‹ Émile ZolaChapitre 18 sur 68 · Vint, La famille nioropathique, 189i · texte numérisé non relu

Vint, La famille nioropathique, 189i

4. PonTAL, Conti'lératioiis lur la nature et le traitemmi des maladies de famille et des maladies héréditaires, in FÉ«é, la Famille ntiropalhigue, 1892, p. 13î, — Horeau (de Tours). Piycfiologie mirbide. ouv. cîlÈ. p. 99. — Charpentish, De la valeur des hËmorroiJes elde quelques autres signes en aliénation mentale, Ann. méd. ptychol., 1881,1. p. I, 2lt3etauiv.

intimement lié à la vie de tous les tissus, de tous les organes. Il reçoit le contre-coup de toutes les débilités qui atteignent ceux-là. Or, nous savons que les individus fortement intoxiqués, ceux atteints de maladies diathésiques et généralement de toutes les maladies troublant, profondément la nutrition, sont dans des conditions telles que, s'ils procréent, leurs enfants sont plus ou moins débiles, plus ou moins anormaux, présentent en somme des tissus et notamment un système nerveux défectueux. Car il est permis de dire, eu reprenant une fornaule célèbre appliquée à la .tuberculose, que la névropathie est Faboulissant de toutes les maladies graves, de toutes les lésions viscérales profondes, aboutissant héréditaire et individuel comme on le verra plus loin. C'est ainsi (Joffroy) * qu'on peut comprendre actuellement la dégénérescence, qui, en s'accentuant, se présente avec les caractères si bien décrits par M. Magnan.

Il faut donc rechercher l'origine d u tempérament névropathique dans les conditions héréditaires; mais il faut aussi faire la part de ce qui est dû à la transmission de cette constitution morbide et de ce qui est acquis par l'individu. La forme du trouble nerveux, lorsqu'elle est la même chez l'ascendant et le descendant, est bien souvent la conséquence deTimitation. Cela s'observe surtout dans les suicides familiaux. « Dans la presque unanimité des cas, disait Marc *, cette disposition héréditaire ne dé-

1. Ed. Toulouse, Les causes de la folie, 1898, p. 52 et suiv.

2. Marc, De la folie considérée dans ses rapports avec les queS' lions médico'judiciairesy 1840, t. Il, p. 420.

génère en suicide que par Texemple. » C'est par rimitation, la suggestion si Ton veut, quelon peut expliquer que plusieurs membres d'une famille se tuent de la même manière, à la même époque, au même endroit. On ne peut en effet soutenir sérieusement qu'on ait hérité de Tidée de se suicider à une date déterminée et de se servir, pour s'ouvrir la gorge, d'un rasoir plutôt que d'un couteau. On peut faire des remarques semblables sur lapparente transmission des obsessions et des impulsions. Lorsque toute une famille est prise de la manie delà recherche angoissante dumot(Magnan), il est présumable qu'il y a là une véritable contagion mentale. Car les idées se transmettent d'une personne à l'autre, par le fait de l'imitation ou par d'autres procédés. Toutes les maladies impressionnantes S Tépilepsie, l'hystérie, l'impulsion au suicide, sont souvent imitées par les descendants de névropathes, d'autant que les imitateurs sont eux aussi des névropathes.

Toutes ces considérations précisent la nature de la transmission héréditaire, qui est un phénomène complexe. Le fond peut se léguer, mais ce qui donne dans certains cas la forme morbide, c'est l'imitation. Dans d'autres cas ce sera le même genre de vie, les mêmes mauvaises habitudes. Un fils d'alcoolique naîtra souvent avec une organisation défectueuse qui se traduira par des tendances psychiques fâcheuses. Et de la sorte, il a des chances de tomber dans l'ivrognerie. Mais ce qui Ty amènera encore plus vite, c'est le spectacle des

1. Pronier, Etude sur la contagion de la folie. Genève, 1892.

EXAUEK DU SUJET 61

ivresses de son père, c'esl l'habitude que ses parenls lui donneront de bonne heure d'absorber des boissons alcooliques. Et cependant on voudra voir en loi snrlout une viclime de Palcoolisme héréditaire. M. Bouchereau a souvent insisté là-dessus. De même un névropathe vivant d'une vie déréglée, faite de repas irréguliers, de veilles fréquentes et prolongées, d'abus de toutes sortes, élèvera souvent ses enfants dans ses goûts. Ces derniers, déjà poussés à la névropathie par une organisation héréditaire défectueuse, y seront précipités plus vite par l'existence décousue que tout jeunes ils auront appris à mener.

Il faut donc distiiiguer — et le problème est souvent très difficile — ce qui appartient à l'hérédité seule et ce qui appartient à l'imitation, à la mauvaise éducation qui, faisant agir les mêmes causes chez l'ascendant et le descendant, sont des déterminants pathologiques puissants, d'autant plus puissants qu'ils s'exercent sur des organismes sans défense. En résumé, l'hérédité morbide ne transmet d'ordinaire qu'une mauvaise disposition originelle, à laquelle d'autres causes, en partie extérieures, prêtent une forme.

Ces réflexions doivent être méditées quant à la névropathie des hommes supérieurs dont certains sont fils de nerveux. Et il ne faudrait pas voir seulement l'infiuence héréditaire là où il y a aussi des influences morbides ayant agi après la naissance. D'ailleurs la névropàlhic — c'est là sa seconde source — peut êlre acquise, plus ou moins complètement et sans dispositions congénitales, par l'indi-

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vidu même. A ce point de vue les maladies de la première enfance sont dangereuses, car elles atteignent l'être en plein développement. Les fièvres éruptives, les formes graves de la dolhiénentérie sont souvent signalées dans les antécédents infantiles de sujets qui, en dehors de loule prédisposition héréditaire connue, présentent des signes de dégénérescence. Les traumalismes crâniens peuvent avoir les mêmes effets. C'est aussi dans le premier âge que les mauvaises habitudes hygiéniques, Tintempérance par exemple, déséquilibrent le système nerveux.

Mais ces causes, que j'ai déjà signalées plus haut, agissent aussi, quoique avec moins de force, chez l'adulte, puisqu'on admet que la neurasthénie peut survenir sans prédisposition. Or ces influences éliologiques s'observent chez les hommes qui travaillent cérébralement, et j'ai aussi insisté sur cette cause de la névropathie des esprits supérieurs. Possédant un excellent instrument cérébral, ils sont poussés à l'exercer sans mesure. Ils ne peuvent guère modérer cette activité mentale qui est un des caractères de leur supériorité intellectuelle, c'est-à-dire une des conditions de leur vie psychique. Or si un organe est fortifié par un exercice rationnel, il est débilité par le surmenage. Cela est vrai pour le cerveau comme pour les muscles.

Il est donc possible d'interpréter les effets de la suractivité intellectuelle d'une manière grossière qui est cependant juste. Le travail psychique continu peut être représenté par une série d'exci-

EXAMEN DU SLJET 63

talions qui touchent d'abord les cellules cérébrales et s'irradient peu à peu vers les aulres parties du névraxe et des nerfs périphériques. On sait d'ailleurs que tout — circulation, respiration, vie intime des viscères et des tissus — est en relation avec le cerveau. C'est la raison de l'influence du moral sur le physique. Or ces séries d'excitations finissent par déséquilibrer tout le système nerveux, central et périphérique, et provoquer cet état parliculier de faiblesse in-itable qui est le propre de l'épuisement et le caractère principal de la névropathie.

Mais la suractivité cérébrale peut agir indirectement par bien d'autres manières sur la constitution des sujets. Réveillé-Parise', qui avait bien vu tous les aspects de cette question, a énuméré les principales inlluences morbides qui pouvaient agir chez les hommes livrés aux travaux de l'esprit, ainsi qu'il les appelait. C'est d'abord la vie sédentaire, nécessaire au recueillement de la création, de l'invention, aussi bien pour les savants elles écrivains que pour les artistes. La vie dans un espace clos et souvent ma) aéré, les veilles prolongées, sont des causes de fatigues banales, mais puissantes à la longue. Elles produisent un ralentissement de la nutrition et tous les accidents qui en découlent (Bouchard).

Réveillé-Parise croyait aussi à l'aclion de la mauvaise attitude que l'on prend d'ordinaire dans le travail intellectuel. «La position, disait-il {p. 14), gêne singulièrement, favorise la stase du sang ab-

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