas même un instant à régulariser leur situation : ils vivront au jour le jour dans ce concubinage que le hasard seul a créé. Et c'était vraiment, conclut Zola, pour ce forban du pavé de Paris, brûlé

et tanné dans tous les guet-apens financiers de

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