Paul Alexis, ouv. cilé, p
Avec ses camarades il était réservé, ne se liant pas facilement, ne tutoyant pas volontiers, mais en revanche devenant, avec ceux qu'il avait choisis, un ami affectueux. Cette réserve, peut-être doublée de timidité, reslaun des traits du caractère de M. Zola.
A 12 ans, le fulur romancier entra comme interne en huitième au collège d'Aix. Il était donc fort en retard dans ses études. Tout d'abord il fut parmi les derniers delà classe. Mais il se mit à travailler sérieusement et gagna, à la fin de Tannée, plusieurs prix. Puis il sauta une classe et entra en sixième. Pendant les quatre années qui suivirent, il récolta chaque fois des récompenses. En troisième il bifurqua et choisit la branche des sciences, autant à cause de la répugnance pour les langues mortes et notamment le grec que parce qu'il était attiré parles sciences naturelles.
Durant tout le temps qu'il passa au collège d'Aix, il se montra un élève modérément travailleur, amoureux de la besogne faite et méthodique, ainsi qu'il l'est resté plus tard quand il a fait ses romans. « Il n'était, dit M. Paul Alexis *, ni un paresseux, ni un de ces foudres de travail qui s'abêtissent sur les livres. Celait un garçon intelligent et pratique qui, sortant de classe avec un travail à faire, des leçons à apprendre, se disait : « Tout cela est médiocrement agréable, mais il faut que cela soit fait, débarrassons-nous-en donc tout de suite, nous nous amuserons après. » Et à peine à l'étude ou rentré chez lui, il s'installait à son pu-
\. Paul Alexis, ouv. cilé, p. 23.
EUILE ZOLA. il
parmi les élèves parisiens qui lui reprochaienL son accent provençal, comme là-bas ses condisciples s'élaieut moqués de son accent parisien. 11 ne se lia avec aucun des élèves. Découragé et puis aussi dégoûté de l'enseignement classique, il ne travailla plus les matières du programme, devenantjun mauvais élève, H d'une façon raisonnée, » selon sou expression.
De premier qu'il élait au collège d'Aix, il passa dans des rangs médiocres, sauf en composition française où il décrochait facilement les premières places. C'est à ce moment qu'il eut sa fièvre typhoïde. Après avoir saule la philosophie, il se présenta au baccalauréat es sciences. 11 fut reçu seconda Técril, qui consistait en une version et des problèmes, mais refusé à Toral pour Tallemand, l'histoire et même la littérature. Etant allé passer ses vacances dans le Midi, en Provence, il se représenta à Marseille et cet(e fois ne fut pas reçu à Técrit.
Retourné à Paris^ le voilà donc sur le pavé, sans fortune, avec sa mère qui avait perdu peu à peu toutes ses ressources depuis son veuvage, et toujours aussi libre de ses actes. J'ai dit qu'il avait élé élevé dans une complète indifférence de toute discipline, doucement gâlé par su mère et sa grand'mère. 11 aurait pu mal tourner, mais ses dispositions naturelles lui firent bénéficier de ces conditions périlleuses. II en tira une complète indépendance de pensée et apprit à ne compter que sur lui. C'est à ces circonstances queM. Zola attribue avec quelque raison son goût pour la littérature indépendante. Libre de toutes chaînes, n'ayant pas de famille à ménager, ni père, ni frère, avec qui discuter ses opinions, rien ne pouvait l'arrêter dans la voie où il voulait s'engager.
D'autre pari, élevé dans le souci quotidien de la vie, assistant aux petites opérations du ménage, habitué à tenir compte du prix de l'argent et de sa nécessité, il acquit de bonne heure une maturité
l'esistence, et recueillant des faits qu'il sut plus tard utiliser dans ses romans. A3'ant vécu pauvre dans les faubourgs de Paris, môIé aux commérages de ses parents et de ses voisins, il put voir de très près le monde qu'il a plus tard décrit dans FAssommoir, Etifm son séjour en province lui avait laissé des souvenirs tout différents et tout aussi précieux pour un romancier. Voilà les trois sources principales de documents où M. Zola puisa plus tard.
Mais il ne pensa pas lout de suite à vivre de sa plume, car l'instinct lilléraire ou plutôt la conscience de son talent ne s'éveilla pas de très bonne beure. Vers les quinze ans le goût des lectures était venu ; il lisait de tout, avec ses deux amis Baille et L^ézanne, des poêles, des romans, sans choix, au hasard de l'occasion. Hugo et Mussi-t étaient les plus goûtés par les trois amis, qui nu ihéAlre, au jeu et aux femmes, préféraient les longues promenades à la campagne.
Cependant les dispositions lilléraires se manifestaient déjà au lycée, où le jeune Zola se faisait remarquer par ses compositions françaises. J'ai connu à Toulon un professeur, qui l'avait eu comme élève au collège d'Aix et qui se rappelait des narrations où apparaissaient déjà des qualités brlllanlcs d'imaginalion et de style. Au lycée Saint-Louis, à Paris, où Emile Zola ne travaillait guère et avait peu de succès, ses compositions françaises étaient habituellement supérieures à celles de ses camarades. « Un jour, dit M. Paul Alexis ', le sujet de 1. Paul Aleaes, ouv. cité, p. 37.
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la narralion donnée étaiL ceWi-ci : Millon avetffffe dictant à sa fille aînée taudis que sa seconde fiile joue de la harpe. J'ignore quelles fioritures de style dut broder le jeune lycéen sur ce Ihëmo académique. Mais le professeur, M. Levasseur, aujourd'hui membre de l'Académie des sciences morales et politiques, fut si enchanté qu'il lut la narration devant toute Is classe et fit solennellement la prédiction à l'élève Zola d'un talent futur. » Le mémo fait se reproduisit souvent en rhétorique, où M. Etienne lisait en classe les discours français de l'écrivain naissant.
Malgré ses succès scolaires, malgré un goût littéraire qui s'affirmait tous les jours, le jeune Zola, . sorti du lycée, n'avait pas encore nettement la conscience de son grand talent.Ilétailloin de se douter qu'il serait un jour un des plus célèbres romanciers du siècle. Quand il eut à choisir une profession, il se rendit compte que toutes les carrières libérales lui étaient fermées, puisqu'il n'élail pas bachelier. Il se tourna donc vers la littérature, un peu parce que, comme il me le disait un jour, il ne pouvait pas faire aulre chose. Gep.endatit les lellres lui plaisaient; il les cultiva donc pour cela. Peu & peu il comprit qu'il pourrait vivre de sa plume et même en tirer de la gloire, bien qu'il débutât assez tard, à 24 ans, par les Contes à h'inoii. Mais cette évolution se lit progressivement, sans bonds violents. C'est bien là une autre caractéristique de M. Zola, esprit éminemment perfectible, qui a développé ses heureuses qualités natives par un travail régulier et soutenu.