RiVEiLLÉ-PABlSE, OUÏ. CltÉ, t. II
dominai, comprime le foie, Testomac, et nuit aux fonctions de ces organes. Je puis assurer que cette cause de maladie, quoique une des moins remarquées, est très active, car elle agit sans relâche et presqu'à Tihsu de l'individu. » Réveillé-Parise cite le cas de Cujas qui, peut-être pour éviter ces inconvénients, « étudiait tout de son long sur un lapis, le ventre contre terre et entouré de monceaux de livres ».
La rétention des urines et des matières, les écarts de régime, par exemple en ce qui touche Talimenlalion, l'abus d'alcool et de café, sont à retenir. Réveillé-Parise (p. 20) noie aussi la solitude, qui aurait pour conséquence de diminuer les impressions extérieures. Or, celles-ci, dit-il, «préviennent au contraire les fâcheux effets d'une solitude Irop prolongée, elles interrompent une fatale concentration, distribuent les forces d'une manière égale, les appellent à la périphérie et donnent à la circulation un mouvement uniforme ». Enfin Réveillé- Parise décrit certaines habitudes bizarres qui auraient une mauvaise influence sur la santé. Il en est qui travaillent toujours à la lumière, tel Mézerai qui « avait pour habitude de ne travailler qu'à la chandelle, même en plein jour au milieu de l'été... Cardan se procurait des douleurs et de courtes maladies pour mieux goûter ensuite le plaisir que donne la santé... On en a vu se plonger les pieds dans un bain froid afin de déterminer une irruption du sang à la tète, capable d'activer la puissance intellectuelle ».
Il faudrait aussi faire intervenir les conditions
EXAMEN Dli SUJET 63
différentes de la vie pour chaque profession. C'est ainsi que les savants peuvent être débilités par l'almosphèredéiélère des laboratoires. Les auteurs dramatiques sont surexcités par la vie nocturne et énervante des théâtres ; les peintres et les sculpteurs souffrent de l'atmosphère échauffée des ateliers où posent les modèles. Toutes ces causes agissent pour provoquer ou renforcer la névropathie des hommes supérieurs.
Voilà donc les sources nombreuses où puise le tempérament névropathique, souvent héréditaire, plus souvent encore entretenu par des causes consécutives à la naissance el, notamment chez nos sujets, par la suractivité cérébrale et la mauvaise hygiène. A quoi peut-on le reconnaître cl quels sont ses signes?
IV. — Le simple tempérament névropathique est uni parbeaucoup de liens à la dégénérescence telle qu'on l'entend eu médecine mentale, c'est-à-dire à l'état analomique et physiologique de ceux qui s'écartent du type de l'espèce dans une voie qui aboutit, par une moindre vitalité, à l'exlinction de la race. Entre une simple disposition nerveuse et une constitution nettement dégénéralive, telle que celle de l'idiot, il existe des différences très grandes; et cependant toutes deux indiquent un déséquilibre fonctionnel, une moins grande capacité biologique. Il faut encore les rapprocher, avec M. Joffroy, parce que l'une peut être le produit héréditaire de l'autre, ainsi que tous les observateurs l'ont remarqué. Les mêmes caractères se retrouvent dans la neurasthénie, qui n'est qu'uo
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épuisement nerveux souvent acquis Bt qui se traduit essentiellement par ces deux termes : faiblesse et irritabilité. De la neurasthénie à la dégénérescence avancée, qui amène, par la stérilité, Textinclion de la race, il y a place pour des intermédiaires nombreux.
Il n'est pas, eu somme, de limite entre le normal et l'anormal. C'est pour cela qu'il est bien difficile de dire où commence la dégénérescence. Si cette dernière est manifeste chez certains individus, où des arrêts d'évolution nombreux et évidents indiquent bien un état d'imperfection anatomique et de vitalité inférieure, il n'en est pas de même chez beaucoup de sujets, aliénés ou simples névropathes, qui ne se distinguent guère des gens passant pour normaux.
Cependant on a recherché des signes révélateurs delà dégénérescence. On les a nommés des stigmates physiques (Morel) et psychiques (Magnan). Ces signes sont connus de tous ^ Ils n'ont de signification qu'autant qu'ils sont particulièrement abondants. Il faut en outre ne retenir que ceux qui indiquent un arrêt de développement plus ou moins accusé des organes ou qui tendent à compromettre une fonction.
Dans ces derniers temps on a décrit des stigmates analomiques de dégénérescence qui ne sont en réalité que des variations morphologiques tout à fait normales ; car, surleplangénéral des êtres, la nature construit rarement des types rigoureusement identiques. Et à ce compte il serait impos-
1. Ed. Toulouse, Les causes de la folie ^ 1896, p. 52 et suiv.
sible de trouver un individu normal, puisque le type idéal de l'homme, dont chacun est une ébauche plus ou moins approchée, n'existe en réalité pas. M. Manouvrier* raille cette tendance du jour qu'il compare à laphrénologie.« La mode acluelle, dit-il, est moins exigeante : il suffit de trouver n'importe quoi s'écartant de la perfection morphologique, sans qu'il soit même besoin de montrer la liaison qui peut exister entre ce n'importe quoi et Tinfériorité psychologique à expliquer. »
Il est évident qu'on trouvera les stigmates surtout dans les dégénérescences héréditaires ou encore dans celles qui ont frappé Tindividu au commencement de son évolution infantile. Dans les dégénérescences acquises, celles qui ne se manifestent que par une certaine déséquilibration nerveuse, on ne pourra guère observer que les stigmates psychiques, puisque les tissus ne changent plus que difficilement de forme ^
Il serait inutile de passer en revue tous les stigmates décrits. Rappelons ici que les enfants dégénérés présentent souvent à leur naissance une chétivité plus ou moins accentuée et ultérieurement
1. L. Manouvrier, Les aptitudes et les actes, conférence annuelle lîroca à la Société d'anthropologie, 1891, p. 19.
2. Je dis plus difficilement, parce que dans certaines maladies nerveuses, qui sont bien des manières tout indiyiduellesdedégénérer, c'est-à-dire de s'éloigner du type de l'espèce, il y a, comme dans la syringomyélic par exemple, des déformations parfois monstrueuses. l\ en est de même dans l'acromégalie. Mai<t jusqu'à présent on n'a pas fait rentrer ces états morbides dans le groupe des dégénérescences acquises. Je reprendrai un jour ce sujet, que je ne peux qu'indiquer ici, car il demanderait de longs développements.
apprennent à parler et à marcher avec un certain relard. Il en est qui bégayent ou qui ont d'autres troubles du côté de la parole. Au moment de Tadolescence, c'est l'évolution pubère qui se fait mal ou après l'époque normale; et le sens génital peut être diminué ou perverti.
Mais les signes les plus importants pour cette étude sont ceux que fournit le système nerveux. On s'altache à attribuer aux dégénérés et aux névropathes, qui en sont une catégorie, une émotîvité exagérée, en ce sens que les réactions dont elle est la source sont la plupart inutiles et peuvent être nuisibles à Tindividu.
Ce n'est pas que l'émotivité soit toujours mauvaise et doive dès lors être rattachée à la dégénérescence. Là, comme partout, la limite de ce qui est réellement morbide est impossible à établir. Mais il est clair cependant qu'une certaine émotivité — une certaine sensibilité si Ton veut — est utile aux artistes et aux écrivains. Il faut sentir intensivement pour exprimer sous une belle forme esthétique. La sensibilité est d'ailleurs une des conditions de tout travail intellectuel, et c'est pour cela que les hommes de science en ont besoin. Dans leurs spéculations l'imagination est nécessaire, comme elle l'est dans la création artistique.
Mais il y a là une question de mesure ; et Ton conçoit aussi que, lorsqu'elle est dépassée, l'émotivité soit une source de déséquilibre nerveux. Elle en est aussi un signe, et c'est à elle qu'on rapporte la production d'idées obsédantes qu'on a appelées
des phobies et dont on a décrit une foule de variétés *.
Cliez les névropathes, certaines idées ont des chances de s'imposer à l'esprit et d'y rester à l'état d'obsession fatigante. L'impulsion est un phénomène très proche de l'obsession ; ici c'est un acte qui s'impose à l'esprit, le malade ne recouvrant sa tranquillité que lorsqu'il l'a accompli. Certaines impulsions sont dangereuses pour le sujet ou pour autrui : celles qui poussent au suicide et à l'homicide. D'autres peuvent faire commettre des délits (vol, actes de perversion sexuelle). D'autres enfin sont inoffensives pour autrui (peur des espaces, des objets pointus, manie de compter, etc.). II est évident que les obsessions et les impulsions indiquent un déséquilibre mental, un état dans lequel le désir est trop intense et la résistance nulle. On comprend alors que les dégénérés, chez lesquels ces conditions existent d'une façon plus ou moins accentuée, présentent souvent ces phénomènes morbides (Magnan).
Au point de vue intellectuel, ce qui caractérise encore le névropathe, le dégénéré, c'est, comme ailleurs, le manque d'équilibre. A côté de facultés normales ou même supérieures, il y en a d'autres très faibles. L'imagination par exemple peut être très développée, au point d'empêcher, si le jugement est nul, tout travail utile, et même de faire verser dans la folie. Mais c'est aussi là une qualité précieuse, quand elle est aidée du sens critique.
En résumé il faut se garder — el c'est ici le grand