FÉRÉ, Sensation et mouvement
influences (moment do la journée, aclion àe la parole, de Patlention, de la faligue, d'excitations sensitives et sensorielles).
Les rapports de la pression de la main avec le travail cérébral peuvent être un sujet de recherches. Le nouveau dynamomètre de M. Charles Henry ' parait susceptible de caractériser l'énergie d'un individu.
Parmi les autres fonctions organiques, qu'il sérail oiseux de passer toutes en revue, il faut mentionner la circulation et notamment la circulation périphérique, le pouls capillaire, qui, pris avec le pléthysmofçraphe de Hallion, semble avoir des rapports avec le travail cérébral'. Mais je ne saurais m'étendre plus longlempssur ces recherches.
IV. — Ceci m'amène à dire quelques mois de l'esamen psychologique. C'est là certainement la partie la plus difficile d'une enquête de ce genre. Si l'on veut mettre la question sur le terrain où les récents travaux de psychologie physiologique l'ont placée, procéder à des expériences minutieuses, compliquées et délicates, on risque fort de rebuter le sujet. Bien peu se soumettraient, si on les multipliait trop, à ces expériences fatigantes et qu'il faut recommencer souvent pour avoir des résultats
1. Charles IIenrï, Sur un dynamomËlre de puissance epÈcialement applicable aux éludes physiologiques, Académie des Sciencee, iS nov. 1893.
2. Klippel el G. liuuAS,De5 paralysies vaso-motrices dans leurs rapports avec l'ëlat alTcclif des paralytiques générauK, Congrèa dés métlecins aliénisfes et neurologistn (Session de Bordeaux, 1895), C. R., 1896, p. 291. — Binet et Courtier, Circulation capiltaire de la main dans ses rapports avec la respiration et les actes physiques, Année psychologique, 1896, p. 161 el suiv.
utilisables. Car ces phénomènes sont si variables et en rapport avec tant de conditions que Ton risquerait d'avoir des chiffres et des faits qu'on ne saurait interpréter. Mais Tobjeclion principale est que ce n'est pas toujours pratique. Il faut donc être modéré dans ces expérimentations.
Mais n'y a-t-il, en dehors de cela, rien à faire? Certainement oui. Il faut d'abord utiliser la grosse observation clinique, telle qu'elle sert à l'asile tous les jours à déterminer très approximativement l'état mental des malades. D'ailleurs le but de cette enquête — essentiellement médicale — est surtout l'étude des rajjports de la névropathie avec la supériorité intellectuelle. Mais, bien qu'oUe n'ait pas pour objet principal de déterminer celte dernière surtout d'une manière purement psycliologique, elle y tend, et ce côté de l'examen ne doit pas être négligé.
On cherchera donc à préciser les aptitudes et les habitudes intellectuelles du sujet en l'interrogeant comme on le fait pour préciser son tempérament physique. Un grand nombre de petits détails de la vie cérébrale de l'individu peuvent permettre la reconstitution de son caractère psychologique. On agira ainsi pour la mémoire, la faculté d'observation, l'attention, l'assimilation, la conception, la création.
Le travail cérébral peut être étudié avantageusement. Ce sont d'abord les signes physiques en rapport avec cette activité — que les poètes appellent l'inspiration — et ceux qui traduisent la fatigue nerveuse. La dynamométrie, la mesure de la ten-
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sion artérielle, l'étude du pouls capillaire pourront fournir quelques élémenls d'appréciation.
Mais on peut faire quelque chose de plus. Les Américains et les Anglais ont eu, dans ces derniers temps, l'idée d'étudier les principales fonctions psychiques d'un individu en le soumettant à de petites expériences, faites en nombre limité et facilitant l'exploration des divers territoires psychiques. Ces mental lests, comme on les appelle là-bas, pourraient ôtre comparés et fournir ainsi des moyennes ulilisables pour la détermination des lois qui régissent les phénomènes psychologiques chez tous les sujets et des lois qui caractérisent chaque individu.
MM. A. Binet et V. Henri ont adopté cette méthode d'examen et ont proposé récemment une série de tests dont certains paraissent pratiques et permettent de passer en revue les principales facultés individuelles '.Par exemple, pour la mémoire des phrases, on en choisit une de 60 mots environ. Le sujet, après l'avoir lue avec une vitesse naturelle qu'on marque, l'écrit dans un temps qu'on note. Il indique les passages dont il est absolument sûr, ceux dont il est presque sûr, ceux dont il doute et ceux qu'il sait être faux. Evidemment les conditions qui peuvent faire varier les résultats de l'expérience sont nombreuses. De même dans le lest proposé pour la mesure de l'attention, qui consiste à donner à barrer toutes les lettres a contenues dans une page. Il est clair, dans ce der-
1. A. Binet et V. Hiinri, La psychologie individuelle, Année piychaloqique 1896, p. 411-465.
nier cas, que ceux qui écrivent beaucoup et ceux qui, comme les typographes, ont Thabilude d'épeler en lisant, feront de meilleures épreuves que d'autres. Ce sont des éléments d'interprétation dont il faut tenir compte, et ce compte est souvent très difficile à faire.
Le grand reproche qu'on peut adresser à ces tests, comme à toutes les expériences de même nature, est de placer le sujet dans des conditions artificielles. Mais il peut y avoir à cela un avantage. Ainsi, pour les images mentales, on dispose un tableau contenant, dans chaque carré, une lettre. Le sujet lira ces lettres, par exemple CLFZN etc., et essayera de les écrire dans leur ordre. « Les erreurs commises indiquent si ce sont des erreurs par ressemblance de son ou par ressemblance de forme ; le sujet ayant écrit, on pourra lui demander comment il a procédé, s'il a vu mentalement les lettres ou s'il les a entendues*. » Le sujet est donc mis là dans des conditions différentes de celles qui lui sont habituelles et qui peuvent lui montrer plus facilement quelles sortes d images verbales, visuelles, auditives ou autres, il utilise.
Toutefois, je doute que les tests permettent d'établir des lois psychologiques générales ; car il faudrait un nombre énorme d'observations qu'il serait presque impossible de dépouiller et de classer naturellement, tant les conditions en seraient variées. On ne peut se servir d'eux seuls pour essayer de caractériser une individualité psycholo-