Partie inférieure du front
Dos de la main droite 16
Cou sous le mento[i 2S
Kuque ; 30
Avant-bras droit 23
La sensibilité réflexe paraît normale ; mais les réflexes tendineux sont plutôt exagérés. Gela se voit netlemenl quand on percute les tendons roLuliens et ceux de la face antérieure de l'avanl-bras.
Le sens musculaire semble normal. Cependant il existe quelques légères oscillations à droite, lorsque les yeux sont fermés et les pieds joints. M. Zola n'a jamais pu se balancer sur l'escarpolette parce qu''il est pris aussildt de vertige,
La sensibilité à la douleur est excessivement développée. Un tricot un peu serré par exemple est capable de déterminer une véritable crise d'oppression thoracique douloureuse. Aussi M. Zola ne peut-il rien porter qui le serre, ni même se coucher dans un lit bordé.
Le sommeil, qui est une fonction générale du système nerveux, est bon. M. Zola dort à peine 7 heures, de 1 heure du matin à 8 heures. Gela ne parait point suTAsant. Il est à noter qu'il se lève fatigué, las, avec des crampes dans lout le corps et une sensation de courbature, comme en ont beaucoup de névropathes.
Les sens de M, Zola ont fait l'objet d'examens spéciaux et minutieux.
158 EKQllÈTE UÉDICO-PSYCHOLOGIQLE
Voici le résullat de l'examen des yeux fait par M. Sauvineau :
(' La vue a commencé à baisser à l'âge de 16 ans, époque à laquelle M. Zoia s'en est aperçu en lisant des affiches. A 20 ans il a commencé à porler des pince-nez. Il fut réformé comme myope après la chute de l'Empire, au moment où presque tous étaient acceptés comme soldats.
i< A l'inspection, on remarque que, à l'état de r'epos.lorsque le regard seporleauloin.le sourcil droit est abaissé notablement, et la tente palpébrale droite légèrement rétrécie, comme on le voit dans la photographie (V. p. 132). On pourrait croire à un ptosis,alors qu'il s'agit d'une contracture de l'orbiculaire, très ancienne puisqu'on la retrouve sur un daguerréotype de Zola enfant,datant de l'âge de 6 an,s (V. p. H 5). Cette contracture est en rapport avec une myopie de l'œil droit. Elle est une habitude vicieuse, une sorte de tic permanent et, à ce titre, elle peut être considérée comme un stigmate névropathiqiie. Elle est trës variable d'intensité.
« Quand on examine en détail l'appareil de la vision, on constate que les sourcils sont très abondants, longs, également colorés des deux côtés, lis sont châtain foncé avec des nuances claires. Les mouvements des paupières sont normaux, sauf pour ce qui a trait à la contracture de l'orbiculaire droit. Les cils, bien rangés, sont assez abondants à la paupière supérieure et moins nombreux à la paupière inférieure. Ils sont en outre peu longs, relativement aux sourcils.
« Les globes oculaires sont normalement pla-
ces, ni enfoncés, ni en exophthalmie. La fente est, comme il est dit plus haut, rétrécie à droite dans le sens de la hauteur. L'ouverture palpébrale est presque absolument horizonlale.
« La conjonclive est légèrement enflammée dans le cul-de-sac inférieur et dans les parties interne et externe qui sont habituellement découvertes. La sclérotique a une couleur normale. L'iris est brun, la partie périphérique tire sur un bleu très légèrement vert. Les pupilles sont régulières, égales.
« L'ouverlure de la paupière supérieure par le médecin est 1res désagréable au sujet. L'air, arrivant brusquement sur la conjonctive, détermine une sensation douloureuse. La cornée et la conjonctiveontleursensibililé normale au toucher. On peut provoquer, des deux côtés, un réflexe lumineux très énergique. Le réflexe accommodateur-est faible. Il n'existe pas de mouvements de convergence, ce qui est en rapport avec la myopie. 11 n'y a pas et il n'y a jamais eu de diplopie. Tous les mouvements des muscles extrinsèques sont normaux.
w Le fond deToeil est normal, sauf qu'il existe un jetitslaphylome postérieur d'originemyopique à la partie externe de chacune des deux papilles. En outre, à la partie interne de la papille droite il existe une tache pigmentée, parallèle à son bord interne,
« La vision des couleurs est très bonne. Les nuances les plus faibles du violet sont très bien saisies.
« L'acuité visuelle est à gauche : — 8, V = 8/10. Il existe un très léger degré d'astigmatisme ( — 0.75 axe 120*), ne s'élève pas àl dioptrie. La vision de l'œil droit est influencée par le spasme de l'orbi-
160 ENQUÊTE MÉDICO-PSYCHOLOr.IQUE
cuîaîrc, qui comprime le globe. L'acuité est égale à 2/3. Eli plus d'une myopie assez forte (— 10), il exisle un léger astigmatisme de l'œil droit ( — l.SO axe verlical). Le soir, dans l'obscurité, il existe des sensations lumineuses qui ont les ca-
Champ visuel de M. Zola (œil droii;.
raclèrss suivanis. Elles ne se sont jamais produites que dans des lieux que M. Zola connaissait parfaitement. Il lésa de ses deux yeux, ce qui prouve que la contracture de Porbiculaire n'est pas la seule cause de ces sortes de phosphfînes. M. Zola s'est
EXAMEN PIIYSIQLE
demandé si Ce n'élail pas là un phénomène d'évocation, le souvenir 1res intense des objets qu'il sait être près de lui. C'est, dans tous les cas, un état d'excitation sensorielle anormale. Il est à noter que ce trouble est assez ancien, bien que
Champ visuel de M. Zola (œil gauche).
M. Zola ne puisse préciser l'époque de son début. Enfin il est. jusqu'à un certain point, sous la dépendance de sa volonté ; car M. Zola peut le reproduire quand cela lui plaît, surtout le soir, en se raeltant au lit.
« Le champ visuel (V. p. 160 et 161) est rétréci dans sa partie supérieure, des deux côtés, à cause des sourcils épais et longs qui limitent la vision dans cette direction. Mais, à droite, le rétrécissement est plus marqué à cause de la contracture de Torbiculaire. »
L'audition, dont Texamen a été pratiqué par le D' Bonnier, présente certaines particularités : « A part quelques névralgies limitées au pavillon de Toreille, cet organe n'a jamais été atteint de maladies aiguës ou chroniques. La sclérose les envahit très lentement et se trouve assez marquée à droite, fixant la rélraclion tympanique due à Tohlitération de la trompe d'Eustache de ce côté. L'oreille gauche est saine et son fonctionnement normal. Il existe cependant par moments de légers bourdonnements des deux côtés, mais plus prononcés à droite, et qui prennent parfois le caractère de sifflements continus et non pulsatiles, de sonneries rarement obsédantes.
« L'audition est diminuée à droite, d'au moins un tiers de la normale ; et le diapason, placé sur le front, se fait aussi plus fortement entendre de ce côté. L'auscultation de cette oreille montre que la manœuvre tubo-tympanique y est incomplète ; et d'autres épreuves font admettre que l'oreille interne droite n'est plus ea mesure de compenser correctement les écarts de la tension labyrinthique. Aussi le surmenage et la congestion font naître de fréquents vertiges. Le signe de Romberg est compensé, mais il persiste néanmoins une légère oscillation à droite, du côté de l'oreille atteinte. La
nuil, les cauchemars évoquent des chutes indéfinies.
11 faut retenir de cet examen les sonneries qui sont à rapprocher des sensations lumineuses. Les sens de M. Zola paraissent êlre dans un état d'excitation anormale et dans des conditions assez voisines en somme de ce que Ton rencontre dans rhallucination.
Le nez de M. Zola est célèbre. Les odeurs tien- ' nent une grande place dans ses livres et aussi dans sa vie. C'est réellement un olfactif. Il était inté- ^
ressaut de rechercher si l'odorat, chez lui, était plus développé quantitatwement que chez les autres /
personnes.
M. J. Passy a examinée deux reprises son acuité olfactive avec son procédé *.
« Les mesures ont été effectuées par la méthode des solutions titrées, c'est-à-dire en partant de solutions trop faibles pour être perçues et en augmentant peu à peu la teneur de la solution jusqu'à ce que la perception apparaisse. Elles ont porté sur trois odeurs différentes, le camphre, le citral (principe odorant de l'essence de verveine) et l'ionone (parfum synthétique de la violette).
« Nous exprimons les chiffres seulement par le
titre de la solution : Camphre .^^ ^^^ , Citral A(\{\ f\f\f \* ^^ chiffre relatif à l'ionone a paru incer-
l.J.PASSY,[Revue générale sur les sensations olfactives, il nn^^ psychologique^ 1896, p. 378 et suiv.
.ji^.i-rTv-zjîrai-,.
164 ENQUÊTE MÉDICO-PSYCHOLOGIQI'E
tain. La sensibilité normale correspond à environ : camphre ^— ^ citral ^^.Ile.irésuUeque
le jour de Texamen, 5 mai 1896, la sensibilité de M. Zola était un peu au-dessous de la normale.
<( Un seulexamenétaitinsuffisant pour fixer avec certitude l'acuité olfative; car on observe souvent des variations journalières de Tordre de grandeur ci-dessus. Aussi a-t-ii fallu recourir aune seconde expérimentation. Elle a eu lieu à Médan dans de bonnes conditions d'expérience. Les limites trouvées ont été les suivantes: camphre 1/10.000, citral 1/100.000. C'est-à-dire qu'à 2/10 près sur le camphre on est retombé sur les mêmes chiffres; on peut en conclure qu'ils sont exacts. L'ionone a donné, comme la première fois, un résultat incertain. »
Il faut donc conclure que l'odorat de M-. Zola n'est pas quantitativement plus développé que chez un autre. C'est plutôt par la mémoire des sensations olfactives et par leur utilisation psychique que M. Zola se dislingue des autres personnes. Plus frappé par les impressions de Todorat, il en garde plus longtemps le souvenir et même un souvenir plus précis. Aussi certaines odeurs peuvent-elles lui rappeler des objets auxquels elles sont habituellement liées ; car M. Zola remarque ces rapports qui n'éveillent pas l'attention des gens qui ne sont pas olfactifs. Mais il ne s'ensuit pas nécessairement, comme l'expérience le prouve, une plus grande acuité sensorielle. Ceci n'est pas fait pour surprendre. Il est des individus dont la vie psychi-
que est orientée vers les choses génitales, et cependant ils peuvent être diminués dans leurs moyens physiques. Il y a là un problème de psychologie, sur lequel je reviendrai au chjapitre suivant. Cela montre les faits imprévus que Ton peut rencontrer au cours d'une enquête menée sans parti pris.
Le système nerveux de M. Zola présente encore à considérer un ensemble de troubles dont j'ai déjà parlé à différentes occasions, spasmes cardiaques, crampes, pollakiurie, tremblement, etc.. Il est notamment sujet à des crises de douleur, qui dalent de la vingtième année, mais qui tput d'abord, entre 20 et 40 ans, se produisaient à de longs inlervalles. C'étaient surtout, durant cette période, des coliques nerveuses. Plus tard, de 45 à 50 ans, ces crises ont pris la forme d'angine de poitrine, de cystite aiguë, de rhumatisme articulaire. Actuellement les crises sont moins fortes, mais elles sont remplacées par un état de malaise chronique, de faiblesse et d'irritabilité presque constantes. Souvent les troubles gastriques sont l'occasion ou encore le signal des exacerbations nerveuses. Mais d'ordinaire — surtout actuellement — c'est l'effort, intellectuel ou musculaire, qui les provoque. D'ailleursles moindres causes suffisent pour les éveiller. C'est ainsi que l'exercice du dynamomètre déterminait parfois, et pendant un temps assez long, des crises avec crampes musculaires. La pression d'un vêtement trop ajusté a eu quelquefois des effets analogues du côté du thorax. De môme encore, le serrement dans une foule de mi-carême a une fois provoqué chez M. Zola une crise d'an-
goisse avec phénomènes pseudo-aDgineux graves. La piqûre d'un doigt a déterminé des douleurs dans le bras pendant plusieurs heures.
f II existe donc un certain déséquilibre nerveux, une émotivité exagérée, réellement morbide, qui provoque, sous l'influence d'excilalions minimes, des réactions désordonnées et douloureuses. A ce point de vu« et aussi à cause de certaines idées morbides qui seront décrites plus loin, on est en droit
/vde dire que M. Zola est vraiment un névropathe^/ d'autant que ses algies paraissent être indépendantes de toute altération organique perceptible. Elles ne sont pas non plus — et c'est un point à retenir — raltachables à une névrose caractérisée comme Tépilepsie ou Thystérie. On peut donc les dire subjectives, bien qu'elles soient très réelles. Ces troubles nerveux, dont la disposition originelle est prouvée par bien des faits,/ nolammentpar la contracture de Torbiculaire aroil, par une grande émotivité manifestée dès Tenfance, ont éclaté vers la vingtième année, au moment du premier surmenage intellectuel. Et depuis, ils n'ont fait que s'accentuer avec la persistance d'un travail psychique excessif, quoique réglé. On peut voir dans le cas de M. Zola la confirmation de cette idée, qui a déjà été discutée dans l'introduction générale, que la névropathie est la compagne fréquente de la supériorité intellectuelle et que, même lorsqu'elle est d'origine congénitale, elle se développe avec Texercice cérébral qui tend à déséquilibrer peu à peu le système nerveux.