‹ Émile ZolaChapitre 60 sur 68 · RiBOT, La psychologie rfes aentimenls · texte numérisé non relu

RiBOT, La psychologie rfes aentimenls

et souffrant en silence ; ce qui l'exciterait surtout dans ce cas, ce serait la représentation matérielle de la trahison.

Les émotions plus complexes sont ce qu'on appelle des sentiments. M. Zola n'a jamais eu de sentiment religieux, bien qu'il serait porté à accepter certaines superslitions. Ses préférences esthétiques sont, en littérature et pour le roman, Balzac, comme créateur d'êlres, et Flaubert^ comme écrivain. Tout le Ihéâlre moderne lui déplaît, et il lui préfère une tragédie dé Racine ou de Corneille. En musique, il n'aime pas la symphonie qu'il ne comprend pas. Aussi goûte-t-il mieux l'o- -péra ; et encore faut-il qu'il entende les paroles, -sans lesquelles toute musique lui semble obscure. Au fond, il préférerait à tout cela de simples airs naïfs et larges ; mais l'opérette et le café-concert le dégoûtent. Les instruments qui lui sont agréables sont l'orgue et le violon. Enfin j'ajouterai que la musique n'éveille en lui aucune idée sensuelle. La peinture l'intéresse davantage ; et, ce qu'il admire par-dessus tout, c'est l'évocation simple et puissante de la nature. La sculpture le laisse plus froid.

M. Zola est très casanier, et ses distractions sont restreintes. Il n'aime aucun jeu de hasard, d'argent ou autre, ni les caries, ni les armes, ni le billard où il est très maladroit. Seul le jeu d'échecs lui plairait; mais il le fatigue trop. Il ne connaît aucun art d'agrément.

Le sentiment intellectuel qui fait travailler M. Zola n'est pas un plaisir; c'est chez lui une

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nécessité d'accomplir la lâche qu'il s'est imposée. J'ajouterai pour terminer ces quelques notes sur l'émotivité de. M. Zola que son langage émotionnel est faible. Il est d'autre part incapable d'imiter une voix, un geste, et il a la conscience qu'il lui aurait été impossible d'être acteur.

" l2.VoLoaTÉ. — La caractéristique de M. Zola est la ténacité, la persistance dans l'eirort. On retrouve dans tous ses actes cette qualité. Quand 11 travaille, si une difficulté surgit, il ne s'arrête pas, il ne se lève pas pour distraire son esprit ; il reste au contraire à sa table, s'acharnant sur l'obstacle et ne soufflant que lorsqu'il l'a franchi. Et c'est ainsi qu'il a toujours procédé dans sa lutte pour conque rir l'aident, les litres, la gloire, qu'il a successivement ambitionnés. Telil apparaît aussi dans sa vie intime, par exemple dans sa lulte contre l'obésité. C'est l'homme de combat que le combat passionne et soutient.

Ses actes sont déterminés par des raisons plus que par des sentiments. Avant d'entreprendre une chose, même si la passion l'y pousse, il réfléchit, pèse d'abord les conséquences de ses actes et cherche à savoir ce qu'elles doivent luïcoûterdans son repos ou dans ses intérêts. Jusqu'au bout il a la conscience d'être maître de lui ; et jamais il ne s'est senti entraîné à commettre comme malgré hii une action qu'il jugeait mauvaise, toujours capable au contraire de revenir au dernier moment sur ses pas. Aussi ne comprend-il pas les passions violentes du baron llulot dans la fiction ou celles qui ont poussé le général Boulanger au

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auicide. Ces deux mentalilés sont évideniaient très loin de son organisation cérébrale.

A ce point de vue, M. Zola est le type de ce qu'on pourrait appeler Thoinme responsable. Il ne &e décide que par des motifs raisonnables qui, s'ils ne sont pas une preuve du libre arbitre^ en donnent llillusion la plus complète. Ce sont des esprits de ce genre qui ont le plus conlribué à répandre, comme une vérilé, cette hypothèse que 1-bommc est maîlre de ses actions.

- 13. Caractère. — « Un caractère vrai, a dit M. Ribot *, est réductible à une marque, à une tendance prépondérante qui en fa.it Tunité et la stabilité pendant la vie entière. «Cette définition s'applique parfaitement au cas de M. Zola, qui a^ montré toule sa vie. une même tendance. C'est un ^mbitieux, conscîeut de sa valeur et servi par une ténacité extraordinaire. Tel il a toujours élé, tel il m'apparaît encore. On Ta accusé d'instabilité parce ^u'il a, avec les années,, paru changer d'opinion sur les distinctions sociales et l'Académie. Mais ce. n'est là qu'un changement de moyens, le but poursuivi étant toujours resté le même : occuper l.a première place. A 40 ans, il luttait pour faire triompher ses idées ; et il lui a paru alors de bonne tactique de dédaigner les croix et l'Iris- ' titut. Plus tard, sc^ idées se sont imposées dans le monde littéraire et il a voulu leur donner uua consécration officielle. Il faut notei* aussi que M. Zola est un homme qui se plaît dans les luttes. Jusqu'à sa maturité, il a eu à se battre

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