Paul Alexis, ouvr. cité, p
2. Il y a toujours eu chez M. Zola une grande netteté dans ses projets. Ainsi une de ses lettres^ datant de .1868, indiquait le plan des Rougon-Aîacquart et les projets de ses principaux romans (Lermina. bictionnaire universel tllustré, etc.. 1884, art. Rougon-Macquart).
qui ne pourraient lui donner qu'une idée et le gêneraient ensuite dans Texéculion. Il est ordinairement obligé de faire une enquête sur place, et, en rentrant chez lui, tous les jours, il prend des noies sur ce qu'il a observé. Des éléments de description, des physionomies, des scènes vues sont hâtivement enregistrés en quelques mots, qui plus tard serviront à écTairer les souvenirs. Dès ce moment, il commence à ne s'occuper que de son roman, et il écarte toutes les lectures qui sont inutiles à l'œuvre actuelle.
Enfin M. Zola éprouve le besoin de tirer quelque chose de ses leclures, de ses observations et de ses réflexions. Le travail de création commence. Jusque-là M. Zola a agi en savant consciencieux et honnête ; il cherchait. Mais le voilà dans la période de conception, où, comme disait Flaubert, « il faut ne pi us penser seulement au vrai et se f.... de la conscience ». Cette création va d'ailleurs se faire toute seule. Mais il faut un forceps à l'enfantement des idées et c'est la plume qui va être cet outil. M. Zola se met à son bureau tous les matins très régulièrement et il compose ce qu'il appelle VEbaiiche. Celle-ci n'est pas autre chose qu'un soliloque que l'auteur tient avec lui-même. Il pose l'idée générale qui domine l'œuvre, puis, de déduction en déduction, il en tire les personnages et toute l'affabulation. Il écrit pour penser comme d'autres parlent. En dehors des heures consacj'ées régulièrement à cette bespgne, M.Zola ne cherche rien ; et il ne lui vient aucune idée importante. Il n'est donc pas comme ces écriviains qui notent
loutle jour des impressions brèves sur des phrases, des scènes, des sujets d'œuvres ficlives. M.Zola, quia ordonné son activité artistique avec une économie remarquable, ne pense et; ne crée qu'à des heures régulières, en dehors desquelles il se repose ou se livre à d'autres exercices. Pendant la nuit, il ne rêve pas souvent à son roman ; et d'ailleurs, quand, dans le demi-sommeil, il lui arrive de composer des phrases, elles lui paraissent au réveil ordinairement mauvaises.
L'affabulation du roman se crée donc peu à peu, presque toute seule, les trouvailles venant spontanément sous la plume. A mesure que M. Zola écrit, il élargit peu à peu, plus qu'il ne revient en arrière et ne corrige. A ce point de vue, ses ébauches sont déjà presque des modèles comme doivent l'être les ébauches des grandes œuvres *. Peu à peu les personnages se dessinent, déduits des idées générales ; quelques-uns cependant sont observés, mais aucun ne sort d'un tiroir où il avait été jeté dans ridée d'être utilisé un jour. C'est dans sa mémoire qu'il cherche les types vrais ou qu'il prend les éléments de ses types imaginaires. Il résulte de ce mode de création que les personnages de M. Zola ont cette physionomie générale et peu individuelle que les critiques ont remarquée (Hennequin). Il en est de même des scènes qui forment ce qu'on appelle l'intrigue et qui est aussi une déduction.
A un moment donné, M. Zola est arrivé à concevoir suffisamment son roman pour terminer son ébauche. 11 décrit alors la vie de ses personnages,